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	<title>Syndicalistes !</title>
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	<description>Syndicalistes&#8239;! est un site d'&#233;change et de d&#233;bat sur les pratiques syndicales. &#192; terme, nous aimerions que cela devienne une plateforme pour faire du lien en chair et en os, organiser des rencontres, et pourquoi pas des formations.
Le lancement du site a eu lieu fin septembre 2023, mais vous pouvez toujours lire et signer l'appel pr&#233;sentant ce nouvel espace de r&#233;flexion, et nous envoyer vos contributions : bilan d'une lutte, compte-rendu d'un congr&#232;s, partage d'une pratique qui fonctionne, &#233;tat des lieux des r&#233;flexions syndicales sur un sujet, note de lecture, etc. Le format des contributions est assez libre : courte note de blog, article plus fouill&#233;, interview, etc.
L'&#233;quipe d'animation joue le r&#244;le de comit&#233; &#233;ditorial et est en charge de mettre les contributions re&#231;ues en ligne apr&#232;s un &#233;ventuel &#233;change avec les auteur&#183;ices en cas de n&#233;cessit&#233; (mots-cl&#233;s et/ou titre manquant, signature, passages de l'article qui posent probl&#232;me, etc.).</description>
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		<title>Syndicalistes !</title>
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		<title>Le contournement des forteresses ouvri&#232;res</title>
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		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>Structuration</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis la formation du mouvement ouvrier, un jeu du chat et de la souris s'est engag&#233; avec le patronat, qui a toujours cherch&#233; &#224; d&#233;passer les r&#233;sistances que les travailleurs et travailleuses organis&#233;&#8901;es opposent &#224; l'accumulation du profit. Les syndicats doivent alors &#224; leur tour s'adapter et prendre les formes qui permettent de s'opposer efficacement au capitalisme dans sa configuration d'une &#233;poque donn&#233;e. Dans un livre paru en 1983, intitul&#233; Le contournement des forteresses ouvri&#232;res : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-a-lire-+" rel="tag"&gt;&#192; lire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-structuration-+" rel="tag"&gt;Structuration&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L102xH150/lecontournementd0000baud-1859014844-6a95f.jpg?1789822474' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;Couverture du livre &#034;le contournement des forteresses ouvri&#232;res&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la formation du mouvement ouvrier, un jeu du chat et de la souris s'est engag&#233; avec le patronat, qui a toujours cherch&#233; &#224; d&#233;passer les r&#233;sistances que les travailleurs et travailleuses organis&#233;&#8901;es opposent &#224; l'accumulation du profit. Les syndicats doivent alors &#224; leur tour s'adapter et prendre les formes qui permettent de s'opposer efficacement au capitalisme dans sa configuration d'une &#233;poque donn&#233;e. Dans un livre paru en 1983, intitul&#233; &lt;i&gt;Le contournement des forteresses ouvri&#232;res : pr&#233;carit&#233; et syndicalisme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mich&#232;le Collin et Thierry Baudouin, Le contournement des forteresses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; deux sociologues, Mich&#232;le Collin et Thierry Baudouin, font l'analyse de ces transformations r&#233;centes du capital et observent que le prol&#233;rariat organis&#233; n'a, &#224; cette &#233;poque, pas encore su trouver de r&#233;ponses &#224; cette nouvelle configuration des forces productives. Ils d&#233;crivent des syndicats qui n'ont pas pris la mesure des bouleversements &#233;conomiques en cours ayant pour but de les affaiblir : sur ce point, leur description reste parfaitement actuelle, et donc d'autant plus inqui&#233;tante. En effet, nos organisations apparaissent fig&#233;es dans un immobilisme inadapt&#233; aux structures du salariat, et ce constat implacable est fait non pas depuis dix ou vingt ans, mais depuis quatre d&#233;cennies !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, depuis l'apr&#232;s-guerre, le syndicalisme avait su s'adapter &#224; la d&#233;centralisation gaullienne qui avait cherch&#233; &#224; briser les bastions ouvriers historiques en cr&#233;ant de toutes pi&#232;ces de vastes concentrations d'ouvriers d&#233;qualifi&#233;s dans des espaces ruraux : non sans remous, des mouvements d'OS (ouvrier sp&#233;cialis&#233;s) ont pu &#233;merger et prendre place aux c&#244;t&#233;s des ouvriers professionnels (eux-m&#234;me le fruit du d&#233;passement des ouvriers de m&#233;tier par le fordisme et le taylorisme) dans la grande fresque des luttes de masse. Mais les auteurs observent ensuite une s&#233;rie de transformations qui aboutissent &#224; la destructuration de l'entreprise elle-m&#234;me : alors que l'ouvrier-masse d&#233;qualifi&#233; pouvait lutter dans le cadre de l'entreprise et de la branche, &#171; le rapport salarial d'entreprise redevient un lieu de n&#233;gociation coh&#233;rent d&#233;barrass&#233; du travailleur mobile polyvalent qui devient hors-statut &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 45.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (int&#233;rimaire, externalis&#233;, sous-trait&#233;&#8230;) et l'entreprise elle-m&#234;me ne rassemble plus que le noyau du salariat stable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, &#171; en dehors de la &#034;classe ouvri&#232;re&#034; enferm&#233;e dans ses entreprises, ce sont des cat&#233;gories enti&#232;res concern&#233;es par la pr&#233;carit&#233; auxquelles le mouvement syndical est &#233;tranger, et essentiellement ce sont les femmes et les jeunes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 154.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Est-ce une fatalit&#233; ? L'ouvrage explore plusieurs tentatives de rem&#233;dier &#224; cette d&#233;sorganisation du prol&#233;tariat. Mais aucune, lors de l'&#233;criture, n'avait fait ses preuves : raccrocher les salari&#233;&#8901;es externalis&#233;&#8901;es au syndicat d'industrie ou de leur site ne conduit qu'&#224; en faire la cinqui&#232;me roue du carrosse pour le noyau militant stable, qui ne parvient pas &#224; se pr&#233;occuper de ces pr&#233;caires, ou alors ne sait que faire pour appuyer leur organisation. Il faudrait plut&#244;t explorer, selon les auteur&#8901;es, des formes de syndicalisme territorial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver des r&#233;ponses &#224; ce d&#233;calage entre nos structures actuelles et le capitalisme que nous devons affronter devrait &#234;tre l'obsession du mouvement syndical. La lecture &#233;difiante et quelque peu fataliste du chapitre du livre reproduit ici, &#171; L'angle mort de la vision syndicale : pr&#233;caires et syndicats &#187;, ne pourra qu'encourager cette recherche. Des pistes de r&#233;ponse, heureusement, se d&#233;gagent de l'observation du fonctionnement syndical dans diff&#233;rents pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense en particulier au syndicat basque ELA, qui a su transformer en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Reste &#224; les mettre en &#339;uvre d'urgence dans nos syndicats, sinon il seront vou&#233;s &#224; l'effondrement progressif de leurs bastions historiques, rong&#233;s de toutes parts par la strat&#233;gie de &#171; termites &#187; du patronat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Analyser les r&#233;actions syndicales aux nouvelles formes d'emploi et de rapports salariaux que nous venons d'envisager ne revient nullement &#224; passer en revue diverses options strat&#233;giques que le mouvement ouvrier mettrait en branle pour contr&#244;ler ou an&#233;antir ces mutations. Les r&#233;ponses sont encore de faible ampleur, &#233;parpill&#233;es, ind&#233;cises, d&#233;pourvues en tout cas du niveau de d&#233;bat et de mobilisation qui fonderait une v&#233;ritable strat&#233;gie ouvriere. C'est qu'une telle action n&#233;cessite d'abord une claire conscience du probl&#232;me pose. Or l'enfermement dans l'usine qui a si bien r&#233;ussi a l'ouvrier professionnel lui cache aujourd'hui une large part du champ de man&#339;uvre capitaliste, &#233;largi pr&#233;cis&#233;ment de ce lieu traditionnel d'affrontement. Cet angle mort de la vision syndicale explique que tout action syndicale sur les formes de pr&#233;carit&#233; passe d'abord par un long apprentissage de la nouvelle r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1. La d&#233;couverte de la pr&#233;carit&#233; dans une r&#233;gion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'organisation syndicale n'appr&#233;hende pas en effet d'emballer l'ampleur des modifications intervenues dans le fonctionnement du march&#233; du travail. Elle se polarise sur le ch&#244;mage, les dangers de fermeture des entreprises, les baisses d'effectifs mais dans une conception traditionnelle d'une gestion de la main-d'&#339;uvre en termes de stocks et non pas de flux, et donc d'une s&#233;paration ch&#244;meurs-travailleurs, dans une opposition de vrais &#224; faux salari&#233;s. L'id&#233;ologie de la crise conjoncturelle a fortement contribue a masqu&#233; les changements en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure de base du syndicalisme, la section syndicale d'entreprise, a concentr&#233; son action sur les probl&#232;mes de l'entreprise et la d&#233;fense de son emploi, n'ayant pas les &#233;l&#233;ments d'une r&#233;flexion globale sur les changements en cours. Elle n'a souvent per&#231;u l'attaque m&#234;me du statut d'entreprise que trop tard. C'est qu'elle se trouve confront&#233;e a une multiplicit&#233; de formes de contournement du rapport salarial classique &#8211; nous en donnerons ici quelques exemples significatifs &#8211; dont les effets ne sont pas d&#233;finissables imm&#233;diatement et ne sont souvent d&#233;stabilisateurs qu'&#224; moyen terme. Le diagnostic n'est jamais &#233;vident et peut &#234;tre objet d'interpr&#233;tations diff&#233;rentes et divergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modalit&#233;s de la d&#233;gradation du collectif de travail sont tr&#232;s diff&#233;rentes d'une profession, d'un secteur, d'une entreprise &#224; l'autre. Les entreprises disposent d'une panoplie de moyens : recours &#224; la sous-traitance, &#224; l'int&#233;rim, aux contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e ou au temps partiel. Ces moyens n'ont pas, d'une entreprise &#224; l'autre, les m&#234;mes effets, dans la mesure o&#249; ils interviennent toujours dans des situations tr&#232;s sp&#233;cifiques, marqu&#233;es historiquement. Les quelques analyses conf&#233;d&#233;rales ou politiques qui ont pu globaliser, en termes de pr&#233;carisation ou de soci&#233;t&#233; duale par exemple, cette strat&#233;gie capitaliste, p&#232;sent peu face au caract&#232;re indirect, non frontal, de cette derni&#232;re, qu'il est essentiel de prendre en compte pour comprendre les pratiques ouvri&#232;res r&#233;elles. On reprendra ici l'exemple de la r&#233;gion caennaise et on d&#233;veloppera quelques cas d'entreprises caract&#233;ristiques de la restructuration : deux dans le secteur industriel de pointe &#8211; le nucl&#233;aire et l'&#233;lectronique &#8211;, un autre dans le secteur tertiaire, et particuli&#232;rement les hypermarch&#233;s du commerce, repr&#233;sentatifs des nouveaux modes de distribution et d'utilisation de la main-d'&#339;uvre f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Restructurations : l'effet termite&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, les 850 travailleurs de l'usine de retraitement des d&#233;chets nucl&#233;aires de la Hague sont parfaitement repr&#233;sentatifs du collectif de travail stable jouissant des garanties d'emploi et des nombreux avantages d'un v&#233;ritable statut : celui du Centre de l'&#201;nergie Atomique (CEA). B&#233;n&#233;ficiant de plusieurs mois de formation &#224; l'embauche, leurs salaires, align&#233;s sur EDF, se situaient au 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ou 5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; rang au niveau national. Leur statut semi-public ne les prot&#233;geait pas du licenciement, mais il leur &#233;tait alors garanti 18 mois de pr&#233;avis et une formation professionnelle apr&#232;s d&#233;cision d'un conseil de discipline paritaire. Retraite &#224; 60 ans, primes multiples, comit&#233;s d'hygi&#232;ne et de s&#233;curit&#233; actifs : tous les acquis classiques du bastion ouvrier sont l&#224;, y compris une forte syndicalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans plus tard, ce statut ne concerne plus que quelques dizaines de travailleurs. Le site de la Hague s'est pourtant &#233;largi. Mais les 1 250 salari&#233;s de l'entreprise d&#233;pendent d&#233;sormais d'une filiale priv&#233;e du CEA, la Cogema, dont le statut est tr&#232;s loin de valoir l'ancien : quelques jours de formation &#224; l'embauche, salaires en 40&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; position nationale, trois mois de pr&#233;avis en cas de licenciement, retraite &#224; 65 ans, r&#233;duction des primes, etc. Encore ne sont-ils pas les plus mal lotis : 1 200 autres salari&#233;s travaillent avec eux sur le site, mais dans des entreprises sous-traitantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants syndicaux ont encore aujourd'hui bien du mal &#224; discerner comment on en est arriv&#233; &#224; cette illustration exemplaire du processus actuel de d&#233;stabilisation des collectifs de travail. Une d&#233;stabilisation qui a commenc&#233; d&#232;s 1970, avec des rumeurs sur la fermeture du centre, une baisse progressive du niveau des salaires, des incitations financi&#232;res au d&#233;part et, en cons&#233;quence, une d&#233;gradation de la charge de travail. On parle bien de privatisation, mais sans vraiment y croire, m&#234;me si, en 1975, un d&#233;cret d&#233;cide de la cr&#233;ation d'une filiale priv&#233;e du CEA. Quand, en juillet 1976, le d&#233;cret est appliqu&#233; et que chacun re&#231;oit une proposition d'un nouveau contrat Cogema, il est bien tard pour entreprendre la mobilisation. Un conflit d&#233;marre &#224; la rentr&#233;e. La direction, elle, propose 100, 200, jusqu'&#224; 2 000 francs de plus par mois &#224; ceux qui accepteraient le nouveau contrat. L'effilochage commence. Des lettres anonymes, des p&#233;titions circulent pour d&#233;signer les travailleurs les plus r&#233;solus &#224; r&#233;sister, ceux qui mettent en danger &#171; l'entreprise elle-m&#234;me &#187;. D&#233;pressions nerveuses, tentatives de suicide, querelles, drames familiaux dominent la lutte. La plupart des militants finissent par signer, entra&#238;nant la fin d'une lutte collective. Le dernier clan des irr&#233;ductibles fondra devant la d&#233;cision de la Cogema, fin 1978, de ne plus se sentir oblig&#233;e de reprendre ceux qui ne signeraient pas &#224; cette date. On imagine, au-del&#224; des seuls aspects statutaires, ce qu'un tel conflit a pu d&#233;terminer sur le plan humain du collectif de travail. Les haines entre &#171; signataires &#187; et &#171; r&#233;sistants &#187; ne sont pas toutes &#233;teintes aujourd'hui. La section syndicale c&#233;d&#233;tiste se retrouvera moribonde et mettra plusieurs ann&#233;es &#224; se relever. Elle le fera notamment, on le verra plus loin, en tentant de restructurer sur le plan du site tous ces salari&#233;s &#233;clat&#233;s parmi les entreprises int&#233;rimaires, sous-traitantes ou &#171; utilisatrices &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on &#233;tait, il est vrai, claire &#224; tirer de cette d&#233;stabilisation de l'entreprise men&#233;e parall&#232;lement &#224; l'&#233;largissement du recours &#224; l'int&#233;rim et &#224; la sous-traitance. Dans le m&#234;me temps, pour n'&#234;tre pas toujours aussi &#233;vidente, c'est bien la m&#234;me exp&#233;rience que subissent la plupart des bastions ouvriers. La Radio-technique &#224; Caen (RTC) conna&#238;t, elle aussi, une restructuration importante, m&#234;me s'il est aujourd'hui encore difficile de distinguer clairement entre les mesures conjoncturelles dues &#224; la r&#233;cession actuelle et les nouvelles options prises par la firme pour son d&#233;veloppement futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1972-1973, les cha&#238;nes de montage classique de composants ont &#233;t&#233; progressivement d&#233;m&#233;nag&#233;es vers les pays d'Asie du Sud-Est o&#249; les salari&#233;s sont r&#233;put&#233;s moins chers. RTC semble se sp&#233;cialiser aujourd'hui dans la fabrication des composants eux-m&#234;mes (&#171; parties physiques &#187;), c'est-&#224;-dire vers la partie la plus technologique de la production, laissant le simple montage aux pays du tiers-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc vu s'accro&#238;tre l'embauche d'ing&#233;nieurs et de techniciens. Par ailleurs, une partie (environ un tiers) des OS [ouvriers sp&#233;cialis&#233;s] des anciens ateliers de montage sont devenues P1&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Premier niveau d'ouvrier qualifi&#233; &#8211; Nd&#201;.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. pour faire le travail plus complexe que requi&#232;rent les nouvelles fabrications. Cette requalification d'une partie du personnel a &#233;t&#233; l'occasion pour la direction de transformer &#233;galement le statut des travailleurs de l'entreprise. Les nouveaux embauch&#233;s le sont souvent sur contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e. Par ailleurs, le contrat stipule qu'ils doivent accepter tous les horaires en vigueur &#224; la RTC (normal &#8211; 2 &#215; 8 &#8211; 3 &#215; 8), qu'ils ne peuvent donc refuser si on les leur propose. Enfin, une clause pr&#233;voit leur mutation ou leur d&#233;placement dans toutes les usines du groupe en France. Or, jusqu'&#224; la crise, tous les contrats &#233;taient &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e et pr&#233;voyaient une t&#226;che et un horaire fixes. Le recours, lui aussi de plus en plus fr&#233;quent, &#224; des stagiaires (ex-stages Barre, stages d'&#233;cole technique ou d'ing&#233;nieurs) confirme cette remise en cause du statut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est avec le reste du personnel OS qui n'a pas &#233;t&#233; requalifi&#233; dans les nouvelles fabrications &#8211; soit qu'ils aient refus&#233; de faire ce nouveau type de travail, soit que la direction n'ait pas jug&#233; bon de le leur confier &#8211; que la d&#233;stabilisation est la plus pouss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction licenciait souvent dans les ann&#233;es 1960 quand des p&#233;riodes de r&#233;cession survenaient ; &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas dans cette nouvelle strat&#233;gie. Elle n'a pas non plus eu recours au ch&#244;mage partiel ou de longue dur&#233;e pour les volontaires comme en 1972-1973. C'est qu'elle utilise ce personnel d'une fa&#231;on nouvelle : il sert aujourd'hui en fait d'int&#233;rimaire &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compos&#233;e des ind&#233;sirables (d&#233;l&#233;gu&#233;s, gens &#171; &#224; probl&#232;mes &#187; ou &#171; pas assez rapides &#187;), cette fraction des salari&#233;s est affect&#233;e, au hasard des besoins des services, aux postes surcharg&#233;s ou les plus p&#233;nibles, et n'a donc pas de qualification fixe. La direction a de plus accept&#233; des travaux de sous-traitance sans aucun rapport avec les sp&#233;cialit&#233;s de RTC (montage d'&#233;lectrophones, d'antennes TV), pour occuper ce personnel pendant les p&#233;riodes creuses. L'entreprise a ainsi &#224; sa disposition son propre &#171; volant de main-d'&#339;uvre &#187; de salari&#233;s sans statut fixe, ce qui lui &#233;vite les probl&#232;mes d'absent&#233;isme, d'&#224;-coups dans la production ou d'erreurs de gestion, et lui permet de voir venir l'apr&#232;s-crise. Selon les militants, le risque est &#233;vident de voir maintenant la direction exiger de ces travailleurs l'acceptation des nouveaux horaires post&#233;s et, plus g&#233;n&#233;ralement, un amincissement de leur statut, comme c'est d&#233;j&#224; le cas pour les nouveaux embauch&#233;s. Le chantage constant au licenciement (on appelle ces travailleurs le &#171; sur-effectif &#187;) rend difficile le rapport de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration prend donc ici moins l'aspect d'un recours &#224; des int&#233;rimaires ext&#233;rieurs que celui d'une utilisation d'une partie du personnel comme int&#233;rimaires, avec la d&#233;gradation g&#233;n&#233;ralis&#233;e que cela entra&#238;ne progressivement sur le statut g&#233;n&#233;ral. Parall&#232;lement, l'effectif global a tr&#232;s progressivement fondu, essentiellement par le non-remplacement des d&#233;parts d'OS : d'un peu plus d'un millier au d&#233;but des ann&#233;es 1970, il est aujourd'hui inf&#233;rieur &#224; 800. En m&#234;me temps, le personnel non salari&#233; par l'entreprise augmentait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail temporaire, tout d'abord, est apparu pendant la courte p&#233;riode de &#171; reprise &#187; de 1976. Disparu apr&#232;s ce surcro&#238;t d'activit&#233;, il s'impose progressivement d&#232;s 1978 pour concerner pr&#232;s de 200 int&#233;rimaires (sur 760 fixes en 1979). Une faible partie est employ&#233;e &#171; en r&#233;gie &#187; pour assurer la moiti&#233; des postes d'entretien. Le reste est affect&#233; essentiellement au travail de nuit ou post&#233; ainsi qu'au secr&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sous-traitance interne, d'autre part, occupe un personnel de plus en plus nombreux, souvent quasi permanent comme au restaurant ou au bar, ou variable selon la demande de travaux en peinture, nettoyage, menuiserie&#8230; C'est donc ici &#171; en douceur &#187; que la structure sociale d'un &#233;tablissement tr&#232;s combatif au d&#233;but des ann&#233;es 1970 se trouve boulevers&#233;e de fond en comble. Malgr&#233; quelques actions sur les droits sociaux et l'int&#233;gration d'int&#233;rimaires que l'on verra plus loin, aucune riposte syndicale globale n'a pu &#234;tre oppos&#233;e &#224; cette d&#233;stabilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son caract&#232;re progressif, ajout&#233; &#224; l'ignorance totale dans laquelle se trouvent les militants de la strat&#233;gie r&#233;elle adopt&#233;e par l'entreprise, est caract&#233;ristique de la situation syndicale dans la plupart des &#233;tablissements de la r&#233;gion. L'effet de crise est bien &#233;videmment essentiel pour comprendre cette ind&#233;cision ouvri&#232;re. Comment, dans ce climat de peur au ventre o&#249; licenciements et fermetures d'entreprises surviennent chaque jour, analyser ces mesures qui viennent les unes apr&#232;s les autres bouleverser l'&#233;quilibre classique des rapports dans l'entreprise ? S'agit-il de lutter contre ces aggravations des conditions de travail ou d'admettre des r&#233;formes indispensables &#224; &#171; la survie de l'entreprise &#187;, comme ne manque jamais de l'affirmer la direction ? Telle r&#233;organisation est-elle l'indice d'un red&#233;ploiement ou bien le signe avant-coureur d'une fermeture d&#233;finitive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra attendre 1983 pour qu'un plan de restructuration autour de nouvelles activit&#233;s (fabrication de composants pour le terminal T&#233;l&#233;tel et d'appareils d&#233;codeurs de la quatri&#232;me cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision) vienne d&#233;finir la strat&#233;gie de l'entreprise et permette, dans un premier temps, de stopper les suppressions d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Aeracem de Tourouvre, dans l'Orne, repr&#233;sente le plus cruel exemple de cette difficult&#233; du choix d'une strat&#233;gie. Cette unit&#233; de fabrication de microsillons 33 tours a subi, d&#232;s 1978, de nombreux bouleversements. Dans un premier temps, l'arr&#234;t de l'embauche a permis une r&#233;duction du personnel qui, en deux ans, est pass&#233; de 520 &#224; 380 salari&#233;s. Aux questions des &#233;lus syndicaux au comit&#233; d'entreprise, cet arr&#234;t a toujours &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme &#233;tant li&#233; &#224; la &#171; crise &#187;, &#224; &#171; une situation &#233;conomique d&#233;favorable &#187; sur le march&#233; du disque. Ce qui, au d&#233;part, &#233;tait interpr&#233;t&#233; comme un v&#233;ritable chantage &#224; la crise &#8211; avec force argumentation financi&#232;re du comptable &#8211; semble avoir agi sur le personnel : le turn-over, tr&#232;s important jusqu'en 1977, s'arr&#234;te. En m&#234;me temps, l'instauration r&#233;p&#233;t&#233;e du ch&#244;mage partiel renforce le &#171; catastrophisme &#187; de la direction, alors qu'il intervient dans les p&#233;riodes traditionnelles de baisse saisonni&#232;re de production. Troisi&#232;me &#233;tape du processus : l'embauche de travailleurs temporaires co&#239;ncide avec l'arr&#234;t de l'embauche de travailleurs garantis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s cette &#233;poque, les analyses de la situation sont tr&#232;s divergentes. Majoritairement, la section syndicale pense qu'il s'agit d'une liquidation progressive de l'entreprise. L'appartenance de l'usine &#224; un trust belge interdit tout contr&#244;le r&#233;el des investissements, mais peut laisser penser qu'on assiste &#224; un report financier continu vers les autres usines du groupe. Certains pensent, au contraire, que l'entreprise, loin d'&#234;tre en difficult&#233; comme l'affirme la direction, entreprend une politique de modernisation, notamment au niveau de la gestion de la main-d'&#339;uvre : le ch&#244;mage partiel et l'embauche de travailleurs temporaires visent avant tout &#224; instaurer une mobilit&#233; grandissante du facteur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'arrivent d'un seul coup trente-six presses automatis&#233;es. D&#232;s leur mise en place, la direction annonce un projet de 1970 licenciements. La rentabilisation des machines est envisag&#233;e &#224; son maximum avec le travail de nuit et, l&#224; encore, la direction a pratiqu&#233; le chantage : travail de nuit obligatoire ou perte de l'emploi. Cinquante travailleurs sont effectivement licenci&#233;s, dont beaucoup parmi les actifs syndiqu&#233;s qui avaient particip&#233; &#224; la gr&#232;ve de 1975. Ces licenciements permettent en m&#234;me temps de scinder les &#233;l&#233;ments les plus combatifs et de poursuivre la nouvelle politique sans opposition structur&#233;e. Ces changements dans les conditions de travail ont cr&#233;&#233; un v&#233;ritable bouleversement dans tous les services par diverses initiatives : de nombreuses mutations du service des presses ont lieu vers les autres services, avec des cons&#233;quences importantes sur les salaires. Cette mobilit&#233; impos&#233;e s'&#233;tend progressivement &#224; tous les secteurs et concerne environ une centaine de personnes sur 300. Au gr&#233; des besoins, les travailleurs passent d'un service &#224; l'autre, du contr&#244;le &#224; celui des pochettes, &#224; celui des presses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants, isol&#233;s des travailleurs, affaiblis par le d&#233;part de nombre d'entre eux, critiquent surtout le gaspillage que repr&#233;sentent ces investissements acc&#233;l&#233;rant la mort de l'entreprise. Les responsables syndicaux r&#233;gionaux y voient tout au contraire la confirmation d'un capitalisme dynamique qui, par l'automation, le travail de nuit et la mobilit&#233; interne, entreprend de faire d'Aeracem une entreprise pilote des nouvelles formes de gestion de la main-d'&#339;uvre. L'opposition entre militants devient tr&#232;s vive, freinant d'autant plus la mise en place d'une riposte, quelle qu'elle soit. Quand, moins d'un an plus tard, l'entreprise est liquid&#233;e, aucune action n'aura pu &#234;tre men&#233;e dans un canton qui voyait pourtant dispara&#238;tre les seuls emplois industriels dont il disposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les restructurations touchant le temps de travail, de la multiplication du travail post&#233; au d&#233;veloppement du temps partiel, sont certainement parmi les plus importantes quant &#224; leurs effets d&#233;stabilisateurs sur le collectif de travail, m&#234;me si les organisations ouvri&#232;res &#8211; on le verra plus loin &#224; propos de la d&#233;syndicalisation &#8211; n'ont jamais jusqu'&#224; pr&#233;sent r&#233;ellement &#233;tudi&#233; le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif que les Postes et T&#233;l&#233;communications, qui ont toujours &#233;t&#233; un secteur d'avant-garde pour les nouvelles formes de gestion de la main-d'&#339;uvre, d&#233;veloppent aujourd'hui tr&#232;s largement le temps partiel. Sur la Basse-Normandie, en 1982, on recense :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 967 auxiliaires employ&#233;s de 1 h 30 &#224; 6 h par jour ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 610 personnes de nettoyage de 3 h &#224; 5 h ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 96 porteurs de t&#233;l&#233;grammes de 1 &#224; 3 h ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 52 g&#233;rants de bureau de 3 h &#224; 5 h ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 61 titulaires &#224; 3 h.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le secteur tertiaire (banque, assurance, informatique) a subi, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1960, une r&#233;organisation du travail pr&#233;figurant largement ce qui se passe aujourd'hui dans l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commerce est aussi un secteur en continuelle &#233;volution o&#249; s'&#233;laborent de nouvelles strat&#233;gies, concernant majoritairement les femmes, qui modifient compl&#232;tement les conditions de travail. Dans les hypermarch&#233;s, par exemple, c'est aujourd'hui la recherche d'une plus grande souplesse au niveau du temps qui est la ligne directrice des politiques du personnel. L'organisation traditionnelle du temps de travail en huit heures par jour pendant cinq ou six jours est boulevers&#233;e. &#192; Continent Mondeville, entre 1976 et 1978, le temps plein a progressivement laiss&#233; la place aux contrats &#224; temps partiel de 20 heures et moins de 20 heures. &#192; Carrefour de m&#234;me, les temps partiels concernent la moiti&#233; du personnel. La situation &#233;volue rapidement au point que les magasins Continent, apr&#232;s 1980, proposent exclusivement des contrats &#224; temps partiel de 20 heures et moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au nom de la d&#233;fense des acquis que les sections syndicales se sont oppos&#233;es &#224; la mise en place du travail &#224; temps partiel : refus de la section Carrefour CFDT de signer, en juin 1978, un avenant &#224; la convention collective portant sur la cr&#233;ation de &#171; salari&#233;s &#224; horaires courts &#187; ; bataille pour garder le m&#234;me nombre fixe de caissi&#232;res &#224; 40 heures ; d&#233;nonciation des &#233;conomies faites par le syst&#232;me : fin des heures suppl&#233;mentaires, fin du jour de cong&#233; pay&#233;, suppression des pauses, r&#233;duction des cong&#233;s maladie, etc. Le travail &#224; temps partiel permet, en effet, aux entreprises de contourner une partie de la l&#233;gislation du travail adapt&#233;e au syst&#232;me d'organisation traditionnelle du travail. Mais tandis que les sections d&#233;non&#231;aient le travail &#224; temps partiel, celui-ci se g&#233;n&#233;ralisait &#224; l'ensemble des hypermarch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; d'une plus grande souplesse dans l'organisation de la journ&#233;e de travail, les directions recherchent un allongement des temps d'ouverture des magasins le soir et les jours f&#233;ri&#233;s. La question du travail le dimanche a &#233;t&#233; l'objet d'un mouvement revendicatif national, fin 1979, qui a &#233;t&#233; largement suivi au niveau r&#233;gional. Dans tous les hypermarch&#233;s caennais, des d&#233;brayages ont eu lieu, suivis par la quasi-totalit&#233; du personnel et soutenus par les cadres et la ma&#238;trise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques exemples &#8211; on en trouvera bien d'autres dans l'analyse des luttes &#8211; montrent l'infinie diversit&#233; des attaques que subit le rapport salarial classique et la difficult&#233; qu'ont les organisations ouvri&#232;res &#224; y r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore n'a-t-on ici analys&#233; que des mutations &#233;videntes qui ont provoqu&#233; une analyse approfondie du probl&#232;me dans les sections. Une r&#233;action se fait jour d&#232;s lors que le noyau m&#234;me des ouvriers qualifi&#233;s de l'entreprise est atteint. Mais l'&#233;viction de l'ouvrier fordiste dominant dans le syndicalisme d'entreprise ne fait encore que commencer. Ce sont d'abord les franges peu repr&#233;sent&#233;es syndicalement qui sont touch&#233;es : l'OS par l'int&#233;rim ; les femmes du tertiaire par le temps partiel ; le personnel du nettoyage par la sous-traitance. Et combien de militants sont capables de dire qui nettoie leur atelier quand ils sont partis, ou qui pr&#233;pare leur repas &#224; la cantine ? Tr&#232;s peu, on le verra plus loin. Cet &#171; effet termite &#187; de la pr&#233;carisation des emplois, tr&#232;s rarement per&#231;u par les militants quand il commence &#224; p&#233;n&#233;trer dans l'entreprise, explique la faiblesse de la r&#233;action actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un signe pourtant ne peut tromper : celui de la d&#233;syndicalisation progressive des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;La baisse des effectifs syndicaux&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces mutations sont en effet pour une tr&#232;s large part responsables de la baisse des effectifs syndicaux que l'on constate partout. Les licenciements d&#233;cid&#233;s dans les entreprises sont bien souvent une bonne occasion de se d&#233;barrasser des &#171; mauvais &#233;l&#233;ments &#187; et les militants sont touch&#233;s bien plus souvent qu'&#224; leur tour &#8211; ce qui n'incite gu&#232;re les rescap&#233;s &#224; prendre la rel&#232;ve. Par ailleurs, la sous-traitance, lorsqu'elle touche un secteur comme l'entretien &#8211; bastion classique des militants syndicaux &#8211;, peut, en un instant, d&#233;capiter toute une section d'entreprise. Face &#224; cette h&#233;morragie des militants confirm&#233;s, le recrutement est inconsistant, faute de jeunes int&#233;gr&#233;s dans l'entreprise. L'absence traditionnelle des organisations ouvri&#232;res dans les petites entreprises, jointe au peu d'int&#233;r&#234;t jusqu'ici port&#233; aux travailleurs pr&#233;caires, explique que l'institution syndicale ne concerne qu'une part sans cesse d&#233;clinante des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est donc pas essentiellement cette baisse des effectifs derri&#232;re laquelle la plupart des sections se r&#233;fugient en invoquant une &#171; crise du militantisme &#187; n&#233;e d'une conjoncture d&#233;favorable. La vraie question r&#233;side dans cette masse croissante de travailleurs pr&#233;caires, satellites des grosses entreprises, que les sections sont dans l'incapacit&#233; totale de toucher de par leur organisation m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans telle entreprise de la m&#233;tallurgie caennaise, une sorte de fatalisme teinte le discours des responsables syndicaux : le renouvellement militant est inexistant depuis plusieurs ann&#233;es ; les jeunes ne se syndiquent plus ; la &#171; sensibilit&#233; militante &#187; fait d&#233;faut&#8230; On en est &#224; envisager &#224; long terme une disparition pure et simple de la section. Un examen plus pr&#233;cis de la situation de ces jeunes donne pourtant une autre explication : sur 1 100 salari&#233;s, 303 d&#233;pendent de l'int&#233;rim ou de la sous-traitance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; du probl&#232;me &#224; r&#233;soudre n'est pas seule en cause. Polaris&#233;s depuis 1972 par l'enjeu politique de l'union de la gauche, bien des militants reconnaissent avoir laiss&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan l'action quotidienne. D'espoirs en d&#233;ceptions successifs, les sections d&#233;battent des &#171; perspectives &#187;, souvent fort &#233;loign&#233;es de celles, plus concr&#232;tes, de l'entreprise. Quand bien m&#234;me on &#233;tait conscient du mal, la solution politique pr&#233;valait. CGT comme CFDT n'ont-elles pas pr&#233;vu, en cas de victoire de la gauche, la suppression pure et simple de l'int&#233;rim et l'interdiction des emplois pr&#233;caires ? Il semble bien qu'un nombre important de sympathisants ait pouss&#233; cette logique jusqu'au bout, en pr&#233;f&#233;rant le bulletin de vote &#224; la carte syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte un manque de sensibilit&#233; des organisations face aux pr&#233;occupations ouvri&#232;res, qui n'am&#233;liore pas l'efficacit&#233; des quelques actions men&#233;es contre telle ou telle mutation de la gestion de la main-d'&#339;uvre : ainsi la prise de position contre les horaires variables. Consid&#233;r&#233;e d'entr&#233;e comme une technique d'&#233;clatement du collectif de travail et de marginalisation de l'action syndicale, cette r&#233;forme a &#233;t&#233; partout syst&#233;matiquement combattue par les sections. Aujourd'hui, apr&#232;s que cet am&#233;nagement des horaires se soit malgr&#233; tout largement r&#233;pandu, c'est plut&#244;t l'analyse inverse qui pr&#233;vaut : la meilleure technique pour laminer une section, c'est qu'elle soit contre les horaires variables. Le cas du Cr&#233;dit Lyonnais de Bayeux est exemplaire. En 1976, la r&#233;forme est propos&#233;e par la direction. La CFDT, largement majoritaire au comit&#233; d'entreprise et qui a voix d&#233;cisoire, fait &#233;chouer le projet en lui opposant &#171; les 35 heures &#187;. Face &#224; cette &#171; victoire &#187; syndicale, il a suffi &#224; la direction de constater que pr&#232;s de 70 % du personnel &#233;tait, lui, favorable aux horaires mobiles. Elle monte un syndicat maison qui axe toute sa campagne sur ce th&#232;me et, en 1980, la CFDT est balay&#233;e, les nouveaux horaires instaur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une bonne dizaine d'entreprises de la r&#233;gion, des sections ont ainsi perdu brutalement les acquis de plusieurs ann&#233;es de travail de mobilisation pour s'&#234;tre content&#233;es de rejeter purement et simplement des initiatives patronales parfois approuv&#233;es par le personnel. Celui-ci, par exemple, accepte les pointeuses individuelles parce qu'elles interdisent l'arbitraire des contrema&#238;tres. Cet autre veut n&#233;gocier directement avec le patron, par-dessus les d&#233;l&#233;gu&#233;s, pour obtenir le travail &#224; temps partiel. Faute d'analyse globale, les sections sont accul&#233;es &#224; la d&#233;fensive face aux innombrables r&#233;formes qui concernent aujourd'hui la gestion de la main-d'&#339;uvre, et le personnel fixe comprend souvent mal l'attitude syndicale face aux pr&#233;caires. Quand des militants, dans un tract, &#171; d&#233;noncent l'utilisation de l'int&#233;rim par la direction &#187;, tout le monde les f&#233;licite : &#171; Vous avez raison, il faut d&#233;noncer ces gars-l&#224;, ils nous volent notre travail. &#187; &#192; moins qu'au contraire la majorit&#233; ne redoute une action qui viendrait remettre en cause un statu quo r&#233;gl&#233; entre direction et salari&#233;s sur le dos des pr&#233;caires. C'est ainsi qu'ici et l&#224;, l'utilisation de contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e soulage le personnel de nombreuses heures suppl&#233;mentaires. Ailleurs, les r&#233;ticences &#224; effectuer certains travaux d'entretien dangereux sont r&#233;gl&#233;es par l'arriv&#233;e d'int&#233;rimaires. La fameuse souplesse qu'apporte la main-d'&#339;uvre pr&#233;caire ne concerne pas seulement la &#171; gestion capitaliste du facteur travail &#187;, comme on le r&#233;p&#232;te abondamment, mais bien aussi le rapport social dans l'entreprise. Tout le probl&#232;me d'une r&#233;action de l'institution syndicale r&#233;side l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de l'analyser plus pr&#233;cis&#233;ment, voyons rapidement l'audience syndicale &#224; la lumi&#232;re des &#233;lections prud'homales. En 1979, le scrutin positionne la Basse-Normandie sur l'&#233;chiquier national : c'est une des trois r&#233;gions o&#249; la CFDT figure en t&#234;te dans les coll&#232;ges ouvriers et employ&#233;s, atteignant un score de 30,71 %, devant la CGT : 29,17 % et FO : 22,07 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'industrie, la CGT est l&#233;g&#232;rement en avant dans la plupart des villes, avec la tr&#232;s notable exception de Caen, de loin le plus gros centre r&#233;gional, o&#249; la CFDT domine assez nettement. M&#234;me situation dans le commerce. Le rapport est inverse dans l'agriculture et les activit&#233;s diverses qui ne repr&#233;sentent qu'une faible part des votants mais expriment une assez nette pr&#233;f&#233;rence pour la CFDT. Cette derni&#232;re, gr&#226;ce &#224; son excellente implantation dans la capitale bas-normande et son audience dans l'agriculture, parvient donc &#224; faire jeu &#233;gal avec une CGT plus puissante dans les autres centres industriels, Alen&#231;on, Cherbourg et Lisieux notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, le rapport des forces reste &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me, mais avec un recul des deux organisations dominantes qui se produit, pour l'essentiel, dans l'agriculture et dans l'industrie. Dans ce dernier secteur, c'est dans les grandes entreprises qu'on rel&#232;ve les moins bons r&#233;sultats. Cette perte d'influence est coh&#233;rente avec la d&#233;gradation de l'emploi r&#233;gional depuis 1979. On constate en effet une baisse du nombre des inscrits, que l'on doit mettre en parall&#232;le avec l'arr&#234;t g&#233;n&#233;ral de l'embauche et les licenciements qui sont intervenus dans la r&#233;gion. Le recul num&#233;rique de la population ouvri&#232;re bas-normande ne pouvait qu'&#234;tre d&#233;favorable aux principaux syndicats qui situent traditionnellement leurs forces dans les bastions ouvriers. Mais, par ailleurs, il faut souligner que le taux de participation a &#233;t&#233; moins fort qu'en 1979 : les abstentions repr&#233;sentent 40 % des inscrits. Dans certains cas, les deux ph&#233;nom&#232;nes &#8211; abstentions et baisse des inscrits &#8211; se conjuguent et expliquent des chutes vertigineuses. Si l'explication par l'effet de crise est &#233;vidente, elle n'est pas en soi suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;saffection ne fait qu'exprimer, au niveau r&#233;gional, les ph&#233;nom&#232;nes que nous avons analys&#233;s plus haut dans les entreprises : les restructurations ont des effets d&#233;stabilisateurs sur les rapports sociaux &#233;tablis dans les lieux de travail et, en premier lieu, remettent en cause les strat&#233;gies syndicales classiques. L'absence de strat&#233;gie globale, les r&#233;ponses au coup par coup, le repli sur des positions d&#233;fensives et/ou les prises de position rigides ne permettent pas de faire face &#224; la nouvelle situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette baisse d'influence des syndicats ouvriers sur leurs bases sociales traditionnelles n'est compens&#233;e par aucune autre perc&#233;e, ni dans d'autres secteurs ni dans d'autres cat&#233;gories sociales. Dans le commerce, par exemple, o&#249; figurent en majorit&#233; des femmes traditionnellement peu repr&#233;sent&#233;es dans le mouvement syndical, les conf&#233;d&#233;rations &#171; ouvri&#232;res &#187; font place &#224; d'autres organisations plus influentes dans le tertiaire. De m&#234;me, l'accroissement notable des travailleurs pr&#233;caires, compos&#233;s en majorit&#233; de femmes et de jeunes, n'a en aucune fa&#231;on profit&#233; aux scores syndicaux. Hors du champ traditionnel de l'action ouvri&#232;re, ces cat&#233;gories ne sont pas investies par les organisations qui constatent pourtant un vieillissement de leurs adh&#233;rents et d&#233;plorent en paroles la faible f&#233;minisation de leurs militants. Mais avant de &#171; mobiliser &#187;, il faut avoir une claire conscience de l'enjeu que repr&#233;sente la pr&#233;carit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Des conflits dans les usines&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Dans un hypermarch&#233; Carrefour, d&#233;but 1979, une gr&#232;ve est lanc&#233;e pour obtenir la r&#233;int&#233;gration d'un employ&#233; licenci&#233; pour le vol d'un g&#226;teau. Meetings et manifestations aux portes du complexe commercial se d&#233;roulent quotidiennement pour tenter de mobiliser salari&#233;s et consommateurs, lorsqu'une courte manifestation lanc&#233;e par les cadres et le syndicat maison attaque violemment les militants et balaie le piquet de gr&#232;ve. La surprise est grande dans la section syndicale de reconna&#238;tre parmi les agresseurs une bonne part du personnel, essentiellement de jeunes caissi&#232;res dont on retrouve d'ailleurs le nom au bas d'une p&#233;tition antisyndicale, quelques jours plus tard. L'absent&#233;isme au mouvement de gr&#232;ve est un ph&#233;nom&#232;ne bien connu dans cette r&#233;gion d'OS, mais de l&#224; &#224; pratiquer le coup de poing contre les syndicats ! On s'aper&#231;oit alors qu'une bonne moiti&#233; de ces caissi&#232;res &#233;taient embauch&#233;es &#224; temps partiel avec un contrat de vingt heures par semaine. Soit la n&#233;cessit&#233; absolue, pour avoir un salaire d&#233;cent, d'obtenir du chef du personnel dix ou quinze heures de travail compl&#233;mentaires chaque semaine. Compl&#233;mentaires et non pas &#171; suppl&#233;mentaires &#187; ! Les temps partiels en de&#231;&#224; de 40 heures ne touchent aucun suppl&#233;ment. C'est ainsi que la majorit&#233; de ces caissi&#232;res &#171; &#224; temps partiel &#187; travaillent en r&#233;alit&#233; 38 heures par semaine. Comment, dans ces conditions, soutenir un conflit, refuser son soutien au syndicat maison dirig&#233; par ceux-l&#224; m&#234;mes qui octroient le compl&#233;ment hebdomadaire vital ? Mieux que la non-syndicalisation de ces travailleuses, bien connue depuis longtemps sans qu'on s'en pr&#233;occupe r&#233;ellement, cette d&#233;couverte d'int&#233;r&#234;ts contradictoires avec la logique syndicale marque beaucoup les militants. Point n'&#233;tait besoin de th&#233;oriser une division de la classe ouvri&#232;re : il suffisait d'observer les camps dans la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, quelques mois plus tard, un d&#233;brayage a lieu dans le bastion ouvrier de la Soci&#233;t&#233; M&#233;tallurgique de Normandie sur les trains &#224; fil, la direction se contente d'envoyer une &#233;quipe de sous-traitance pour faire red&#233;marrer le travail. Tout ce que pourront faire les d&#233;l&#233;gu&#233;s sera d'&#233;viter les risques d'affrontement entre les deux &#233;quipes. L&#224; encore, il ne s'agit pas d'une d&#233;couverte. La sous-traitance &#224; la SMN, comme ailleurs, est un ph&#233;nom&#232;ne enregistr&#233;. Ne serait-ce que parce qu'on ne critique pas l'appel &#224; une bo&#238;te d'entretien bien connue utilisant en majorit&#233; du personnel immigr&#233; quand les fixes refusent de faire des r&#233;parations jug&#233;es trop dangereuses. La vraie d&#233;couverte, c'est cette interp&#233;n&#233;tration croissante des pr&#233;caires et de l'entreprise jusqu'&#224; fausser l'action ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'affrontement direct &#8211; qui reste heureusement exceptionnel, bien que ses effets ne soient pas si n&#233;gatifs dans la r&#233;flexion ouvri&#232;re &#8211; l'existence des pr&#233;caires se r&#233;v&#232;le souvent dans ces divergences d'int&#233;r&#234;ts&#8230; surtout quand ils prennent le soin de les affirmer eux-m&#234;mes. Lorsque, par exemple, les ouvriers de la Saviem se lancent dans une gr&#232;ve tr&#232;s dure en mai 1979, sur un lock-out g&#233;n&#233;ral, tous les travailleurs sous-traitants se trouvent en ch&#244;mage technique. Constatant que personne ne se soucie de leur sort, les femmes occup&#233;es au nettoyage confi&#233; &#224; une entreprise sp&#233;cialis&#233;e vont trouver les militants syndicaux de la Saviem. Avec leur aide, et apr&#232;s de complexes discussions avec les directions de la Saviem et des entreprises sous-traitantes, elles finiront par obtenir l'indemnisation de ce ch&#244;mage forc&#233;. Que la gr&#232;ve des uns entra&#238;ne la mise au ch&#244;mage des autres ne figure pas dans l'analyse classique de l'action syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, lorsque ce seront cette fois les salari&#233;s des autobus de la ville qui m&#232;neront un conflit pour la r&#233;duction de leurs horaires, les femmes de la soci&#233;t&#233; sous-traitante &#8211; l&#224; aussi le nettoyage &#8211; r&#233;ussiront encore, en requ&#233;rant le soutien de la section syndicale de la compagnie de transport, &#224; obtenir le paiement de leur ch&#244;mage. Actions simples et banales, pourrait-on croire, si elles ne restaient pas rares. C'est qu'en dehors d'une action &#233;nergique des pr&#233;caires pour faire valoir leurs simples droits &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187; de la gr&#232;ve, il n'est pas dans les habitudes des ouvriers d'entreprise de consid&#233;rer spontan&#233;ment ces cons&#233;quences annexes. Et l'action autonome des hors-statuts n'est pas encore courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode le plus direct de sensibilisation &#224; la pr&#233;carit&#233; intervient chez les militants ouvriers lorsque le ph&#233;nom&#232;ne appara&#238;t clairement comme un danger pour le statut m&#234;me des travailleurs stables, comme une remise en cause directe des acquis. L'attention pour les nouvelles formes d'emploi ne vient qu'indirectement, en tant que perturbatrices de l'&#233;quilibre des forces, &#224; travers le ph&#233;nom&#232;ne d'abord con&#231;u comme s&#233;par&#233; de la d&#233;gradation du statut.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2. La d&#233;fense du collectif de travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Vues de l'entreprise, les nouvelles formes de gestion de la main-d'&#339;uvre apparaissent donc majoritairement comme des cas ponctuels d'alt&#233;ration &#8211; &#224; des degr&#233;s divers &#8211; du statut type reliant le salari&#233; &#224; l'&#233;tablissement. Cette optique permet d'avancer une solution, une seule mais simple et parfaite : celle de l'int&#233;gration dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Assister et int&#233;grer le pr&#233;caire dans l'entreprise&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;&#201;vidente, cette tactique l'est d'autant plus qu'elle a fond&#233; l'action du seul secteur s'&#233;tant jusqu'alors r&#233;ellement battu sur ce front : celui de la fonction publique. On sait que l'&#201;tat-patron, concern&#233; au premier chef par la rigidification des rapports de travail &#8211; le fameux statut de la fonction publique &#8211; a fait &#339;uvre de pr&#233;curseur dans ces innovations tendant &#224; d&#233;stabiliser le collectif de travail. C'est significativement en s'appuyant sur l'analyse du secteur public que Jacques Magaud a, le premier, mis en lumi&#232;re l'opposition des &#171; vrais et des faux salari&#233;s &#187;. Depuis longtemps, la puissance publique a d&#233;velopp&#233; en son sein la r&#233;gie, la sous-traitance, la vacation, la contractualisation, l'auxiliariat qui affectent globalement le cinqui&#232;me de ses effectifs, avec des pointes dans certains minist&#232;res : un tiers du personnel de l'&#201;ducation nationale en 1967, la moiti&#233; de celui de l'INSEE en 1969, le quart de l'&#201;quipement en 1975, sans compter le secteur semi-public, les collectivit&#233;s locales ou les PTT dans lesquels la sous-traitance rend impossible une simple estimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation d'avant-garde explique aussi que ce secteur soit le seul &#224; avoir une v&#233;ritable exp&#233;rience du probl&#232;me. Les luttes notamment des postiers et des auxiliaires de l'&#201;ducation nationale dans les ann&#233;es 70 sont rest&#233;es en m&#233;moire ; et ce n'est pas par hasard si les militants les plus actifs &#224; mettre en avant le combat pour les hors-statuts furent, au d&#233;part en Basse-Normandie, issus de ces deux branches. &#192; Caen, une action intersyndicale tr&#232;s compl&#232;te men&#233;e &#224; l'universit&#233; pour l'acc&#232;s des auxiliaires au fameux plan d'int&#233;gration du CNRS put &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un mod&#232;le du genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration, parce qu'elle se situe dans la stricte logique de l'action syndicale d'entreprise et parce qu'elle a fait ses preuves dans le secteur public, est donc la revendication centrale face &#224; la pr&#233;carisation. Revendication simple, on l'a dit, mais qui se heurte pourtant d&#232;s le d&#233;part &#224; de nombreuses difficult&#233;s dues essentiellement &#224; la mobilit&#233; de ces pr&#233;caires. Avant m&#234;me d'entreprendre toute action, il faut pr&#233;cis&#233;ment &#171; mobiliser &#187;, comme dit le jargon syndical, des gens qui ont au contraire pour caract&#233;ristique de ne jamais pouvoir &#234;tre assign&#233;s clairement &#224; l'un des lieux classiques de la spatialisation syndicale : l'atelier, l'&#233;tablissement, l'entreprise. On entrevoit d&#233;j&#224; ici la fragilit&#233; de la r&#233;f&#233;rence au secteur public. Entre l'auxiliaire ayant pris pied dans l'administration pour progresser avec plus ou moins de bonheur vers la titularisation et l'int&#233;rimaire ou le contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e qui passe ici avant d'aller ailleurs, il y a un monde. La &#171; prise de contact &#187; avec le pr&#233;caire sera donc ici une phase importante et difficile de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;tablir le contact&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un vrai tournis&#8230; il faudrait faire le recensement, un grand tableau pour avoir tout le mouvement. &#187; R&#233;flexion classique d'un militant d'entreprise confront&#233; &#224; une nouvelle balisation d'un espace qu'il voyait jusqu'ici bien d&#233;limit&#233; et clos par les murs de son entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord, comment les rep&#233;rer concr&#232;tement, ces pr&#233;caires ? Quand bien m&#234;me une section syndicale prend conscience de leur existence dans l'entreprise, il reste &#224; les trouver, &#224; savoir combien ils sont et o&#249; ils sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelques cas, ce sont les hors-statuts eux-m&#234;mes qui vont voir les militants. Cas assez rares tant le pr&#233;caire se sent &#233;tranger &#224; l'entreprise et &#224; ceux, a fortiori, qui y ont un r&#244;le institutionnalis&#233;. Les entretiens men&#233;s &#224; ce sujet rappellent assez fid&#232;lement les discours enregistr&#233;s dix ans auparavant avec les &#171; OS &#187; des entreprises d&#233;centralis&#233;es ou les immigr&#233;s des grands centres industriels qui concevaient mal d'&#233;ventuels rapports avec les syndicats. Chez les jeunes pr&#233;caires, il ne s'agit plus d'ignorance mais bien de la conscience d'en &#234;tre exclus, y compris par les salari&#233;s eux-m&#234;mes : &#171; &#192; quoi bon si c'est pour m'entendre traiter de voleur de travail ou de casseur de cadence ! &#187; &#171; De toute fa&#231;on, ils savent bien que dans trois mois je ne serai plus l&#224;, &#231;a vaut pas le coup pour eux&#8230; &#187; &#192; la Saviem, quand le cas se produit &#8211; il convient de le souligner &#8211; quelques int&#233;rimaires entreprirent pour la premi&#232;re fois de s'organiser. Alors qu'ils pensaient travailler dans cette entreprise pour quelques semaines et avaient pris leurs dispositions en cons&#233;quence (achat de carte de bus, am&#233;nagements familiaux, etc.), la direction les pr&#233;vient brusquement en milieu de semaine que leurs missions cesseraient le samedi. Apr&#232;s avoir contact&#233; les sections syndicales, ils d&#233;brayent toute la fin de semaine avec l'appui des ouvriers de l'atelier. Ce mouvement soudain arracha &#224; la direction la promesse d'informer le personnel temporaire huit jours minimum avant l'expiration du contrat. Pour la premi&#232;re fois, des liens &#233;taient n&#233;s entre pr&#233;caires et ouvriers de la Saviem. Bien &#233;videmment, tous les int&#233;rimaires re&#231;urent quelques jours plus tard leurs fins de mission et s'&#233;parpill&#232;rent de nouveau sur le march&#233; caennais. Tout &#233;tait &#224; recommencer lorsque la prochaine fourn&#233;e de temporaires arriva &#224; l'usine quelque temps apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle exp&#233;rience n'est cependant totalement n&#233;gative que du seul point de vue de la section d'entreprise. Car cette mobilit&#233; forc&#233;e, si elle remet en cause les formes classiques de mobilisation par les militants dans l'entreprise, permet inversement une diffusion rapide des acquis de lutte sur le march&#233;, entre entreprises. Dans ce cas pr&#233;cis, c'est justement un de ces gr&#233;vistes int&#233;rimaires qui, &#224; l'occasion d'une nouvelle mission, reprit l'initiative d'un contact avec la section Radio-technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ainsi faire l'hypoth&#232;se d'un d&#233;veloppement progressif des rapports section syndicale-pr&#233;caires par le simple jeu de la mobilit&#233; acc&#233;l&#233;rant la diffusion des exp&#233;riences. Tel ne semble pas &#234;tre n&#233;anmoins le cas g&#233;n&#233;ral : soit que certaines sections soient peu pr&#233;par&#233;es &#224; assurer le contact, soit surtout que l'&#233;parpillement et la rapidit&#233; de rotation propres &#224; cette mobilit&#233; rendent difficiles des liaisons r&#233;elles. Nous sommes ici fort loin de &#171; l'effet de contagion &#187; port&#233; par le turn-over des OS dans les bassins de main-d'&#339;uvre des ann&#233;es 70. Nous notions alors une &#171; cha&#238;ne pratiquement continue de conflits qui rebondissent les uns sur les autres &#187;, sans que l'information syndicale ou r&#233;gionale puisse en &#234;tre tenue pour responsable. Soit l'extr&#234;me raret&#233; de ces contacts spontan&#233;s et la n&#233;cessit&#233; pour les sections d'entreprendre une v&#233;ritable recherche des hors-statuts dans l'entreprise. L'opacit&#233; ne concerne pas seulement le march&#233; du travail mais l'int&#233;rieur m&#234;me de l'unit&#233; de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opacit&#233; juridique tout d'abord. Quand, par exemple, des militants de la RTC de Caen s'aper&#231;urent que le nombre de salari&#233;s maison effectuant des travaux d'entretien &#233;tait en nette diminution et que pourtant la masse de ces travaux augmentait, ils d&#233;couvrirent la progression du travail en &#171; r&#233;gie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de sous-traitance utilise, pour r&#233;pondre &#224; la demande, outre ses propres salari&#233;s, des int&#233;rimaires embauch&#233;s dans une entreprise de travail temporaire partageant la m&#234;me adresse et le m&#234;me t&#233;l&#233;phone. Qui est int&#233;rimaire ? Qui est sous-traitant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction de Radiotechnique, interrog&#233;e, d&#233;clare ne traiter qu'avec l'entreprise de sous-traitance qui fait son travail &#171; comme elle l'entend &#187;. Rep&#233;rer et conna&#238;tre les pr&#233;caires &#8211; certains &#233;tant pourtant l&#224; depuis pr&#232;s de cinq ans au gr&#233; des multiples contrats &#8211; demande d&#232;s le d&#233;part une analyse juridique complexe. Il fallut en l'occurrence consulter un service juridique conf&#233;d&#233;ral pour d&#233;brouiller l'&#233;cheveau. Une fois cela fait, aucun contr&#244;le n'&#233;tait pourtant possible sur les conditions de travail des temporaires puisqu'ils n'&#233;taient pas embauch&#233;s en tant que tels par l'entreprise. Et comment distinguer entre : l'ex-int&#233;rimaire devenu brusquement salari&#233; de l'entreprise sous-traitante et le travailleur en r&#233;gie licenci&#233; pour &#234;tre imm&#233;diatement embauch&#233; en int&#233;rimaire sur un autre chantier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de casse-t&#234;te parfaitement banal &#8211; on a choisi ici un des cas les plus simples &#224; exposer &#8211; n'est pas pr&#233;cis&#233;ment ce &#224; quoi est pr&#233;par&#233;e une section syndicale. Quand bien m&#234;me les int&#233;rimaires travaillent clairement comme tels dans l'entreprise, il faut entreprendre l&#224; encore une v&#233;ritable enqu&#234;te sur le registre des entr&#233;es et sorties du personnel pour savoir qui travaille o&#249;. Toutes ces &#171; recherches &#187; administratives et juridiques d&#233;couragent rapidement les militants les mieux intentionn&#233;s et ne favorisent pas les premiers rapports avec les pr&#233;caires, assez r&#233;ticents &#224; ces interrogatoires juridiques qui leur rappellent surtout les bureaux de l'ANPE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'anticipons pas ! Une fois connue l'existence de ces hors-statuts, encore faut-il les retrouver dans les ateliers. L'opacit&#233; n'est pas seulement juridique. La plupart des militants d'entreprise avouent que le meilleur moyen de rep&#233;rer les pr&#233;caires reste encore leur particularit&#233; physique parmi le personnel stable. Chez Moulinex, ce rep&#233;rage est consid&#233;r&#233; comme facile du fait que les temporaires font les boulots les plus sales et les plus dangereux. &#192; la Soci&#233;t&#233; m&#233;tallurgique de Normandie, o&#249; plus de 5 000 ouvriers travaillent, ce sont les cottes de couleurs diff&#233;rentes qu'attribuent les entreprises sous-traitantes &#224; leurs propres travailleurs &#8211; une quarantaine en 1980 &#8211; qui permettent de mesurer l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne. Chez Blaupunkt ou Saviem, c'est au contraire l'absence de blouse ou de v&#234;tement de protection qui d&#233;signe immanquablement le hors-statut. C'est donc ici la r&#233;alit&#233; m&#234;me du collectif de travail, avec ses r&#232;gles et ses m&#339;urs, qui permet de d&#233;finir a contrario ceux qui n'en font pas partie. Mais cette &#171; diff&#233;rence &#187; est parfois tellement prononc&#233;e qu'elle interdit elle-m&#234;me tout rep&#233;rage. C'est le cas surtout des travailleurs de nuit dans les entreprises &#224; horaires classiques qu'on ne voit jamais faute de n'&#234;tre jamais pr&#233;sents dans l'entreprise en m&#234;me temps que les autres. Idem pour les &#171; temps particuliers &#187; isol&#233;s du collectif par leurs rythmes sp&#233;cifiques. Cette ext&#233;riorit&#233; du pr&#233;caire, qui se traduit m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de l'entreprise par un temps et un espace v&#233;cus diff&#233;remment, rend donc tr&#232;s central ce probl&#232;me du contact. &#171; On ne s'est pas vus &#187;, &#171; ils &#233;taient en retard &#187;, &#171; ils n'&#233;taient plus l&#224; &#187;, &#171; je ne les ai pas trouv&#233;s &#187; : telles sont les phrases qui ponctuent immanquablement tout discours du militant sur les hors-statuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'id&#233;e de monter des permanences dans le local syndical d'entreprise &#224; des heures o&#249; les pr&#233;caires seraient susceptibles de pouvoir se d&#233;placer. C'est le moment des repas qui est choisi en g&#233;n&#233;ral. Un ou deux militants &#8211; ces moments sont &#233;galement toujours choisis en dehors des r&#233;unions de section &#8211; attendent donc que le pr&#233;caire s'adresse de lui-m&#234;me au syndicat. Cette m&#233;thode ne donne pas, en g&#233;n&#233;ral, de tr&#232;s notables r&#233;sultats et dure rarement longtemps. Peur d'&#234;tre vu par la direction, peur du syndicat&#8230; on ne sait trop. Tout le monde a peur, m&#234;me le militant de permanence qui craint de devenir le sp&#233;cialiste de l'assistance aux hors-statuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors le questionnaire, distribu&#233; aux pr&#233;caires connus qui se chargent de lui assurer une plus large diffusion pour savoir o&#249; l'on en est. Inaugur&#233;e par la section syndicale de Jaeger, cette m&#233;thode a &#233;t&#233; reprise par d'autres entreprises de la m&#233;tallurgie &#224; la demande du syndicat local. Ces enqu&#234;tes connaissent en g&#233;n&#233;ral une bonne remont&#233;e. Lorsque le d&#233;pouillement parvient &#224; &#234;tre fait, il semble que ce soit alors surtout l'aspect assistance individuelle qui pr&#233;domine, bien des enqu&#234;tes faisant surtout entrevoir les probl&#232;mes financiers &#8211; souvent dramatiques &#8211; que la pr&#233;carit&#233; fait peser sur les hors-statuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, une telle m&#233;thode entra&#238;ne de lourdes contingences pour des sections d'entreprise peu arm&#233;es pour assurer le d&#233;pouillement et le traitement de dizaines de questionnaires individuels &#224; renouveler constamment de surcro&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tranget&#233; des hors-statuts se traduit donc dans l'action syndicale par deux pratiques inhabituelles : l'enqu&#234;te juridique et administrative d'une part et le rapport n&#233;cessairement individuel qui s'&#233;tablit a priori avec le pr&#233;caire de l'autre. Tr&#232;s complexe, mal v&#233;cue des militants qui y voient une &#171; d&#233;rive de l'action ouvri&#232;re, offensive et collective &#187;, cette tactique subie de la &#171; prise de contact &#187; a surtout pour effet de renforcer le particularisme du hors-statut dans son aspect individuel.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'assistance&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Cette n&#233;cessit&#233; d'un questionnement juridique et individuel trace en effet la pente d'une action tourn&#233;e vers &#171; l'assistance &#187;. Il faut d&#233;bloquer tel cas d'un contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e ill&#233;galement renouvel&#233;, tel autre d'un faux int&#233;rimaire ou d'un vrai sous-traitant, sans que jamais l'action ne soit extensible&#8230; aux autres cas, toujours particuliers pr&#233;cis&#233;ment. L'utilisation du questionnaire surtout am&#232;ne une v&#233;ritable politique d'assistance sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;lectronique par exemple, les int&#233;rimaires sont majoritairement des femmes dont la situation familiale appara&#238;t elle-m&#234;me comme pr&#233;caire dans plus d'un tiers des cas : &#233;pouse d'un mari en ch&#244;mage, m&#232;re c&#233;libataire, jeune ne pouvant rester &#224; la charge de sa famille&#8230; Les probl&#232;mes les plus imm&#233;diats se posent alors en termes de loyers non pay&#233;s, saisie d'huissier, quittances diverses en souffrance et les militantes &#8211; il s'agit l&#224; aussi de femmes dans un milieu militant pourtant largement masculin &#8211; ont d&#251; entreprendre des d&#233;marches (aupr&#232;s des municipalit&#233;s, offices d'HLM et autres assistances sociales) sans cesse plus nombreuses &#224; mesure que leur relatif succ&#232;s d&#233;cidait d'autres pr&#233;caires &#224; venir exposer leurs traites impay&#233;es et leurs dossiers de saisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors d&#233;l&#233;guer un responsable qui doit se sp&#233;cialiser dans ces &#171; probl&#232;mes personnels &#187; peu pris&#233;s des militants. M&#234;me chose pour les questions juridiques &#233;galement tr&#232;s importantes dans la demande des pr&#233;caires. L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des situations juridiques des pr&#233;caires est telle que bien souvent ceux-ci ne connaissent pas leurs droits : certains croient pouvoir &#234;tre d&#233;fendus devant une Commission Paritaire quand ils sont vacataires. D'autres vont &#224; l'Inspection du travail mais seuls et sans appui syndical, et se retrouvent licenci&#233;s d&#232;s leur retour dans l'entreprise, avant d'avoir expos&#233; leurs &#171; droits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des droits aussi simples que ceux des moments de repos pour les travailleuses enceintes ou du paiement des jours ch&#244;m&#233;s redeviennent des conqu&#234;tes al&#233;atoires et dangereuses dans la vie quotidienne des pr&#233;caires. Les &#171; cas &#187;, tous plus compliqu&#233;s les uns que les autres, s'accumulent avec souvent pour unique espoir une hypoth&#233;tique d&#233;cision des Prud'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On con&#231;oit le peu d'enthousiasme montr&#233; par les militants &#224; devenir les sp&#233;cialistes &#171; hors-statut &#187; dans leur entreprise. Cette action plus collective, nul n'est press&#233; de la remplir. Le discours relev&#233; ainsi souvent du rapport th&#233;rapeutique : &#171; Ils ne viennent que quand ils ont vraiment de gros probl&#232;mes, et souvent il est d&#233;j&#224; trop tard. &#187; &#171; Quand on arrange une histoire, la plupart du temps on ne revoit plus le gars, il est parti&#8230; &#187; &#192; force de traiter la pr&#233;carit&#233; sous son aspect &#171; cas social &#187;, on en vient vite &#224; se repr&#233;senter le pr&#233;caire comme tel, prenant la cause pour l'effet en attribuant &#224; l'individu les caract&#233;ristiques de sa condition salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accent mis par les sections sur le paup&#233;risme remontant des questionnaires faits aupr&#232;s des hors-statuts dans les entreprises doit &#234;tre minoris&#233;. Incontestablement le ch&#244;mage-pr&#233;carit&#233; fait vivre dans des conditions beaucoup plus difficiles qu'auparavant une large fraction des jeunes. Les d&#233;penses &#224; caract&#232;re r&#233;gulier et incompressible &#8211; logement, traites&#8230; &#8211; ne peuvent notamment &#234;tre couvertes dans ce contexte d'un revenu discontinu et impr&#233;visible. Beaucoup de jeunes se plaignent ainsi de ne pouvoir passer leur permis ou pr&#233;parer leurs vacances faute de pouvoir pr&#233;voir m&#234;me &#224; court terme un revenu suffisant. Mais les situations de r&#233;elle pauvret&#233; semblent cependant beaucoup plus rares que peut le laisser croire un discours militant plus proche de la crise de 29 que de la restructuration actuelle. Pr&#233;cis&#233;ment parce que le manque &#224; gagner est surtout r&#233;percut&#233; sur ces charges r&#233;guli&#232;res souvent collectives sinon publiques dont le non-paiement tend de plus en plus &#224; &#234;tre socialis&#233; plut&#244;t que suivi de sanctions individuelles. Les offices d'HLM reconnaissent une progression importante des impay&#233;s &#8211; de plus de 10 % &#8211; mais se contentent jusqu'&#224; pr&#233;sent de la r&#233;percuter dans les hausses de loyer&#8230; des bons payeurs. Les organismes immobiliers d&#233;noncent de m&#234;me difficilement les propri&#233;taires qui ne peuvent payer leurs traites, pr&#233;f&#233;rant conserver le versement des aides compl&#233;mentaires publiques, souvent beaucoup plus importantes, dont l'octroi est suspendu en cas de non-paiement du propri&#233;taire. &#192; Caen, le pr&#233;fet s'est refus&#233; depuis plusieurs ann&#233;es &#224; toute expropriation. C'est en fait toute une s&#233;rie disparate d'amortisseurs de la crise qui se met en place &#8211; il faudrait aussi citer l'&#233;largissement des aides municipales, le soutien de la famille &#233;largie, le travail au noir&#8230; &#8211; pour &#233;viter cette paup&#233;risation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me les filles-m&#232;res, divorc&#233;es, &#233;pouses de ch&#244;meurs, les jeunes isol&#233;s ne constituent pas la dominante des hors-statuts. Cette tendance syndicale d&#233;rive en fait d'une vision marginalisante du probl&#232;me des nouvelles formes d'emploi. Sans doute est-il aussi plus rassurant de combattre des cas sociaux plut&#244;t qu'une remise en cause du statut ouvrier. Cette minorisation de la personne elle-m&#234;me du hors-statut justifie et rend difficile le d&#233;passement de cette pratique d'assistance. Comment entamer une v&#233;ritable action aupr&#232;s d'individus si fragiles, n'est-ce pas leur rendre un mauvais service ? Ne se gardent-ils pas de tout rapport avec le syndicat pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils savent que cela leur vaudrait plus d'ennuis que d'avantages ? Beaucoup de militants se posent ces questions qui rentrent dans le cercle vicieux du rapport assistant-assist&#233; et qui &#233;vitent surtout les v&#233;ritables questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des tentatives de d&#233;passement de cette d&#233;marche d'assistance individuelle pour une intervention &#224; un niveau collectif apparaissent alors dans quelques entreprises : il s'agit tout d'abord d'actions en faveur des hors-statuts pour les int&#233;grer dans le syst&#232;me des avantages sociaux propres au personnel du collectif de travail o&#249; ils ont une mission, un chantier&#8230; Ces actions prennent la forme, le plus souvent, d'interventions aupr&#232;s des directions des entreprises utilisatrices : &#224; la Saviem et chez Jaeger, une ouverture &#224; quelques avantages du Comit&#233; d'Entreprise a &#233;t&#233; obtenue : un financement exceptionnel au prorata du nombre d'int&#233;rimaires a &#233;t&#233; d&#233;bloqu&#233; pour qu'ils b&#233;n&#233;ficient de la cantine. Les acquis sont partiels, diff&#233;rents d'une entreprise &#224; l'autre : &#224; la Cogema des int&#233;rimaires ont d&#233;sormais droit de vote aux &#233;lections de d&#233;l&#233;gu&#233;s du personnel. Chez Jaeger les femmes enceintes int&#233;rimaires ont droit au m&#234;me temps de pause que les statutaires. &#192; la Saviem, les int&#233;rimaires b&#233;n&#233;ficient des primes de poste des &#171; fixes &#187;, d'un pr&#233;avis de huit jours avant la fin de mission, gr&#226;ce au conflit vu plus haut, et de v&#234;tements de travail et de chaussures de s&#233;curit&#233;. Chez Unilabo il a &#233;t&#233; obtenu une g&#233;n&#233;ralisation de la rotation des postes de travail aux travailleurs temporaires qui leur permet comme pour le personnel maison de ne pas travailler plus de quatre heures sur un m&#234;me poste. Cette revendication a eu pour avantage de faire b&#233;n&#233;ficier les pr&#233;caires de la formation professionnelle n&#233;cessaire &#224; cette polyvalence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des am&#233;liorations partielles, l'int&#233;gration v&#233;ritable reste probl&#233;matique. Quelques entreprises ont ici et l&#224; embauch&#233; d&#233;finitivement quelques int&#233;rimaires ou travailleurs en sous-traitance. Mais le mouvement dans les entreprises est plut&#244;t inverse : certaines officines d'int&#233;rim, certaines filiales d&#233;pendent des grosses entreprises caennaises : Citro&#235;n poss&#232;de sa propre maison d'int&#233;rim. De RTC d&#233;pendent deux entreprises sous-traitantes d'entretien ISP et ISE, etc. Ces int&#233;grations collectives sont rares. La section CFDT de Jaeger a obtenu un nombre important d'embauches d'int&#233;rimaires : 40 pour l'ann&#233;e 1979. La direction a choisi parmi les 200 int&#233;rimaires pr&#233;sents 40 jeunes de moins de 25 ans, ce qui lui a permis de profiter des primes &#224; l'embauche et de rajeunir une population qui n'avait pas chang&#233; depuis 1972, date des derni&#232;res embauches. Mais le fait ne s'est pas reproduit. Et surtout les r&#233;sultats sont rarement aussi nets. D&#233;j&#224; pourtant la longue exp&#233;rience de la fonction publique, longtemps ignor&#233;e de la plupart des militants ouvriers, montre que le caract&#232;re essentiellement polymorphe de cette pr&#233;carit&#233; rend le probl&#232;me infiniment plus complexe. Lorsque, vers 1974, les auxiliaires classiques du public parviennent &#224; obtenir l'assurance d'une titularisation ou d'une permanisation &#224; long terme, ce sont les vacataires et autres temporaires qui apparaissent, repoussant le probl&#232;me en le complexifiant par de nouvelles coupures dans le collectif de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce type de ph&#233;nom&#232;ne que vont se heurter les sections d'entreprise d&#232;s leur premi&#232;re tentative pour int&#233;grer les pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union Laiti&#232;re Normande, par exemple, comme toutes les laiteries, a toujours utilis&#233; un nombre important de travailleurs saisonniers pour faire face aux p&#233;riodes d'&#233;t&#233; de forte lactance. Traditionnellement ces saisonniers restaient dans cette situation pendant quatre ou cinq ans avec la certitude d'&#234;tre titularis&#233;s. D&#233;but 1979, la direction rompt tous les contrats temporaires par une mise &#224; pied de quinze jours pour r&#233;embaucher avec des contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e. Cette application de la nouvelle loi de 1979 sur les contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e rend d&#232;s lors tr&#232;s improbable la traditionnelle int&#233;gration &#224; long terme. La section syndicale qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ne s'&#233;tait gu&#232;re int&#233;ress&#233;e &#224; ces &#171; travailleurs &#224; l'essai &#187;, demande qu'ils b&#233;n&#233;ficient des salaires et avantages sociaux r&#233;serv&#233;s aux travailleurs fixes et exige l'int&#233;gration des plus anciens, arguant elle aussi de la nouvelle loi. Ce fut un succ&#232;s pour les cas les plus &#233;vidents. Mais pour le reste la direction fit d&#233;sormais appel &#224; l'int&#233;rim pour conserver la souplesse n&#233;cessaire. Bon nombre de saisonniers rendent ainsi responsable l'action syndicale de la d&#233;gradation de leur situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre exp&#233;rience de ce genre survint &#224; la Saviem-RVI o&#249; le service de la cantine utilisait depuis cinq ans une quinzaine d'int&#233;rimaires employ&#233;s en quasi permanence, hormis les interruptions de contrat correspondant aux week-ends et aux vacances. L'introduction de travailleurs temporaires a r&#233;pondu au d&#233;part au refus de la centaine de travailleuses de ce service d'assurer les postes du soir en raison du manque de transport collectif et de leurs charges familiales. Ici comme souvent le pr&#233;caire s'ins&#232;re dans la r&#233;solution d'un conflit sur les conditions de travail &#224; la satisfaction de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls quelques responsables syndicaux de la section CFDT entreprennent d&#232;s 1975 des d&#233;marches aupr&#232;s de l'Inspection du travail contre cette utilisation totalement abusive de la loi sur le travail int&#233;rimaire : il ne s'agissait pas bien &#233;videmment d'un surcro&#238;t occasionnel d'activit&#233;, les contrats &#233;tant sans cesse reconduits sans demande d'autorisation. Il faudra attendre 1981 pour qu'un proc&#232;s-verbal soit dress&#233;, entra&#238;nant RVI et BIS devant le tribunal correctionnel. Le proc&#232;s permit de r&#233;v&#233;ler notamment que contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue bien &#233;tablie, l'utilisation d'int&#233;rimaires revient &#224; r&#233;aliser une &#233;conomie de 10 francs &#224; l'heure par rapport au personnel maison. Condamn&#233;e &#224; une forte amende, la direction transforme les postes d'int&#233;rim en contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e de six mois. Elle annonce aussit&#244;t la transformation du restaurant en self-service ce qui entra&#238;nera la suppression de trente emplois. Le service du soir sera assur&#233; cette fois par une dizaine de titulaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle action entra&#238;na ainsi un fort m&#233;contentement du personnel soutenu par la CGT qui y vit la confirmation de son analyse sur l'inefficacit&#233; des luttes centr&#233;es sur la pr&#233;carit&#233;. L'am&#233;lioration, au demeurant discutable, de la situation des pr&#233;caires entra&#238;nait une d&#233;structuration de tout le service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes de prise en charge que l'on vient de d&#233;crire semblent repr&#233;senter le mode d'intervention le plus g&#233;n&#233;ralis&#233; des organisations syndicales aujourd'hui&#8230; du moins quand elles interviennent ce qui n'est encore le cas que d'une minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut constater d'entr&#233;e que ces r&#233;actions ne visent pas &#224; combattre un ph&#233;nom&#232;ne con&#231;u comme global mais bien plut&#244;t des atteintes ponctuelles et secondaires &#224; une norme, un statut du travail que nul ne songerait pouvoir &#234;tre remis en cause. La pr&#233;carit&#233; comme mode de gestion de la main-d'&#339;uvre n'est pas ici envisag&#233;e. Seuls apparaissent des cas particuliers d'emploi, des modes exceptionnels de travail et c'est cette diff&#233;rence avec la normalit&#233; qu'il importe de r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pr&#233;carit&#233; n'est pas conceptualis&#233;e par les militants ouvriers, on trouve pourtant dans chaque entreprise un nom g&#233;n&#233;rique utilis&#233; par tous les travailleurs pour d&#233;signer l'ensemble de ces gens qui ne travaillent pas comme les autres : &#171; les int&#233;rimaires &#187;, &#171; les contractuels &#187;, &#171; les stagiaires &#187;&#8230; ne d&#233;signent pas dans les discours un mode particulier de contrat mais la forme de travail pr&#233;caire la plus connue dans l'entreprise, &#233;tendue &#224; toutes les autres. Et derri&#232;re cette d&#233;nomination c'est moins une forme de travail qui est d&#233;sign&#233;e qu'une collection de gens, d'individus particuliers, diff&#233;rents. Des gens qui n'appartiennent pas &#224; l'entreprise, qu'on voit dix jours et puis c'est tout, des ch&#244;meurs, des gars qui font les sales boulots, des pas qualifi&#233;s, ceux qui viennent la nuit&#8230; les d&#233;finitions ne manquent pas pour pr&#233;ciser des singularit&#233;s qui affectent plus des individus, des &#171; cas &#187;, qu'un mode de travail. Ce qui appara&#238;t d'abord c'est l'individu diff&#233;rent. Diff&#233;rent dans son mode de vie au travail et m&#234;me hors-travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un ouvrier fait gr&#232;ve, le pr&#233;caire de la m&#234;me usine est lui en ch&#244;mage. Parfois m&#234;me il est en vacances, quand le patron le d&#233;fraie de ces jours d'arr&#234;t forc&#233;s en les comptant comme cong&#233;s pay&#233;s. Les jours f&#233;ri&#233;s n'existent pas non plus pour les hors-statuts, ils ont une prime sp&#233;ciale pour &#231;a. Ni les dimanches ni les samedis, ni les nuits qui sont souvent au contraire leurs heures de plein travail. Comment alors se battre ensemble ? Que dire &#224; des femmes de nettoyage qui sont embauch&#233;es 3 heures par jour quand les travailleurs se mettent en gr&#232;ve pour une r&#233;duction du temps de travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fait tout un syst&#232;me de projection dans le temps qui diff&#232;re entre fixes et pr&#233;caires, tant ces derniers sont dans l'incapacit&#233; de faire tout projet m&#234;me &#224; court terme, enti&#232;rement soumis aux imp&#233;ratifs changeants de la production : &#171; des gars qui souvent n'ont pas de voiture. Ils disent qu'ils n'arrivent pas &#224; passer le permis &#224; cause de leurs salaires trop irr&#233;guliers. &#187; &#171; Des m&#232;res c&#233;libataires qui ont de gros probl&#232;mes financiers qui les obligent &#224; accepter un peu n'importe quoi. Des jeunes sans conscience ouvri&#232;re qui bousillent nos acquis parce que les cadences, les mauvaises conditions de travail, ils savent que dans quinze jours elles seront derri&#232;re eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambigu&#239;t&#233; est l&#224; : on ne sait pas tr&#232;s bien si c'est le type de travail auquel ils sont soumis qui les p&#233;nalise ou bien plut&#244;t leur propre &#171; nature &#187; &#8211; jeunes, femmes, pauvres&#8230; &#8211; qui les am&#232;ne &#224; pratiquer un travail diff&#233;rent. Quoi qu'il en soit, c'est en termes de marginalit&#233; par rapport au statut qu'est d'abord abord&#233; le probl&#232;me et l'on retrouve tr&#232;s exactement la probl&#233;matique syndicale des ann&#233;es 1960 vis-&#224;-vis des &#171; OS &#187;, premier sympt&#244;me d'une d&#233;gradation du statut ouvrier. Soit les deux optiques compl&#233;mentaires choisies d'entr&#233;e pour r&#233;sorber ces &#171; anomalies &#187; : l'assistance et l'int&#233;gration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assistance repr&#233;sente la premi&#232;re r&#233;action en ce qu'elle prend en compte des situations qui apparaissent a priori comme autant de cas individuels de marginalit&#233; &#224; r&#233;sorber. On l'a vu, la diff&#233;rence du pr&#233;caire n'est bien s&#251;r v&#233;cue que comme manque par rapport aux divers attributs du statut normal. Cette situation se traduit par l'analyse des pr&#233;caires en termes de faiblesse qui va servir &#224; expliquer souvent leur non prise en compte. Toute intervention leur est n&#233;faste et renforce leur instabilit&#233;. M&#234;me la simple distribution de tracts aux hors-statuts peut entra&#238;ner leur p&#233;nalisation. De toute fa&#231;on leur particularisme fait qu'ils ne s'int&#233;ressent gu&#232;re &#224; l'information des travailleurs. Quant &#224; faire des tracts sp&#233;cifiques aux pr&#233;caires n'est-ce pas les isoler encore un peu plus du collectif de travail ? Et de fait les exemples d'intervention syndicale en leur faveur et qui se terminent mal sont courants : si l'on pousse une int&#233;rimaire enceinte &#224; prendre ses 20 minutes de repos l&#233;gal, elle voit sa mission rompue le lendemain. M&#234;me cons&#233;quence pour qui demande un v&#234;tement de protection ou conteste les conditions de s&#233;curit&#233; de son poste. Mais ces cas innombrables concernent toujours l'aide ou l'action individuelle envers un travailleur pr&#233;caire. Ils montrent surtout une logique : de l'analyse en termes de faiblesse &#224; l'action en termes d'assistance. C'est la situation sociale et financi&#232;re qui est souvent constat&#233;e comme la plus importante, au point m&#234;me peut-&#234;tre d'&#234;tre la cause r&#233;elle de la pr&#233;carit&#233; professionnelle. Tous ces immigr&#233;s qui ne savent pas lire, ces jeunes sans dipl&#244;mes, ces m&#232;res c&#233;libataires, sont donc aid&#233;s dans la mesure du possible comme autant de cas sociaux. Et la pratique de la permanence assur&#233;e par quelques militants au local d'entreprise correspond parfaitement &#224; ce rapport d'assistance avec l'isol&#233; qui s'aventure l&#224; quand tout va vraiment trop mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cercle peut alors se refermer : les militants refusent alors de se sp&#233;cialiser dans les hors-statuts, pour ne pas tomber de l'action syndicale &#224; l'assistance sociale. De fait, ce sont souvent des femmes &#224; qui &#233;choient dans les sections ce genre de t&#226;che. Nier la pr&#233;carit&#233; et les pr&#233;caires comme le fait la majorit&#233; des militants ou accepter &#171; d'assister &#187; les hors-statuts qui passent restent les deux solutions au m&#234;me probl&#232;me du rapport aux marginaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse syndicale sur l'&#233;volution actuelle des formes de gestion de la main-d'&#339;uvre peut en fait se r&#233;sumer &#224; cette constatation d'une tendance &#224; la d&#233;gradation du &#171; collectif de travail &#187;. Cette vision de la pr&#233;carit&#233; est d'ailleurs confort&#233;e par la plupart des &#233;tudes sur le sujet qui mettent en avant les notions d'&#233;clatement, de d&#233;sagr&#233;gation, d'ext&#233;riorisation&#8230; pour marquer la disparition de ces communaut&#233;s sociales qui structuraient jusqu'alors les rapports de production. On retrouve ici, apr&#232;s une longue absence, le th&#232;me de &#171; l'anarchie capitaliste &#187; qui au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle fondait le mythe socialiste de l'organisation du travail approfondi notamment par Louis Blanc. Mais depuis, l'organisation &#171; scientifique &#187; du travail &#233;tait venue bouleverser ce sch&#233;ma et aujourd'hui ce ne sont point deux visions du travail qui s'affrontent ; la strat&#233;gie affirm&#233;e des organisations syndicales de re-responsabiliser le patronat vis-&#224;-vis de ces collectifs de travail ne vise qu'&#224; retrouver et pr&#233;server une organisation purement capitaliste du travail n&#233;e au d&#233;but du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Hi&#233;rarchie ouvri&#232;re et capitaliste&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le collectif c'est la version ouvri&#232;re de l'usine, cet espace clos avec sa discipline propre, sa technologie particuli&#232;re, autant de sp&#233;cificit&#233;s qui ont marqu&#233; l'exclusion de l'ouvrier de m&#233;tier mobile et polyvalent. Cette r&#233;appropriation d'un espace enti&#232;rement d&#233;termin&#233; par le capital implique une organisation ouvri&#232;re centr&#233;e sur l'unit&#233; de production &#8211; la section &#8211; et structur&#233;e verticalement en fonction des branches industrielles &#8211; les syndicats et les f&#233;d&#233;rations &#8211; qui n&#233;gocient des objectifs massifi&#233;s au sein de ce d&#233;coupage purement capitaliste de l'univers productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re tr&#232;s particulier de ce d&#233;coupage c'est qu'il participe aux deux visions capitalistes et ouvri&#232;res de la soci&#233;t&#233;. Le collectif de travail, la branche, d&#233;signent pour les deux camps les m&#234;mes articulations essentielles du r&#233;el. Si antagonisme ou contradiction il y a, ils sont d&#233;j&#224; int&#233;gr&#233;s dans une logique &#233;conomique, une structure sociale partag&#233;es par tous. Succ&#233;dant &#224; l'irr&#233;ductibilit&#233; de la vision anarcho-syndicaliste cette adaptation du mouvement ouvrier va avoir des cons&#233;quences essentielles sur sa hi&#233;rarchie. Au sein de la classe ouvri&#232;re va appara&#238;tre en effet une c&#233;sure entre ouvriers des secteurs capitalistes dominants et retardataires qui va progressivement se substituer &#224; celle qui opposait le producteur qualifi&#233; au man&#339;uvre : il est moins essentiel d'&#234;tre OP ou OS que d'&#234;tre &#171; m&#233;taux &#187; ou textile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de collectif de travail recouvre en fait cette hi&#233;rarchisation des travailleurs, coh&#233;rente avec la hi&#233;rarchisation capitaliste du proc&#232;s de production. Le sort du m&#233;tallo est li&#233; &#224; celui de la m&#233;tallurgie, son statut d'aristocratie ouvri&#232;re est assis sur celui de fer de lance de l'industrie qu'assume cette branche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette adaptation parfaite de l'organisation ouvri&#232;re &#224; la structure de production fait que les &#171; collectifs de travail &#187; des branches dominantes (m&#233;taux, mines, chimie&#8230;) sont ceux qui b&#233;n&#233;ficient des statuts les meilleurs en m&#234;me temps qu'ils s'appuient sur les structures syndicales les plus fortes. Liaison de cause &#224; effet certes mais dans quel sens ? La notion de contractualisation qui affecte ces branches d&#233;borde largement celle de syndicalisation et nul ne s'est jamais r&#233;ellement interrog&#233; sur cette constante ad&#233;quation de la puissance capitaliste et syndicale. L'explication des &#233;carts importants qui se sont cr&#233;&#233;s entre les statuts des collectifs de travail des diff&#233;rentes branches par les seules variations de la combativit&#233; ouvri&#232;re est un peu courte sauf &#224; en conclure que le fait d'appartenir &#224; un secteur de pointe de l'industrie rende fatalement les ouvriers plus combatifs que les autres. Il n'en est &#233;videmment rien et le mineur par exemple, ce roi de la classe ouvri&#232;re des ann&#233;es 1950 a eu beau, d&#232;s 1962, &#224; Decazeville, se battre comme un beau diable, &#231;a ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de voir son statut constamment r&#233;gresser en m&#234;me temps que le r&#244;le du charbon dans la strat&#233;gie &#233;nerg&#233;tique du capitalisme fran&#231;ais. Quant &#224; ceux qui ne se sont jamais trouv&#233;s en position de secteur cl&#233; pour l'&#233;conomie, de la construction au textile en passant par le bois ou l'habillement, cette strat&#233;gie du collectif de travail s'est r&#233;v&#233;l&#233;e de peu d'efficacit&#233;. Il nous manque ici une &#233;valuation globale des n&#233;gociations collectives dans le temps mais on sait qu'aujourd'hui presque la moiti&#233; des salari&#233;s ne sont pas r&#233;ellement couverts par une convention collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que la dichotomie que tous les observateurs s'emploient &#224; montrer, entre l'existence d'un noyau dur de salari&#233;s et de secteurs p&#233;riph&#233;riques de forte mobilit&#233; et &#224; faible protection sociale, n'est pas nouvelle &#224; proprement parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; n'a jamais &#233;t&#233; &#224; vrai dire le souci premier de cette strat&#233;gie ouvri&#232;re. Il s'est toujours agi non pas d'assurer un meilleur salaire &#224; l'ensemble des travailleurs mais surtout d'&#234;tre pr&#233;sent au c&#339;ur du proc&#232;s, l&#224; o&#249; s'assurait le d&#233;veloppement technologique de la production capitaliste. La notion de bastion ouvrier traduit cette id&#233;e d'un contr&#244;le du mode de production par l'occupation de ses structures les plus avanc&#233;es. Peu importe apr&#232;s tout qu'une tr&#232;s faible minorit&#233; des travailleurs soit syndicalis&#233;e si l'organisation ouvri&#232;re tient les centres nerveux du syst&#232;me, les grandes entreprises des branches dominantes. L&#224; se situe la justification de la participation syndicale au taylorisme et de l'adaptation de ses structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; se trouve surtout l'impossibilit&#233; pour cette classe ouvri&#232;re organis&#233;e de prendre en compte clairement les nouveaux modes de gestion de la main-d'&#339;uvre et la restructuration de l'appareil productif qui en d&#233;coule. Car ce serait remettre en cause pr&#233;cis&#233;ment la place centrale de la forteresse ouvri&#232;re dans la strat&#233;gie syndicale et reconna&#238;tre son &#233;chec. Il faudrait admettre que cette polarisation sur le contr&#244;le des entreprises et des branches dominantes n'a pas emp&#234;ch&#233; le capital durant ces quinze derni&#232;res ann&#233;es de se d&#233;velopper &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187;, avec des populations et des formes de travail totalement &#233;trang&#232;res au bargaining dominant. Admettre surtout que le d&#233;veloppement des forces productives pourrait donc se situer aussi en dehors de l'espace occup&#233; par les organisations ouvri&#232;res, que le contr&#244;le des entreprises de pointe ne suffirait pas &#224; leur assurer la domination du &#171; progr&#232;s &#187; technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle hypoth&#232;se, parce qu'elle remet en cause une strat&#233;gie vieille d'un demi-si&#232;cle, est bien s&#251;r difficilement acceptable et c'est bien pourquoi ces nouvelles formes de gestion de la main-d'&#339;uvre laissent les syndicats sans r&#233;action. Leur prise en compte impliquerait de reconna&#238;tre que l'&#233;quilibre institutionnalis&#233; qui s'&#233;tait &#233;tabli depuis une cinquantaine d'ann&#233;es dans les rapports capital-travail n'&#233;tait pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout qu'il n'&#233;tait qu'un rapport institutionnalis&#233;, un &#171; code social &#187;. Assimiler la classe ouvri&#232;re &#224; l'ouvrier fordiste et particuli&#232;rement &#224; sa fraction qualifi&#233;e, voir dans l'entreprise LE collectif de travail, tout cela, pour avoir fonctionn&#233; pendant longtemps, n'est pas pour autant la r&#233;alit&#233;. Cette vision du monde, cette institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; comme dit Cornelius Castoriadis, n'a de sens qu'autant qu'elle r&#233;gule efficacement le mode de production. Pour le capital ce n'est plus incontestablement le cas. Mais le mouvement ouvrier, lui, pour s'&#234;tre totalement identifi&#233; &#224; cet imaginaire, n'a d'autre ressource que de taxer de marginal tout ce qui s'en &#233;chappe. Ce fut le cas pour &#171; l'OS &#187; et rien n'interdit, aujourd'hui encore, de voir dans la pr&#233;carisation de l'emploi autre chose qu'un effet pervers et conjoncturel de &#171; la crise &#187;. D'o&#249; le th&#232;me dominant de la recomposition du collectif de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on entend par collectif de travail la communaut&#233; de salari&#233;s soumis &#224; un m&#234;me droit, on peut effectivement parler de son &#233;clatement. Mais cette notion a bien &#233;videmment un fondement sociologique, rendant compte au-del&#224; de la simple soumission commune &#224; un m&#234;me droit, de la communaut&#233; d'int&#233;r&#234;t et d'action de travailleurs &#339;uvrant collectivement dans un m&#234;me proc&#232;s. Or sur ce plan l'&#233;clatement ne date pas d'hier, sans doute m&#234;me n'a-t-on pu jamais en parler tant l'unit&#233; qu'il sous-entend est mythique. Ouvriers et employ&#233;s, qualifi&#233;s et OS, hommes et femmes, Fran&#231;ais et immigr&#233;s sont depuis longtemps des fragments sociaux bien distincts dans une m&#234;me communaut&#233; de travail, m&#234;me si le discours syndical tend &#224; proposer l'ouvrier, qualifi&#233;, m&#226;le, blanc comme le prototype de ce collectif. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment la raison essentielle du succ&#232;s de cette restructuration qui n'a eu qu'&#224; institutionnaliser juridiquement une division inscrite socialement dans l'entreprise depuis fort longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croyez-vous que le d&#233;l&#233;gu&#233; syndical, professionnel, se soit rendu compte que le nettoyage &#233;tait brusquement sous-trait&#233; ? Non, car il n'avait aucun rapport avec les femmes de m&#233;nage de l'entreprise. Il en est de m&#234;me pour la manutention, le transport, le gardiennage, la bureautique&#8230;, c'est-&#224;-dire toutes ces t&#226;ches sans rapport direct avec le produit dont ces professionnels sont sp&#233;cialistes et qui pr&#233;cis&#233;ment ont &#233;t&#233; les premi&#232;res &#224; sortir de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration sur le plan social est moins un &#233;clatement que la mise en correspondance juridique de la r&#233;alit&#233; sociale du collectif r&#233;el de travail. Et c'est bien pour cela que l'avant-garde ouvri&#232;re n'y a vu pendant longtemps que du feu. La correspondance pr&#233;cise entre le noyau dur dont l'entreprise ne peut se passer et la fraction organis&#233;e des travailleurs est telle qu'il faut un long moment &#224; cette derni&#232;re pour prendre conscience du ph&#233;nom&#232;ne. Cette ad&#233;quation production centrale du capital/organisation ouvri&#232;re, qui a sembl&#233; si longtemps le garant de la force ouvri&#232;re est ici sa faiblesse essentielle. Gardant contre, tout contre lui le mouvement syndical, le capital a toute latitude pour man&#339;uvrer largement sur les p&#233;riph&#233;ries. Et ce n'est pas d'aujourd'hui, on l'a vu, que cette tactique de contournement plut&#244;t que d'affrontement central avec la force ouvri&#232;re organis&#233;e est utilis&#233;e. Pour ne pas d&#233;sesp&#233;rer Billancourt on a fait venir des immigr&#233;s, des femmes&#8230;, pour mettre en route des postes totalement d&#233;qualifi&#233;s dans des ateliers que beaucoup de d&#233;l&#233;gu&#233;s connaissaient &#224; peine. Ou bien on les a install&#233;s &#171; &#224; la campagne &#187;, tr&#232;s loin dans des r&#233;gions &#171; d&#233;centralis&#233;es &#187;. La classe ouvri&#232;re, elle, continuait, impavide, &#224; n&#233;gocier sa qualification dans ses forteresses ouvri&#232;res. Avec la crise ce sont ces forteresses elles-m&#234;mes qui sont remises en cause. Mais en commen&#231;ant l&#224; aussi par les bords, pr&#233;cis&#233;ment par ces ateliers pleins de man&#339;uvres ou de bonnes femmes si peu syndicalis&#233;s. Quand soudain c'est l'entretien qui est sous-trait&#233; ou la fabrication elle-m&#234;me qui, automatis&#233;e, est confi&#233;e &#224; de simples int&#233;rimaires, il est bien tard pour r&#233;agir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mich&#232;le Collin et Thierry Baudouin, &lt;i&gt;Le contournement des forteresses ouvri&#232;res : pr&#233;carit&#233; et syndicalisme&lt;/i&gt;, coll. R&#233;ponses sociologiques, Librairie des M&#233;ridiens, Paris, 1983, 194 p. &#8211; nous pouvons envoyer le pdf sur demande.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pense en particulier au syndicat basque &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/+-ela-+' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ELA&lt;/a&gt;, qui a su transformer en profondeur ses structures pour &#234;tre capable de mener des luttes gagnantes dans les secteurs les plus pr&#233;caires, mais aussi &#224; toutes les fusions de f&#233;d&#233;rations dans les syndicats de la plupart des pays d'Europe &#8211; m&#234;me la CFDT a proc&#233;d&#233; &#224; une r&#233;duction du nombre de f&#233;d&#233;rations et de syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Premier niveau d'ouvrier qualifi&#233; &#8211; Nd&#201;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>S'organiser, lutter, gagner : la construction d'un syndicalisme f&#233;ministe dans l'aide &#224; domicile de Gipuzkoa</title>
		<link>https://www.syndicalistes.org/s-organiser-lutter-gagner-la-construction-d-un-syndicalisme-feministe-dans-l</link>
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		<dc:creator>Baptiste, Laura, Michel</dc:creator>


		<dc:subject>Antipatriarcat</dc:subject>
		<dc:subject>Victoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>ELA</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au Pays basque Sud, le syndicat ELA, dont nous parlons r&#233;guli&#232;rement ici, a cibl&#233; une profession particuli&#232;rement &#233;clat&#233;e et pr&#233;caris&#233;e : l'aide &#224; domicile. Le bilan de cette campagne est une s&#233;rie impressionnante de victoires, racont&#233;es dans une courte brochure particuli&#232;rement claire et didactique, que nous avons traduit et pr&#233;fac&#233; (&#224; t&#233;l&#233;charger ici ou en bas de cette page &#8211; il est possible de nous &#233;crire pour en obtenir des exemplaires papiers). &lt;br class='autobr' /&gt; Le syndicat basque ELA a construit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/-a-lire-ecouter-regarder-" rel="directory"&gt;&#192; lire, &#233;couter, regarder&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-antipatriarcat-+" rel="tag"&gt;Antipatriarcat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-victoire-+" rel="tag"&gt;Victoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-a-lire-+" rel="tag"&gt;&#192; lire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-ela-+" rel="tag"&gt;ELA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L103xH150/2026-08-18_22-08-1787086778-92b46.png?1789461268' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;Couverture de la brochure avec le titre sur fond violet&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au Pays basque Sud, le syndicat ELA, dont nous parlons r&#233;guli&#232;rement ici, a cibl&#233; une profession particuli&#232;rement &#233;clat&#233;e et pr&#233;caris&#233;e : l'aide &#224; domicile. Le bilan de cette campagne est une s&#233;rie impressionnante de victoires, racont&#233;es dans une courte brochure particuli&#232;rement claire et didactique, que nous avons traduit et pr&#233;fac&#233; (&#224; t&#233;l&#233;charger &lt;a href=&#034;https://mrafundazioa.eus/fr/centre-de/documentos/la-construction-dun-syndicalisme-feministe-dans-laide-a-domicile-de-gipuzkoa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; ou en bas de cette page &#8211; il est possible de nous &#233;crire pour en obtenir des exemplaires papiers).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le syndicat basque ELA a construit m&#233;thodiquement, depuis plusieurs ann&#233;es, un mod&#232;le syndical r&#233;solument f&#233;ministe. Le syndicat a notamment men&#233; de nombreuses luttes dans le secteur des maisons de retraite ou du nettoyage, longues et victorieuses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;cit en fran&#231;ais dans Borrokan : comment gagner une gr&#232;ve f&#233;ministe, Paris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le texte qui suit fait le bilan des efforts d'organisation du syndicat dans un troisi&#232;me secteur : l'aide &#224; domicile. Un secteur qui pr&#233;sente de nombreux obstacles &#224; la mobilisation : des travailleuses particuli&#232;rement pr&#233;caires, embauch&#233;es dans une multitude d'entreprises auxquelles les municipalit&#233; ont sous-trait&#233;s leurs missions, sans lieu de travail bien d&#233;fini. Mais le syndicat a su d&#233;passer ces obstacles, gr&#226;ce &#224; une m&#233;thode qui a fait ses preuves puisqu'elle a permis de gagner plus de 20 conflits avec, &#224; la cl&#233;, des augmentations de salaires de 20 &#224; 30 %, une diminution du temps de travail et de la pr&#233;carit&#233;, etc. La militante charg&#233;e d'organiser le secteur dans la province de Gipuzkoa, Aintzane Orbegozo, nous livre ainsi un v&#233;ritable pas-&#224;-pas de la mobilisation syndicale victorieuse, reposant sur quatre &#233;tapes fondamentales :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Un travail d'&lt;i&gt;organizing&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;thodes peu utilis&#233;es en France : voir Karel Yon, &#171; Les r&#233;sistances (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour nouer le contact avec les salari&#233;es et parvenir &#224; organiser une premi&#232;re assembl&#233;e permettant de mettre en commun les probl&#233;matiques individuelles.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Un travail de mobilisations, en s'appuyant sur les victoires r&#233;centes dans le secteur pour d&#233;clencher un effet domino ; sous-tendu par un travail d'organisation en profondeur pour que les travailleuses adh&#232;rent au syndicat (afin de b&#233;n&#233;ficier de sa puissante caisse de gr&#232;ve, de son soutien juridique et des formations) et le d&#233;clenchement d'&#233;lections professionnelles permettant de d&#233;signer des d&#233;l&#233;gu&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La pr&#233;paration du conflit, en mutualisant les besoins des diff&#233;rentes salari&#233;es pour construire des revendications communes, &#224; traduire en modifications pr&#233;cises &#224; apporter aux conventions collectives existantes.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Lorsque le collectif de travailleuses est suffisamment fort, soutenir le d&#233;clenchement de la lutte, en alliance avec des mouvements f&#233;ministes et des collectifs d'usagers&#8901;&#232;res pour augmenter la pression sur l'entreprise et les pouvoirs publics qui la financent. Ces luttes sont souvent inventives, avec une grande attention &#224; la convivialit&#233; des piquets et &#224; l'impulsion d'une dynamique joyeuse dans la mobilisation.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Une m&#233;thode, donc, qui combine trois &#233;l&#233;ments indispensables pour gagner :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le recours aux techniques d'&lt;i&gt;organizing&lt;/i&gt; pour aller &#224; la rencontre des salari&#233;es de mani&#232;re volontariste, sans attendre qu'elles viennent &#224; nous.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Une structure organisationnelle solide qui permet d'accompagner efficacement les salari&#233;es sur tous les plans : salari&#233;&#8901;es du syndicat d&#233;di&#233;&#8901;es en priorit&#233; au secteur de l'aide &#224; domicile, secteur juridique efficace pour r&#233;pondre &#224; toutes les questions de droits et pr&#233;parer au mieux la n&#233;gociation, formation des militantes et des d&#233;l&#233;gu&#233;es, caisse de gr&#232;ve permanente aliment&#233;e par les cotisations qui permet de tenir un conflit ind&#233;finiment sans perte de salaire&#8230; Sans un syndicat solide derri&#232;re, les efforts d'organisation ne d&#233;boucheraient pas sur grand-chose.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Une volont&#233; permanente de mettre les travailleuses au centre, d'enclencher un processus d'autonomisation, de politisation et d'organisation par le bas, permettant notamment le d&#233;veloppement d'une conscience f&#233;ministe affirm&#233;e. Cela passe aussi par une attention &#224; la convivialit&#233; et &#224; la joie dans les luttes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces &#233;l&#233;ments ne d&#233;coule de quelconques particularit&#233;s g&#233;ographiques basques. Alors il ne tient qu'&#224; nous, syndicalistes dans d'autres pays, de doter &#224; notre tour nos organisations des moyens d'enclencher le cercle vertueux des victoires qui en entra&#238;nent d'autres, vers la construction d'un syst&#232;me public du soin et d'une soci&#233;t&#233; f&#233;ministe qui place la vie au centre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h3&gt;&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pr&#233;face&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'engagement d'ELA en faveur d'un syndicalisme f&#233;ministe&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Conditions de travail dans l'aide &#224; domicile&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les acquis obtenus dans la province de Gipuzkoa&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les &#233;l&#233;ments cl&#233; de la victoire&lt;/li&gt;&lt;li&gt; D&#233;fis et t&#226;ches pour l'avenir&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Deux conclusions fondamentales&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;cit en fran&#231;ais dans &lt;i&gt;Borrokan : comment gagner une gr&#232;ve f&#233;ministe&lt;/i&gt;, Paris : &#201;ditions syndicalistes, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;thodes peu utilis&#233;es en France : voir Karel Yon, &#171; Les r&#233;sistances syndicales au &lt;i&gt;community organizing&lt;/i&gt;. Entre rejet de la professionnalisation et d&#233;ni du travail militant reproductif &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 2024/1 n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 133, p. 125-156, &lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2024-1-page-125?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.syndicalistes.org/IMG/pdf/la_construction_d_un_syndicalisme_fe_ministe_dans_l_aide_a_domicile_de_gipuzkoa-3.pdf" length="308232" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;v&#233;lations sur Cesar Chavez : le mouvement syndical doit prendre ses responsabilit&#233;s sur les violences sexuelles</title>
		<link>https://www.syndicalistes.org/apres-les-revelations-sur-cesar-chavez-le-mouvement-syndical-doit-prendre-un</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.syndicalistes.org/apres-les-revelations-sur-cesar-chavez-le-mouvement-syndical-doit-prendre-un</guid>
		<dc:date>2026-06-19T09:05:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Baptiste, Laura</dc:creator>


		<dc:subject>Antipatriarcat</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au mois de mars 2026, des r&#233;v&#233;lations ont &#233;branl&#233; le monde syndical aux &#201;tats-Unis et au-del&#224; : C&#233;sar Chavez, v&#233;ritable h&#233;ros de la classe ouvri&#232;re depuis les luttes embl&#233;matiques qu'il avait men&#233;es &#224; la t&#234;te du syndicat United Farm Workers et qui ont permis des avanc&#233;es majeures pour les ouvriers et ouvri&#232;res agricoles immigr&#233;es dans les ann&#233;es 1970, a commis des dizaines de viols et d'agressions sexuelles dont certaines sur des mineures. Dolores Huerta (en photo), l'une des dirigeantes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/-organisation-s-" rel="directory"&gt;Organisation(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-antipatriarcat-+" rel="tag"&gt;Antipatriarcat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH100/huerta-1988-875da.webp?1781860038' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;Dolores Huerta lors d'un rassemblement &#224; San Francisco, en Californie, en 1988&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au mois de mars 2026, des r&#233;v&#233;lations ont &#233;branl&#233; le monde syndical aux &#201;tats-Unis et au-del&#224; : C&#233;sar Chavez, v&#233;ritable h&#233;ros de la classe ouvri&#232;re depuis les luttes embl&#233;matiques qu'il avait men&#233;es &#224; la t&#234;te du syndicat United Farm Workers et qui ont permis des avanc&#233;es majeures pour les ouvriers et ouvri&#232;res agricoles immigr&#233;es dans les ann&#233;es 1970, a commis des dizaines de viols et d'agressions sexuelles dont certaines sur des mineures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une pr&#233;sentation de Chavez en fran&#231;ais, lire cet article de Dan La Botz (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dolores Huerta (en photo), l'une des dirigeantes principales du mouvement, a notamment t&#233;moign&#233; des relations sexuelles que le militant lui a impos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Avenda&#241;o, juriste et militante syndicale, autrice d'un livre sur les violences sexuelles commises dans les syndicats, repart de ce cas embl&#233;matique pour questionner le fonctionnement actuel des syndicats et leur r&#244;le dans le maintien d'un syst&#232;me masculin qui perp&#233;tue les violences sexuelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction de Ana Avenda&#241;o, &#171; Cesar Chavez Revelations Show It's Time for (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle propose &#233;galement des pistes pour d&#233;barrasser le mouvement ouvrier de sa gangue patriarcale, &#224; partir d'exp&#233;rimentations men&#233;es dans diff&#233;rents syndicats. Ses r&#233;flexions sont ancr&#233;es aux &#201;tats-Unis mais le contexte d&#233;crit est largement g&#233;n&#233;ralisable, et les propositions qu'elle avance fournissent une base de discussion, y compris pour les syndicats d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un homme commet des violences sexuelles au sein du syndicat, en particulier lorsque c'est un dirigeant, c'est que l'organisation syndicale le permet, notamment en perp&#233;tuant des figures d'&#171; hommes providentiels &#187;. Attelons-nous &#224; combattre les violences sexistes et sexuelles au sein de nos organisations syndicales, pas seulement par la r&#233;action face &#224; des r&#233;v&#233;lations, mais bien par la conscientisation collective que ces violences s'inscrivent dans un syst&#232;me contre lequel nous luttons et que nous voulons transformer, comme le syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cesar Chavez, un r&#233;v&#233;lateur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cesar Chavez a agress&#233; et viol&#233; des femmes et des filles pendant qu'il faisait du syndicat United Farm Workers (UFW) l'une des organisations les plus importantes et appr&#233;ci&#233;es du mouvement ouvrier &#233;tats-unien. Les &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/2026/03/18/us/cesar-chavez-sexual-abuse-allegations-ufw.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&#233;moignages&lt;/a&gt; relatant ses agissements sont d&#233;chirants et r&#233;voltants. Le mouvement ouvrier a eu, dans son histoire, une capacit&#233; ambigu&#235; &#224; prendre en compte les questions de harc&#232;lement sexuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire un pr&#233;c&#233;dent article d'Ana Avenda&#241;o, &#171; #MeToo Inside the Labor Movement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En dehors de quelques exceptions, les organisations ouvri&#232;res sont rest&#233;es au mieux spectatrices, au pire complices des violences sexuelles, en particulier dans les secteurs les plus masculins, o&#249; elles sont les plus g&#233;n&#233;ralis&#233;es. Les r&#233;flexes masculinistes de loyaut&#233; aveugle, de silenciation, de r&#233;duction du sujet &#224; des individus (comme avec Chavez), et la volont&#233; de pr&#233;server l'organisation, ont laiss&#233; les militantes syndicales abandonn&#233;es &#224; leur propre sort en mati&#232;re de violences sexistes et sexuelles : elles ont d&#251; affronter seules le discr&#233;dit et la honte qui survient quand on d&#233;nonce les faits commis par un camarade ou, pire, un dirigeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de #MeToo, les syndicats ont fait des d&#233;clarations, mis en place des commissions, &#233;crit des rapports, adopt&#233;s des codes de conduite et lanc&#233; des formations visant &#224; assumer leurs responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats r&#233;agissent aux r&#233;v&#233;lations sur Chavez exactement de la m&#234;me mani&#232;re qu'ils avaient r&#233;agi il y a sept ans : des communiqu&#233;s qui expriment leur stupeur et leur tristesse, et leur soutien aux victimes. On n'est pas loin des politiciens qui envoient &#171; toutes leurs pens&#233;es &#187; aux victimes d'une crise&#8230; Les mesures engag&#233;es par les syndicats depuis #MeToo n'ont permis d'avancer que tr&#232;s peu, voire pas du tout, vers le d&#233;mant&#232;lement du cadre patriarcal qui permet la persistance des violences sexuelles au sein du mouvement ouvrier. Elles ont encore moins permis de soutenir les survivantes de ces agressions et viols, l&#226;ch&#233;es par leur syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me ne s'arr&#234;te pas aux fronti&#232;res des &#201;tats-Unis. Regardons par exemple ce qu'ont d&#251; subir les femmes de la f&#233;d&#233;ration internationale des ouvriers du transport (International Transport Federation &#8211; ITF). L'ITF repr&#233;sente 16 millions de travailleurs et de travailleuses dans 149 pays, et son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Steve Cotton, est &lt;a href=&#034;https://novaramedia.com/2025/10/15/union-leader-accused-of-harassment-and-heading-up-sexist-boys-club/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;accus&#233;&lt;/a&gt; de harc&#232;lement sexuel et de brimades sexistes commis durant une dizaine d'ann&#233;es. Un rapport ind&#233;pendant, command&#233; par l'ITF elle-m&#234;me, d&#233;crit la f&#233;d&#233;ration comme &#171; un boy's club masculin, sexiste et patriarcal &#187;. Une enqu&#234;te men&#233;e par les salari&#233;&#8901;es de l'ITF a montr&#233; que pr&#232;s de la moiti&#233; des femmes interrog&#233;es avaient subi ou ont &#233;t&#233; t&#233;moin de harc&#232;lement, et que seulement 5 % de celles qui l'avaient signal&#233; &#233;taient satisfaites du traitement de leur signalement. Au moins 15 femmes ont quitt&#233; l'ITF dans des circonstances suspectes et plusieurs d'entre elles ont d&#251; signer un accord de confidentialit&#233;. Malgr&#233; tout &#231;a, Cotton a conserv&#233; son poste et l'organisation organise, encore, une nouvelle commission pour mener encore une nouvelle enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'heure de rendre des comptes a sonn&#233; depuis longtemps&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;putation de Chavez, qui &#233;tait devenu un quasi-saint de la classe ouvri&#232;re, est d&#233;sormais d&#233;truite pour toujours &#8211; mais le syndicat n'a pas &#224; l'&#234;tre aussi. Pour le bien des travailleurs et travailleuses agricoles, qui m&#233;ritent de meilleures conditions de travail, l'UFW doit prendre un tournant et engager des transformations drastiques pour recouvrer son int&#233;grit&#233; et retrouver ses rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce ne sera pas suffisant. C'est le mouvement syndical tout entier qui doit r&#233;ellement prendre ses responsabilit&#233;s. En premier lieu, les syndicats doivent rompre toutes les clauses de confidentialit&#233;s qui lient leur salari&#233;&#8901;es actuel&#8901;es et pass&#233;&#8901;es pour couvrir des faits de harc&#232;lement, agressions, viols, ou attitudes sexistes. De telles clauses perp&#233;tuent le harc&#232;lement sexuel en emp&#234;chant les travailleuses d'&#233;changer &#224; propos du harc&#232;lement au travail : ainsi, les strat&#233;gies r&#233;currentes de harc&#232;lement ne sont pas identifi&#233;es et les agresseurs peuvent se d&#233;placer d'une organisation &#224; l'autre. Elles forcent les survivantes &#224; revivre leur silenciation &#224; chaque fois qu'elles seraient tent&#233;es de raconter leur histoire. Et, peut-&#234;tre plus grave encore, elles inculquent aux adh&#233;rent&#8901;es et aux salari&#233;&#8901;es la vraie hi&#233;rarchie des valeurs du syndicat : la r&#233;putation des dirigeants passe devant la s&#233;curit&#233; des travailleurs et des travailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les clauses de confidentialit&#233; restreignent &#233;galement les droits fondamentaux des salari&#233;&#8901;es. Comme l'a jug&#233; r&#233;cemment le National Labor Relations Board [agence charg&#233;e du respect du droit syndical], les clauses de confidentialit&#233; et de non-d&#233;pr&#233;ciation sign&#233;es lors d'une rupture conventionnelle tendent &#224; &#171; interf&#233;rer, restreindre ou contraindre l'exercice des droits &#187;, notamment le droit d'engager des actions collectives ou de recourir &#224; un arbitrage l&#233;gal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte fait r&#233;f&#233;rence &#224; la section 7 du National Labor Relations Act, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.thenation.com/article/society/media-nda/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Plusieurs syndicats&lt;/a&gt; ont pris position contre le recours aux clauses de confidentialit&#233; dans les cas de harc&#232;lement ou discrimination au travail. Le syndicat du site d'info &lt;i&gt;Daily Beast&lt;/i&gt; a gagn&#233; un accord d'entreprise qui interdit l'introduction de telles clauses dans les cas de harc&#232;lement ou de discrimination, accord qui fait d&#233;sormais r&#233;f&#233;rence dans le secteur des m&#233;dias. Le syndicat du &lt;i&gt;New Yorker&lt;/i&gt; a &#224; son tour gagn&#233; sur ce point lors de la signature de son premier accord collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, les syndicats, lorsqu'ils sont employeurs, continuent d'utiliser r&#233;guli&#232;rement de telles clauses. Si ce n'est pas pour une autre raison, ils devraient au moins cesser de recourir &#224; un dispositif qui est en violation avec le droit du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Casser toutes les clauses de confidentialit&#233;, cela signifie avertir toute personne qui a d&#251; en signer une, mais aussi le public, que le syndicat ne fera respecter aucun accord relatif &#224; la non-divulgation de faits de harc&#232;lement sexuel ou de mauvaise conduite par des dirigeant&#8901;es ou des salari&#233;&#8901;es et que le syndicat n'engagera aucune proc&#233;dure contre les personnes qui parleront de leur exp&#233;rience. La lib&#233;ration de leurs clauses de confidentialit&#233; &#233;tait l'une des demandes des femmes de l'ITF depuis le d&#233;but de leur campagne pour que Steve Cotton r&#233;ponde de ses actes. Comme toutes les autres militantes qui ont &#233;t&#233; silenci&#233;es, elles ont le droit d'&#234;tre entendues.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;couter les survivantes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que les survivantes auront gagn&#233; la libert&#233; de parole, il faudra une structure pour les entendre. Une option &#224; consid&#233;rer s&#233;rieusement est celle des d&#233;marches de v&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation adopt&#233;es par des pays et des communaut&#233;s touch&#233;es par des blessures que les institutions ne peuvent pas prendre en charge. Les commissions v&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation ne cherchent pas &#224; punir des individus, elles se focalisent sur les survivantes, construisent un r&#233;cit partag&#233; et tiennent les institutions pour responsables des cultures et des structures qui ont permis les violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique du Sud, la commission V&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation a mis la lumi&#232;re sur les violences de l'apartheid et a conduit &#224; des r&#233;formes en mati&#232;re de politique publique, de gouvernance et de politiques m&#233;morielles. Au Canada, l'enqu&#234;te nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassin&#233;es a document&#233; le racisme syst&#233;mique et la violence de genre, a appuy&#233; des changements politiques structurels notamment en mati&#232;re de sant&#233; et de subventions pour des programmes conduits par des autochtones. Ces processus n'&#233;liminent pas les blessures du jour au lendemain, mais ils les mettent sur le devant de la sc&#232;ne et compliquent la complaisance institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les syndicats se saisissent d&#233;j&#224; des violences sexistes et sexuelles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement syndical a la capacit&#233; de mettre en &#339;uvre de telles d&#233;marches sur le travail. Quelques syndicats le font d&#233;j&#224; : l'un des syndicats que j'ai rencontr&#233; pour mon livre &lt;a href=&#034;https://www.plutobooks.com/product/solidarity-betrayed/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La solidarit&#233; trahie&lt;/a&gt;, le syndicat du nettoyage de Los Angeles (United Service Workers West) a eu recours &#224; toute une &lt;a href=&#034;https://ecommons.cornell.edu/bitstreams/9c640916-1835-46b9-8f35-020409cfaef6/download&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;palette d'outils&lt;/a&gt; pour transformer la culture professionnelle du secteur et du syndicat, vers l'&#233;limination des violences sexuelles au travail. Toute son activit&#233; est dirig&#233;e par les travailleurs et les travailleuses, et prend en compte les traumas pour permettre aux survivantes de recevoir du soutien voire de former &#224; leur tour. Le syndicat a d&#233;velopp&#233; une m&#233;thode de d&#233;cision et de formation par les pairs, qui place les travailleurs et les travailleuses au centre, bas&#233;e sur les m&#233;thodes d'&#233;ducation populaire du p&#233;dagogue br&#233;silien Paulo Freire. Cette m&#233;thodologie tenant compte des traumatismes repose sur une &#233;ducation horizontale, avec des formateur&#8901;ices (appel&#233;&#8901;es &lt;i&gt;promotoras&lt;/i&gt;, elles et eux-m&#234;me des salari&#233;&#8901;es du secteur) qui se d&#233;placent sur les lieux de travail pour partager leurs connaissances et leurs ressources avec d'autres salari&#233;&#8901;es qui pourront poursuivre le travail sur le terrain. Le syndicat s'est inspir&#233; de l'exp&#233;rience des m&#233;decin et soignant&#8901;es engag&#233;es dans la justice sociale qui avaient form&#233; des membres de diff&#233;rentes communaut&#233;s pour promouvoir de bonnes pratiques en mati&#232;re de sant&#233; &#224; l'int&#233;rieur de ces communaut&#233;s, en Californie du Sud. Le syndicat a inscrit cette pratique dans la loi en 2019, avec le California Janitor Survivor Empowerment Act qui impose que les formations sur la pr&#233;vention du harc&#232;lement sexuel soient donn&#233;es par des salari&#233;&#8901;es du nettoyage, aux frais de l'employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat a &#233;galement ouvert le centre &lt;i&gt;Ya Basta !&lt;/i&gt;, qui offre aux &lt;i&gt;promotoras&lt;/i&gt; un espace pour rencontrer les salari&#233;&#8901;es, les former sur leurs droits, les aider &#224; gagner du pouvoir collectif et former toute la profession &#224; affronter le harc&#232;lement sexuel au travail jusqu'&#224; son &#233;limination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;a href=&#034;https://www.thecrimson.com/article/2025/4/25/grad-union-title-ix-negotiations/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;tudiant&#183;es-chercheur&#183;es&lt;/a&gt; ont cr&#233;&#233; un syndicat pour r&#233;pondre au harc&#232;lement sexuel sur les campus. Leur lieu de travail tombe sous le coup de dispositions l&#233;gales particuli&#232;rement rigides qui concentrent tout le pouvoir aux main de leur employeur (l'Universit&#233;). Les &lt;a href=&#034;https://www.thedriftmag.com/metoos-strike-test/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;tudiant&#8901;es salari&#233;&#8901;es&lt;/a&gt; ont gagn&#233; un accord collectif qui leur donne voix au chapitre et un vrai r&#244;le dans la mise en &#339;uvre du soutien aux survivantes.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement syndical a le pouvoir de changer les choses. Ce qui a manqu&#233; historiquement, c'est la volont&#233; de mettre en place les mesures permettant de changer le syst&#232;me qui permet et perp&#233;tue le harc&#232;lement. Les communiqu&#233;s, c'est le plancher. Mais nous visons le plafond : un mouvement qui fonctionne selon les valeurs qu'il promeut, o&#249; les femmes qui prennent la parole sont honor&#233;es plut&#244;t que silenci&#233;es, et o&#249; &#034;la cause&#034; ne devient pas un bouclier d'immunit&#233; pour ceux qui pr&#233;tendent la d&#233;fendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une pr&#233;sentation de Chavez en fran&#231;ais, lire cet article de Dan La Botz publi&#233; apr&#232;s la publication de l'enqu&#234;te du New York Times sur les violences sexuelles &#8211; &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/Dan La Botz'&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction de Ana Avenda&#241;o, &#171; Cesar Chavez Revelations Show It's Time for Truth and Reconciliation in the Labor Movement &#187;, &lt;i&gt;In These Times&lt;/i&gt;, 7 avril 2026 &lt;a href=&#034;https://inthesetimes.com/article/cesar-chavez-revelations-show-its-time-for-truth-and-reconciliation-in-the-labor-movement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire un pr&#233;c&#233;dent article d'Ana Avenda&#241;o, &#171; #MeToo Inside the Labor Movement &#187;, &lt;i&gt;New Labor Forum&lt;/i&gt;, 2019, &lt;a href=&#034;https://newlaborforum.cuny.edu/2019/01/24/metoo-inside-the-labor-movement/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte fait r&#233;f&#233;rence &#224; la section 7 du National Labor Relations Act, qui d&#233;finit les droits syndicaux de base des salari&#233;&#8901;es des entreprises d&#233;pourvues de pr&#233;sence syndicale. L'un de ces droits est de formuler des r&#233;clamations collectives (&lt;i&gt;concerted activities&lt;/i&gt;) pour faire valoir leurs droits. La d&#233;cision &#233;voqu&#233;e (McClaren Macomb, 2023) statue que les clauses de confidentialit&#233; sont une entrave &#224; ce droit fondamental de discuter des probl&#233;matiques de travail avec ses coll&#232;gues, ainsi qu'au droit fondamental de signaler des entraves aux droits fondamentaux aupr&#232;s du NLRB.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La CGT sait-elle accueillir ses adh&#233;rent&#8901;es ? R&#233;flexions &#224; partir d'un r&#233;cent rapport sur la vie syndicale</title>
		<link>https://www.syndicalistes.org/la-cgt-sait-elle-accueillir-ses-adherent%E2%8B%85es</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.syndicalistes.org/la-cgt-sait-elle-accueillir-ses-adherent%E2%8B%85es</guid>
		<dc:date>2026-05-27T13:26:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Baptiste, Michel</dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>Structuration</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour analyser l'afflux d'adh&#233;sion qui a accompagn&#233; la dynamique de la mobilisation pour les retraite en 2023, la CGT a command&#233; &#224; des chercheuses et chercheurs (sociologues, politistes, etc.), par ailleurs syndiqu&#233;&#8901;es &#224; la CGT pour certain&#8901;es, de mener une enqu&#234;te sur le sujet de la syndicalisation. Cette recherche a donn&#233; lieu &#224; un rapport, publi&#233; d&#233;but 2026 sous le titre &#171; Vie syndicale : quelles pratiques et conceptualisation(s) ? Un enjeu d&#233;cisif pour l'accueil et la syndicalisation des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/-a-lire-ecouter-regarder-" rel="directory"&gt;&#192; lire, &#233;couter, regarder&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-structuration-+" rel="tag"&gt;Structuration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-syndicalisation-+" rel="tag"&gt;Syndicalisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L105xH150/aocgt_vie_syndicale_fevrier_2026-062d6.jpg?1779888878' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour analyser l'afflux d'adh&#233;sion qui a accompagn&#233; la dynamique de la mobilisation pour les retraite en 2023, la CGT a command&#233; &#224; des chercheuses et chercheurs (sociologues, politistes, etc.), par ailleurs syndiqu&#233;&#8901;es &#224; la CGT pour certain&#8901;es, de mener une enqu&#234;te sur le sujet de la syndicalisation. Cette recherche a donn&#233; lieu &#224; un &lt;a href=&#034;https://ires.fr/publications/cgt/vie-syndicale-quelles-pratiques-et-conceptualisations-un-enjeu-decisif-pour-laccueil-et-lengagement-des-nouveaux-et-nouvelles-syndiquees-a-la-cgt/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt;, publi&#233; d&#233;but 2026 sous le titre &#171; Vie syndicale : quelles pratiques et conceptualisation(s) ? Un enjeu d&#233;cisif pour l'accueil et la syndicalisation des nouveaux et nouvelles syndiqu&#233;es &#224; la CGT &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'approche du 54&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s qui vise &#224; placer les questions d'orga au centre des d&#233;bats &#8211; les adh&#233;rent&#8901;es isol&#233;&#8901;es, les nouvelles adh&#233;sions, la vie syndicale dans les syndicats, etc. &#8211; voici un rapport pr&#233;cis et document&#233; dont la lecture sera particuli&#232;rement utile &#224; la r&#233;flexion collective sur le fonctionnement et les structures de la CGT. Il permet notamment de mieux saisir ce que sont devenues les adh&#233;sions de 2023 &#8211; celles qui ont abouti et ont donn&#233; des militant&#8901;es, mais aussi les trop nombreuses (des milliers et des milliers) qui n'ont jamais pu &#234;tre finalis&#233;es, &#224; cause de la d&#233;sorganisation de la CGT.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;tude est constitu&#233;e de 7 chapitres. Le premier revient sur la notion de &#171; vie syndicale &#187;, tr&#232;s pr&#233;gnante dans la CGT, d'autant plus d'ailleurs qu'elle est en grande difficult&#233; dans la pratique des bases syndicales de terrain. Les chapitres 2 &#224; 4 balaient la question de l'adh&#233;sion et ses suites, sous diff&#233;rents angles. Le chapitre 5 aborde l'&#233;pineuse question, serpent de mer de la CGT : les adh&#233;rent&#8901;es isol&#233;&#8901;es, r&#233;alit&#233; qui concerne plus de 15 % des effectifs, et qui ne baisse pas selon les donn&#233;es du secteur conf&#233;d&#233;ral de la vie syndicale. Enfin, les deux derniers chapitres se penchent sur deux cas de structures syndicales de base, l'un dans l'&#201;ducation nationale, et l'autre dans le commerce. Focus sur quelques r&#233;sultats saillants.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un bilan des tentatives de transformation de la CGT&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour que la CGT soit combative, elle doit &#234;tre structur&#233;e d'une mani&#232;re qui lui permette effectivement d'accumuler des forces face au patronat. Le rapport fait un historique des r&#233;flexions sur le sujet, notamment les pr&#233;conisations de la &#171; &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/evolution-des-structures-de-la-cgt-le-rapport-de-la-commission-ad-hoc' class=&#034;spip_in&#034;&gt;commission ad hoc&lt;/a&gt; &#187; et les &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/49e-congres' class=&#034;spip_in&#034;&gt;r&#233;solutions&lt;/a&gt; vot&#233;es au congr&#232;s de 2009&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peu avant le congr&#232;s conf&#233;d&#233;ral de la CGT de 2009, une commission ad hoc, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et en tire un bilan sans concession :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de deux d&#233;cennies plus tard, on peut raisonnablement s'interroger sur la port&#233;e effective de ces pr&#233;conisations. En d&#233;pit des intentions affich&#233;es et des r&#233;solutions vot&#233;es, le nombre de f&#233;d&#233;rations professionnelles a tr&#232;s peu baiss&#233; [&#8230;]. En mati&#232;re de syndicalisation, les mots d'ordre conf&#233;d&#233;raux sont peu appropri&#233;s par les &#233;quipes de terrain [&#8230;]. De m&#234;me, des exp&#233;rimentations de nouveaux modes d'organisation, qui revisitent le champ de syndicalisation et s'&#233;cartent du mod&#232;le canonique du syndicat d'entreprise (syndicat de site, de zone, local, d&#233;partemental, etc.) ont certes &#233;t&#233; men&#233;es, mais sans que cela ne s'accompagne d'une v&#233;ritable syst&#233;matisation de ces exp&#233;riences ni d'une politique volontariste pilot&#233;e par la conf&#233;d&#233;ration avec des moyens sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette situation n'est du reste pas r&#233;v&#233;l&#233;e par le rapport : elle est bien connu en interne, au moins au niveau conf&#233;d&#233;ral, en t&#233;moigne les conclusions d'un audit interne de l'espace Vie syndicale conf&#233;d&#233;ral r&#233;sum&#233;es dans le rapport :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;fonctionnement en silos, isolement vis-&#224;-vis de la direction conf&#233;d&#233;rale, faiblesse de smoyens et du portage politique, suivi et accompagnement d&#233;faillant des organisations territoriales et professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Faisant le constat que ces blocages sont li&#233;s &#224; un certain d&#233;sint&#233;r&#234;t pour les questions de &#171; vie syndicale &#187; au sein de la CGT, les chercheur&#8901;es entendent placer ces questions au centre du d&#233;bat en portant le regard sur &#171; l'&#233;tude des conditions proprement &lt;i&gt;organisationnelles&lt;/i&gt; d'un syndicalisme de lutte &#187;. Leurs recherches permettent ainsi de pr&#233;ciser utilement les d&#233;finitions de la vie syndicale pratiqu&#233;e dans la CGT :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La syndicalisation et le renforcement de la CGT : campagnes de syndicalisation, implantation dans de nouvelles entreprises&#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'accueil des nouveaux et nouvelles syndiqu&#233;&#8901;es et leur int&#233;gration dans le syndicat.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'administration, l'animation et le suivi des syndicats et bases syndicales.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Mais la vie syndicale n'est pas toujours une question qui peut se poser de mani&#232;re aussi d&#233;taill&#233;e, car elle se r&#233;duit &#224; une question existentielle : &#171; est-ce que la structure vit ou non ? &#187; Et trop souvent, la structure ne vit pas, ce qui est catastrophique d'un point de vue syndical. En cela, le rapport pointe les d&#233;g&#226;ts d'une interpro qui ne fonctionne pas, mais souligne aussi &#224; quel point l'appui interpro est souvent vital pour permettre &#224; une section d'exister, &#224; un syndicat de se cr&#233;er, etc. Le manque de moyens allou&#233;s pour les structures territoriales est donc particuli&#232;rement d&#233;l&#233;t&#232;re, et cet &#233;tude apporte encore du poids &#224; l'urgence de r&#233;&#233;quilibrer la r&#233;partition des moyens dans la CGT pour permettre &#224; celle-ci d'exister localement dans le plus d'endroits possible, pour enclencher le cercle vertueux d'une dynamique de syndicalisation (des adh&#233;rent&#8901;es accueilli&#8901;es et accompagn&#233;&#8901;es qui impulsent des choses sur leur lieu de travail, font adh&#233;rer leurs coll&#232;gues, donc plus de luttes, donc plus d'adh&#233;sions&#8230;). Sans cela, on tombe &#224; l'inverse dans le cercle vicieux de la d&#233;syndicalisation : sans structure, pas d'accueil, les camarades se d&#233;couragent et sont abandonn&#233;&#8901;es face &#224; leur patron, personne n'a envie d'adh&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; un point cl&#233; sur lequel il faudra lever des blocages : certaines structures CGT s'accrochent &#224; leurs moyens sans r&#233;aliser que dans plusieurs endroits, c'est l'existence m&#234;me de la CGT qui est en jeu et qu'il est urgent de permettre aux structures territoriales de fonctionner correctement partout.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des exemples de bonnes pratiques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le rapport ne se contente pas, loin de l&#224;, de pointer les faiblesses de la CGT. Il rel&#232;ve aussi de nombreux exemples de pratiques mises en &#339;uvre par des militant&#8901;es pour faire vivre leur syndicat ou leur union territoriale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs militant&#8901;es racontent comment la vie syndicale se fait au jour le jour, en discutant et en appelant les gens (la commission ex&#233;cutive peut ainsi se r&#233;partir la liste des adh&#233;rent&#8901;es), en offrant aussi un soutien &#233;motionnel. C'est l&#224; une condition indispensable, quoique trop souvent invisibilis&#233;e, de l'entretien du collectif militant. Le collectif se renforce aussi par des pratiques de sociabilit&#233;, des r&#233;unions r&#233;guli&#232;res, des points de rattachement visibles en manif&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi un c&#244;t&#233; &#171; paperasse &#187; &#224; la vie syndicale, qui se r&#233;v&#232;le indispensable car il permet d'avoir des informations &#224; jour, de faire un suivi efficace des syndicats, de contacter les bonnes personnes quand il y en a besoin, de faire venir les syndicats en congr&#232;s&#8230; et plus g&#233;n&#233;ralement de tisser la toile qui forme un maillage syndical solide. Une animatrice &#224; la vie syndicale dans une UD pr&#233;pare ainsi son congr&#232;s en se lan&#231;ant dans le suivi des centaines de syndicats de son d&#233;partement, actualise leurs informations de contact, noue des liens avec chacun et les aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re le flou de la notion &#171; vie syndicale &#187;, plusieurs militant&#8901;es font l'effort de la d&#233;composer en t&#226;ches concr&#232;tes et de remettre en avant l'importance des questions d'organisation : participation aux AG et congr&#232;s des syndicats du territoire pour intervenir sur le sujet, formation sp&#233;cifique &#224; la vie syndicale, publication d'un guide orga&#8230; Car le sens de l'orga n'est pas inn&#233;, et la ma&#238;trise des outils CGT sur le sujet l'est encore moins !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces t&#226;ches du quotidien rel&#232;vent par exemple du souci permanent d'int&#233;gration des nouvelles et nouveaux syndiqu&#233;&#8901;es, en leur confiant par exemple la circulation du micro en AG ou l'achat de fournitures, pour leur donner une place et limiter le c&#244;t&#233; intimidant des d&#233;buts dans la CGT. D'autant que bien souvent, les structures interpro doivent int&#233;grer des camarades qui ont du mal &#224; militer dans leur entreprise, o&#249; iels sont souvent assez seul&#8901;es au d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la syndicalisation aussi, les militant&#8901;es font preuve d'inventivit&#233; &#8211; ainsi la secr&#233;taire du syndicat de site d'un centre commercial s'adresse aux vendeuses depuis les cabines d'essayage ou prend des rendez-vous chez les esth&#233;ticiennes pour avoir un temps d'&#233;change avec elles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La vie syndicale ne fait pas tout&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; des bonnes pratiques, le rapport met en &#233;vidence que beaucoup d'adh&#233;rent&#8901;es r&#233;cent&#8901;es souhaiteraient s'impliquer davantage dans la CGT, mais ne le peuvent pas toujours. Cela tient notamment &#224; une limite structurelle &#224; l'implcation des adh&#233;rent&#8901;es, que l'on peut d&#233;composer en deux faces d'une m&#234;me pi&#232;ce :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'absence de la CGT dans de nombreux secteurs ou entreprise alors qu'elle est structur&#233;e sur cette base, qui fait que les syndiqu&#233;&#8901;es tombent dans un &#171; trou de la raquette &#187; sans collectif constitu&#233;, sans personne pour les contacter, etc.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La focalisation des militant&#8901;es sur les instances, et donc la pratique d'un syndicalisme de dialogue social qui ne cherche gu&#232;re &#224; s'encombrer d'adh&#233;rent&#8901;es non-&#233;lu&#8901;es au quotidien &#8211; en somme, une pratique d&#233;l&#233;gataire o&#249; l'adh&#233;rent&#8901;e ne sert qu'&#224; voter et pas &#224; cr&#233;er un rapport de force avec ses coll&#232;gues.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces constats, plusieurs formes syndicales ont &#233;t&#233; mises en place ou exp&#233;riment&#233;es. L'enqu&#234;te est particuli&#232;rement enrichissante sur ce point, en montrant notamment &#224; quel point la lourdeur des proc&#233;dures administratives pour cr&#233;er puis g&#233;rerun syndicat peut &#234;tre d&#233;courageante et chronophage &#8211; autant de temps qui n'est pas pass&#233;, au final, &#224; faire du syndicalisme, pourrait-on ajouter. De ce point de vue, l'organisation d'un collectif syndical existant au sein d'un syndicat a de bonnes chances de prendre (comme pour le syndicat Soci&#233;t&#233;s d'&#233;tudes &#233;tudi&#233;, qui fonctionne d'abord en collectif sans statuts puis est officialis&#233; en syndicat, sur la base d'un groupe qui a d&#233;j&#224; une vie syndicale propre). En revanche, la volont&#233; de cr&#233;er de toute pi&#232;ce un syndicat, quitte &#224; mettre la charrue (la structure) avant les b&#339;ufs (les militant&#8901;es) risque d'&#234;tre beaucoup moins fructueuse et d'&#233;puiser les adh&#233;rent&#8901;es qui se retrouveront &#224; devoir faire la gestion administrative d'une coquille qui a peu d'activit&#233; syndicale propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la r&#233;alisation, de la mutualisation, et de l'accompagnement dans les t&#226;ches bureaucratique ressort donc comme un probl&#232;me important : dans tous les cas il faut b&#233;n&#233;ficier d'un appui ext&#233;rieur et plus exp&#233;riment&#233; pour parvenir &#224; y faire face ; et certaines sections peuvent survivre car ces t&#226;ches (tr&#233;sorerie, adh&#233;sions) sont g&#233;r&#233;es par une UL ou un syndicat au lieu de venir phagocyter l'activit&#233; syndicale (contact avec les coll&#232;gues, d&#233;marche reventicative&#8230;). Dans l'&#201;ducation nationale par exemple, organis&#233;e en syndicats d&#233;partementaux, les responsables de section peuvent se consacrer en priorit&#233; au d&#233;veloppement de la vie syndicale dans leur &#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour animer un syndicat, en particulier s'il couvre plusieurs entreprises, il faut des militant&#8901;es qui s'y consacrent prioritairement &#8211; la concurrence avec un mandat CSE, par exemple, se fait au d&#233;triment du syndicat. Au-del&#224; de la paperasse, le r&#244;le d'un syndicat appara&#238;t fondamental pour organiser le suivi individuel, appuyer les &#233;lu&#8901;es en &#233;vitant leur isolement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les apports de l'&#233;tude sur la structuration sont int&#233;ressant, car ils invitent &#224; &#233;viter le &#171; f&#233;tichisme organisationnel &#187; : la r&#233;ussite d'un syndicat ne d&#233;coule pas magiquement de son p&#233;rim&#232;tre (de site, d'entreprise ou d'industrie). Elle d&#233;pend aussi du soutien ext&#233;rieur, de l'ajustement de cette structuration &#224; un milieu professionnel donn&#233;, de l'existence d'une dynamique de mobilisation dans un secteur, de la capacit&#233; &#224; donner une certaine souplesse &#224; la structure, d'en faire une ressource pour les &#233;lu&#8901;es, les syndiqu&#233;&#8901;es et les salari&#233;&#8901;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce type de d&#233;marche de recherche est toujours positif. Parce qu'elle est r&#233;alis&#233;e avec des m&#233;thodes scientifiques, et permet de compl&#233;ter &#8211; et non pas de remplacer, de questionner ce que les &#233;quipes militantes, &#224; chaque niveau, peuvent constater et analyser par elles-m&#234;mes. Ce type de travail enrichit l'organisation par le regard ext&#233;rieur et permet d'appuyer le travail d'analyse qui permettra sa n&#233;cessaire &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour lire le d&#233;tail de ce travail, c'est &lt;a href=&#034;https://ires.fr/publications/cgt/vie-syndicale-quelles-pratiques-et-conceptualisations-un-enjeu-decisif-pour-laccueil-et-lengagement-des-nouveaux-et-nouvelles-syndiquees-a-la-cgt/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peu avant le congr&#232;s conf&#233;d&#233;ral de la CGT de 2009, une commission ad hoc, compos&#233;e en partie par des universitaires et en partie par des responsables dans la CGT, avait remis un rapport sur la structuration de la conf&#233;d&#233;ration. Elle avait conclu &#224; son inadaptation face aux nouvelles r&#233;alit&#233;s du monde du travail (et en particulier la sous-traitance, la multiplicit&#233; des champs professionnels f&#233;d&#233;raux dans une m&#234;me collectivit&#233; de travail de salari&#233;-es). Ce travail avait &#233;t&#233; utilis&#233; par la CEC sortante pour proposer des &#233;volutions importantes, du moins significatives au vu de l'immobilisme de la CGT, sur ce sujet pour le document d'orientation du congr&#232;s de l'ann&#233;e suivante en 2009. Beaucoup de r&#233;solutions pertinentes furent vot&#233;es, nous les avons retranscrites ici. On sait qu'en g&#233;n&#233;ral elles sont rest&#233;es lettre morte. Depuis 2009, il y a eu des &#233;volutions, des essais, plus ou moins fructueux et p&#233;rennes, surtout de la part de structures locales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aux fondements du syndicalisme d'entreprise, le rapport Warcholak sur les structures de la CGT</title>
		<link>https://www.syndicalistes.org/aux-fondements-du-syndicalisme-d-entreprise-le-rapport-warcholak-sur-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.syndicalistes.org/aux-fondements-du-syndicalisme-d-entreprise-le-rapport-warcholak-sur-les</guid>
		<dc:date>2026-04-02T06:55:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Baptiste, Michel</dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>Structuration</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1980, le responsable du tr&#232;s dynamique secteur &#171; organisation &#187; de la CGT, Michel Warcholak, publie un rapport fouill&#233; sur l'&#233;tat des structures de la CGT et leurs &#233;volutions possibles. Nous avons souhait&#233; republier ce document car il s'agit de l'un des jalons fondamentaux de la r&#233;flexion sur les modes d'organisation de la CGT. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est la justification la plus aboutie du syndicalisme d'entreprise, d&#233;fendu par une analyse en termes de &#171; capitalisme monopoliste d'&#201;tat &#187; : le capitalisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/-organisation-s-" rel="directory"&gt;Organisation(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-structuration-+" rel="tag"&gt;Structuration&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH76/2026-02-25_17-02-1772038044-5177f.png?1775113303' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;les Grandes entreprises &#224; la t&#234;te du Renforcement de la CGT&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1980, le responsable du tr&#232;s dynamique secteur &#171; organisation &#187; de la CGT, Michel Warcholak&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur sa trajectoire, lire sa notice Maitron, en ligne.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publie un rapport fouill&#233; sur l'&#233;tat des structures de la CGT et leurs &#233;volutions possibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Le Peuple no 1089 du 1er au 15 ao&#251;t 1980, sous le titre &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avons souhait&#233; republier ce document car il s'agit de l'un des jalons fondamentaux de la r&#233;flexion sur les modes d'organisation de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est la justification la plus aboutie du syndicalisme d'entreprise, d&#233;fendu par une analyse en termes de &#171; capitalisme monopoliste d'&#201;tat &#187; : le capitalisme est d&#233;rormais incarn&#233; par un petit nombre de monopoles appuy&#233;s par l'&#201;tat, et qui reposent sur de tr&#232;s grandes entreprises. Toute la r&#233;flexion est donc centr&#233;e sur ces grandes concentrations de salari&#233;&#8901;es, avec des pistes int&#233;ressantes sur la mani&#232;re de coller au mieux &#224; la r&#233;alit&#233; des salari&#233;&#8901;es dans ce genre de lieux de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; la lecture de ces consid&#233;rations qui sont au fondement du syndicalisme d'entreprise, on constate que les r&#233;alit&#233;s qu'elles mettent en avant ont largement disparu : ce qui caract&#233;rise l'entreprise aujourd'hui, c'est son &#233;clatement, c'est la multiplication des statuts, l'explosion des entit&#233;s juridiques qui interviennent dans un m&#234;me cha&#238;ne de production, etc. Le capitalisme s'est transform&#233;, pas le syndicalisme, et notre mode d'organisation a perdur&#233; et repose d&#233;sormais sur du sable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait Warcholak, dans ce rapport, appara&#238;t bien peu attentif aux transformations qui avaient largement d&#233;but&#233; au moment de l'&#233;criture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le d&#233;montrent les sociologues Thierry Baudouin et Mich&#232;le Collin dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : l'int&#233;rim est mentionn&#233; dans un court paragraphe sur l'existence &#171; hors-statuts &#187; (dont aucune cons&#233;quence n'est tir&#233;e quant aux formes permettant de les organiser), la sous-traitance n'appara&#238;t pas du tout&#8230; Et l'auteur glisse que pour les petites et moyennes entreprises, c'est le syndicat local de branche qui semble plus adapt&#233; : une exception &#233;voqu&#233;e en passant mais qui concerne rien moins que&#8230; la grande majorit&#233; des entreprises !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la salarisation du travail des femmes s'est poursuivie tout au long de la d&#233;cennie 1970. La CGT a, au moment de la r&#233;daction de ce rapport, une riche exp&#233;rience interne d'initiatives pour la syndicalisation du salariat f&#233;minin, et les d&#233;bats internes ont &#233;t&#233; tr&#232;s pouss&#233;s et anim&#233;s. Mais Warcholak n'en tire aucune conclusion sur la dimension strat&#233;gique pour la CGT de cette r&#233;alit&#233; sociologique. Et cette attitude va malheureusement perdurer encore des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, en observateur attentif des structures de la CGT, Warcholak fait aussi plusieurs constats qui restent d'une vive actualit&#233;, comme au sujet du r&#244;le et des moyens &#224; renforcer pour les unions locales. Malheureusement, la situation de cet &#233;chelon fondamental de la CGT n'a fait qu'empirer depuis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant d'un texte particuli&#232;rement long (&#224; t&#233;l&#233;charger en fin d'article), nous en avons s&#233;lectionn&#233; quelques extraits ci-dessous. Ce sont ou bien des passages que nous avons retenus pour leur pertinence et leur actualit&#233;, ou bien des extraits que nous avons jug&#233;s exemplaires d'une certaine conception du syndicalisme, qui justifie encore aujourd'hui certains aspects du fonctionnement de la CGT, mais qui apparaissent en grand d&#233;calage avec les r&#233;alit&#233;s du capitalisme actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous retiendrons particuli&#232;rement la question pos&#233;e par ce rapport, qui doit encore guider chacune de nos r&#233;flexions sur notre organisation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Avons-nous, de l'entreprise &#224; la conf&#233;d&#233;ration, les structures d'organisation qui conviennent pour prendre v&#233;ritablement en compte les aspirations des travailleurs, saisir le potentiel des luttes qu'elles portent en elles, le traduire de fa&#231;on et sous les formes qui conviennent ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et le rappel d'une exigence fondamentale pour le syndicalisme, celle de savoir se transformer pour r&#233;pondre aux transformations d'un capitalisme qui &#233;volue justement pour lui &#233;chapper :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les structures syndicales se sont forg&#233;es et ont &#233;volu&#233; en permanence en rapport avec les probl&#232;mes pos&#233;s par la lutte, en fonction des politiques et des moyens mis en &#339;uvre par l'adversaire. S'adapter aux exigences de notre temps est une question d&#233;cisive pour l'action syndicale de masse &#224; tous les niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La vie a fait surgir des questions vitales pour la CGT : l'activit&#233; syndicale &#224; l'entreprise, le r&#244;le des unions locales, celui des r&#233;gions, des unions d&#233;partementales, des f&#233;d&#233;rations, et naturellement de la Conf&#233;d&#233;ration. Des d&#233;bats ont entra&#238;n&#233; des adaptations ponctuelles, parfois importantes. Mais nous sommes arriv&#233;s &#224; un moment o&#249; l'inventaire global est devenu indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les exigences de la lutte face aux cons&#233;quences dramatiques de la crise et de son exploitation par le pouvoir et le patronat, imposent un examen s&#233;rieux, tenant compte du positif comme du n&#233;gatif, des formes sous lesquelles s'exerce actuellement l'activit&#233; de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;pondant &#224; la question : &#171; De quelle CGT les travailleurs ont besoin aujourd'hui &#187;, le 40&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s conf&#233;d&#233;ral a mis en &#233;vidence une s&#233;rie de questions de premi&#232;re importance. S'il a d&#233;fini des objectifs concrets qu'il importe de mettre pleinement en application, il a &#233;galement incit&#233; &#224; la r&#233;flexion sur des sujets encore insuffisamment explor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de ce document est de rappeler ces objectifs, en les pr&#233;cisant, et de proposer une premi&#232;re r&#233;ponse &#224; une question essentielle : avons-nous, de l'entreprise &#224; la conf&#233;d&#233;ration, les structures d'organisation qui conviennent pour prendre v&#233;ritablement en compte les aspirations des travailleurs, saisir le potentiel des luttes qu'elles portent en elles, le traduire de fa&#231;on et sous les formes qui conviennent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les structures syndicales se sont forg&#233;es et ont &#233;volu&#233; en permanence en rapport avec les probl&#232;mes pos&#233;s par la lutte, en fonction des politiques et des moyens mis en &#339;uvre par l'adversaire. S'adapter aux exigences de notre temps est une question d&#233;cisive pour l'action syndicale de masse &#224; tous les niveaux. Ce document s'efforce de rassembler et d'harmoniser l'ensemble des r&#233;flexions, des acquis, des exp&#233;riences r&#233;alis&#233;es par notre mouvement en ce qui concerne les structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il propose des r&#233;ponses qui devraient permettre l'ouverture d'un large d&#233;bat dans toute la CGT sur le th&#232;me :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; De quelles structures syndicales les travailleurs ont-ils besoin pour leur lutte aujourd'hui ? &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'histoire de la CGT et l'&#233;volution des structures&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La CGT est le produit d'une &#233;volution historique du mouvement ouvrier fran&#231;ais, partie de la base et caract&#233;ris&#233;e par l'unification de structures professionnelles (f&#233;d&#233;rations des syndicats) et interprofessionnelles (f&#233;d&#233;rations des bourses du travail). De ces origines, sommairement &#233;voqu&#233;es ci-apr&#232;s, la CGT actuelle garde ses traits caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Une unification venue des organisations de base&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1871 que les syndicats (ou les chambres syndicales) constitu&#233;s pendant la r&#233;volution industrielle de la seconde moiti&#233; du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, syndicats &#224; base locale et de m&#233;tier, se regroupent pour cr&#233;er des f&#233;d&#233;rations r&#233;gionales ou nationales. M&#234;me si un certain nombre d'entre eux restent quelque temps &#224; l'&#233;cart de ces regroupements on peut parler d'un profond mouvement de &#171; f&#233;d&#233;ralisation &#187; qui s'ach&#232;ve, pour l'essentiel, en 1912. Il y aura eu &#8211; de 1870 &#224; 1912 &#8211; 81 cr&#233;ations de f&#233;d&#233;rations. Ce d&#233;veloppement est d&#233;j&#224; suffisamment engag&#233; en 1886 pour que sous l'impulsion du socialisme guesdiste, syndicats et f&#233;d&#233;rations se rassemblent, pour la premi&#232;re fois, en une centrale nationale : la F&#233;d&#233;ration nationale des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement et, en fait, concurremment, des syndicats de divers m&#233;tiers amorcent des unions d'une autre nature en cr&#233;ant, au plan local interprofessionnel, des Bourses du travail, dont le nombre passera de 14 en 1892 &#224; 153 en 1912 et qui se transformeront, progressivement, en unions locales puis en unions d&#233;partementales. Ces &#171; Bourses &#187; elles-m&#234;mes se f&#233;d&#232;rent, au plan national, en 1892 dans la f&#233;d&#233;ration nationale des Bourses du travail qu'animent les militants anarchistes venus au syndicalisme en opposition ouverte avec le guesdisme. La CGT qui se constitue en 1895 op&#232;re le rapprochement des deux f&#233;d&#233;rations nationales, et son congr&#232;s de 1902 transforme ce rapprochement en unit&#233; organique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution tr&#232;s sch&#233;matiquement d&#233;crite, appelle quelques remarques qui peuvent &#234;tre utiles &#224; la r&#233;flexion actuelle. Il faut souligner que la structuration de la CGT r&#233;sulte de plusieurs mouvements d'unification partis des organisations de base pour atteindre, d'une part, les niveaux r&#233;gional et national de m&#234;mes m&#233;tiers et, d'autre part, le plan local interprofessionnel pour converger, enfin, par le regroupement dans une centrale unique, la CGT. Le cheminement de cette unification progressive, la mani&#232;re dont elle s'est construite de la base au sommet (et non l'inverse) vont imposer une pratique particuli&#232;re des rapports entre les diverses organisations qui composent la CGT. Elle sera d'autant plus marqu&#233;e qu'elle vise &#224; prendre en charge, en les surmontant, la totalit&#233; des divergences profondes de conceptions et d'orientations existant dans les diverses composantes de notre syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il n'y eut pas fusion v&#233;ritable, ni non plus instauration de rapports hi&#233;rarchiques, entre les organisations conf&#233;d&#233;r&#233;es, m&#234;me con&#231;us sur le mode d&#233;mocratique. On peut avancer qu'au contraire, ce mouvement d'unification se fit par convergences sur des points d'int&#233;r&#234;ts communs minima laissant une large marge de positions diverses souvent m&#234;mes divergentes. Ainsi, l'union r&#233;alis&#233;e dans les Unions d&#233;partementales, les F&#233;d&#233;rations et la conf&#233;d&#233;ration respecte la personnalit&#233; et l'ind&#233;pendance de chaque organisation y participant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce f&#233;d&#233;ralisme qui s'impose dans la pratique correspond, &#224; l'&#233;poque, soit aux conceptions libertaires de l'anarcho-syndicalisme soit, plus prosa&#239;quement, dans un contexte de luttes de tendances, &#224; la mise en place de &#171; chasses gard&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident, enfin, qu'une interpr&#233;tation &#233;troite du f&#233;d&#233;ralisme se manifeste souvent. Elle engendra une certaine ignorance et parfois de l'hostilit&#233; entre organisations conf&#233;d&#233;r&#233;es conduisant, en tout cas, &#224; un relatif isolement de chacune d'elles. Dans ces conditions, la Conf&#233;d&#233;ration eut souvent &#224; temp&#233;rer ces oppositions, parfois &#224; les arbitrer et, surtout, &#224; assurer les coordinations vitales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le f&#233;d&#233;ralisme qui r&#232;gne dans la CGT, une autre caract&#233;ristique de la CGT et qui s'imposera aux diff&#233;rentes centrales fran&#231;aises lorsque surviendront les divisions, est l'existence d'une double structure interne, en d'autres termes, la coexistence au sein de la CGT, au plan national et &#233;galement aux plans d&#233;partemental et local, d'organisations professionnelles (syndicats et f&#233;d&#233;rations) et d'organisations interprofessionnelles (bourses du travail ou Unions locales et d&#233;partementales).&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;La double structure : professionnelle et interprofessionnelle&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Cette double structure est v&#233;cue pendant tr&#232;s longtemps en termes conflictuels. Les origines guesdistes de la structure professionnelle et le poids de l'anarcho-syndicalisme dans la structure interprofessionnelle y sont pour beaucoup. Mais au-del&#224;, la persistance de ces conflits r&#233;sulte sans doute, en derni&#232;re analyse, du d&#233;veloppement in&#233;gal des entreprises, des m&#233;tiers, des industries et des r&#233;gions qui a pour cons&#233;quence une vision diff&#233;rente des r&#233;alit&#233;s ouvri&#232;res chez les syndiqu&#233;s et les militants. D&#232;s lors, les r&#233;ponses apport&#233;es &#224; la situation, les revendications et aspirations des travailleurs feront l'objet de priorit&#233;s diff&#233;rentes et souvent contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les oppositions entre les deux structures se manifestent d&#232;s la constitution de la CGT et, si le Congr&#232;s de 1902 tranche statutairement cette question en cr&#233;ant deux sections correspondant &#224; ces deux structures et ayant des droits &#233;gaux dans la Conf&#233;d&#233;ration, il n'efface pas, pour autant, les contradictions. Les assises conf&#233;d&#233;rales r&#233;sonnent, souvent, des conflits entre f&#233;d&#233;rations et unions d&#233;partementales, conflits latents ou ouverts sur le terrain lui-m&#234;me et qui, &#224; certains moments, g&#234;neront le d&#233;veloppement des actions syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; plusieurs reprises, les congr&#232;s conf&#233;d&#233;raux prennent des mesures tendant &#224; la normalisation des rapports entre les deux structures. En 1902, il est demand&#233; &#224; chaque syndicat d'adh&#233;rer &#224; la fois &#224; sa f&#233;d&#233;ration et &#224; sa Bourse du travail (ou union d&#233;partementale). Cette double affiliation devient obligatoire &#224; partir de 1914. En 1912 (congr&#232;s du Havre) toutes les Bourses du travail se transforment en unions locales et se f&#233;d&#232;rent dans des unions d&#233;partementales. Le r&#244;le de l'UD y est pr&#233;cis&#233;. Dans un sens fortement teint&#233; de r&#233;formisme, elle est charg&#233;e d'appliquer les d&#233;cisions des Congr&#232;s de la CGT sur son territoire, et son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral est le repr&#233;sentant officiel de la CGT dans le d&#233;partement (L&#233;on Jouhaux le qualifiera de &#171; Pr&#233;fet de la CGT &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, on apporte une r&#233;ponse nouvelle &#224; la dualit&#233; f&#233;d&#233;ration-UD : &#224; la premi&#232;re, on continue &#224; reconna&#238;tre l'enti&#232;re libert&#233; au sein de la CGT cependant que la seconde voit sa marge d'autonomie consid&#233;rablement r&#233;duite en m&#234;me temps qu'on en fait un instrument conf&#233;d&#233;ral. Cette situation, non exempte d'ambigu&#239;t&#233;s, se poursuivra dans la CGT d'apr&#232;s la scission de 1921, cependant que dans la CGTU n&#233;e de cette scission, une plus grande libert&#233; est laiss&#233;e aux organisations interprofessionnelles (les unions r&#233;gionales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, une nouvelle p&#233;riode s'ouvre dans les rapports du professionnel et de l'interprofessionnel avec la r&#233;unification CGT-CGTU, les grandes gr&#232;ves et leurs conqu&#234;tes sociales. Les conflits de ces deux structures s'apaisent, pour un temps, mais sur une base de division du travail : chacune occupe le terrain que l'autre n'occupe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale et plus particuli&#232;rement dans la CGT qui continue apr&#232;s la scission de 1947, commencent &#224; se pratique de nouveaux rapports entre le professionnel et l'interprofessionnel, bas&#233;s sur des coop&#233;rations et des compl&#233;mentarit&#233;s des deux structures. Il y a l&#224;, &#224; l'&#233;vidence, l'&#233;mergence de nouvelles pratiques li&#233;es &#224; l'affermissement des conceptions de lutte de classes et de masse dont la CGT est porteuse. Il y a, aussi, recherche de r&#233;ponses dynamiques aux nouveaux besoins de concertation et de coordination des luttes qu'engendre le passage du capitalisme monopoliste &#224; de nouveaux degr&#233;s de son d&#233;veloppement. Ajoutons enfin, que cette am&#233;lioration qualitative des rapports entre les deux structures correspond &#224; l'accroissement des responsabilit&#233;s et des t&#226;ches de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#232;s de nous, soulignons enfin, le nouveau pas franchi par le 37&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s de la CGT (1967) qui, dans un nouvel article (20) des statuts, donne du r&#244;le et du fonctionnement des Unions d&#233;partementales des d&#233;finitions qui t&#233;moignent d'une notable &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Union d&#233;partementale &#187;, y est-il dit, &#171; regroupe tous les syndicats et sections des syndicats nationaux de toutes les professions d'un m&#234;me d&#233;partement. Elle est dans le d&#233;partement, l'organisme repr&#233;sentant de la CGT. &#192; ce titre, elle d&#233;signe ses d&#233;l&#233;gu&#233;s dans les organismes o&#249; sa repr&#233;sentation est jug&#233;e n&#233;cessaire. Les d&#233;cisions concernant son activit&#233; g&#233;n&#233;rale, dans le d&#233;partement, sont prises en Congr&#232;s dans le cadre des orientations de la Conf&#233;d&#233;ration. Elle dispose d'une large autonomie administrative et financi&#232;re. Ses statuts ne peuvent contenir aucune disposition contraire &#224; ceux de la CGT. L'Union d&#233;partementale coordonne et impulse, dans son d&#233;partement, toute l'activit&#233; conf&#233;d&#233;rale sur tous les probl&#232;mes d'int&#233;r&#234;t commun &#224; toutes les professions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle coordonne ses activit&#233;s, ses actions avec les F&#233;d&#233;rations et leurs organismes d&#233;partementaux sur toutes les questions d'int&#233;r&#234;ts communs. Elle prend, en fonction des situations, toutes les initiatives d'action au niveau de son d&#233;partement, le renforcement de l'activit&#233; syndicale sur le territoire de son ressort. L'UD participe &#224; l'organisation de l'action au niveau r&#233;gional &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps le congr&#232;s, tout en confirmant le r&#244;le et la place des f&#233;d&#233;rations, pose le principe d'une autre conception des rapports entre elles pouvant se traduire &#171; soit par une coordination interf&#233;d&#233;rale plus organis&#233;e, plus syst&#233;matique, laquelle pourrait conduire &#224; des regroupements, soit par une d&#233;centralisation de certaines F&#233;d&#233;rations et la cr&#233;ation d'Unions f&#233;d&#233;rales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons &#224; un double mouvement, dont les &#233;l&#233;ments se nourrissent mutuellement :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; un nouvel &#233;quilibre entre le professionnel et l'interprofessionnel d&#233;j&#224; constat&#233; et qui n'est pas achev&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; des responsabilit&#233;s croissantes et simultan&#233;es, pour les luttes &#224; l'entreprise, des structures professionnelles et interprofessionnelles.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Du syndicalisme de m&#233;tier au syndicalisme d'industrie&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me &#233;l&#233;ment de l'&#233;volution des structures de la CGT m&#233;rite quelques d&#233;veloppements. C'est la grande mutation du syndicalisme de m&#233;tier en syndicalisme d'industrie. Elle commence vers 1900. &#192; son origine, les perfectionnements techniques, l'extension de grandes unit&#233;s de production, en un mot, le mouvement de monopolisation qui font &#233;clater les m&#233;tiers traditionnels et tressent de nouveaux rapports sociaux entre les travailleurs de m&#233;tiers diff&#233;rents mais agissant dans une m&#234;me entreprise ou branche d'industrie. Victor Griffuehles, alors secr&#233;taire de la CGT, a pu d&#233;clarer au congr&#232;s conf&#233;d&#233;ral de 1900 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'&#224; l'av&#232;nement du machinisme, le m&#233;tier a une signification particuli&#232;re, par le progr&#232;s du machinisme, le mot m&#233;tier &#8211; sa signification m&#234;me &#8211; s'est transform&#233;. Le machinisme, en cr&#233;ant la division du travail, a fait que le produit qui, autrefois, &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par un seul ouvrier, est aujourd'hui le r&#233;sultat du travail de plusieurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s de 1902 amorce le passage au syndicalisme d'industrie. Cette transformation ne se fera que progressivement, les conditions n'en &#233;tant pas toutes r&#233;alis&#233;es, compte tenu du d&#233;veloppement in&#233;gal des diverses branches et aussi des r&#233;sistances qu'opposent certains syndiqu&#233;s et militants attach&#233;s aux anciennes formes d'organisation. Le congr&#232;s de Marseille (1908) engage, plus nettement, la transformation du f&#233;d&#233;ralisme de m&#233;tier en f&#233;d&#233;ralisme d'industrie. En 1914, sur les 68 f&#233;d&#233;rations de la CGT, 38, les plus importantes, ont accompli cette mutation mais 30 ont encore pour base le m&#233;tier. Il existe encore des f&#233;d&#233;rations de m&#233;tier dans la CGT d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation va bien au-del&#224; d'un simple ajustement pratique aux nouvelles structures &#233;conomiques : elle conduit &#224; des changements importants dans les conceptions du syndicalisme (un syndicalisme moderne, dans la formulation des revendications et dans la strat&#233;gie et la tactique des luttes). Il n'est peut-&#234;tre pas trop fort de parler ici de &#171; r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Tout pour l'entreprise&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;L'autre &#171; r&#233;volution &#187; qui retiendra enfin notre attention est l'implantation de la CGT &#224; l'entreprise. Longtemps le foyer d'organisation syndicale a &#233;t&#233; la localit&#233; (syndicats locaux). Tout y portait. D'abord, le petit nombre de syndiqu&#233;s qui conduisait &#224; rechercher l'assise assez large qu'offrait la localit&#233; industrielle. Ensuite, la limitation des droits syndicaux (loi de 1884) &#224; la localit&#233;, en tout cas leur exclusion des entreprises. Enfin, et surtout, la r&#233;pression impitoyable du patronat pour qui le lieu de travail &#233;tait, et reste, son seul domaine o&#249; toutes activit&#233;s syndicales et politiques doivent &#234;tre bannies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGTU, notamment &#224; partir de 1930-1931, a &#233;t&#233; &#224; la ponte de l'action pour implanter le syndicalisme &#224; l'entreprise. Elle y parvint mais contrainte bien souvent &#224; la clandestinit&#233; de ses organisations. Les occupations d'usines de juin 1936, l'instauration des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'ateliers firent faire de nouveaux progr&#232;s &#224; la p&#233;n&#233;tration du syndicat sur le lieu de travail. La mise en place des Comit&#233;s d'entreprises et la pratique de n&#233;gociations de conventions collectives (ou de contrats d'entreprises) conduisirent &#224; de nouvelles avanc&#233;es apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves de 1968 vont imposer, on s'en souvient, la reconnaissance de la section syndicale et des activit&#233;s syndicales &#224; l'entreprise. Mais la bataille pour une v&#233;ritable syndicalisation &#224; l'entreprise est loin d'&#234;tre achev&#233;e. D&#232;s &#224; pr&#233;sent, une nouvelle dimension, fondamentale, est conquise par le syndicalisme. Elle ouvre des possibilit&#233;s nouvelles et engendre des modifications dans toutes les organisations conf&#233;d&#233;r&#233;es et, en premier lieu, dans les unions locales et les f&#233;d&#233;rations. Elle pose, &#233;videmment, encore beaucoup de questions li&#233;es au d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie syndicale et de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;La CGT et les cadres&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Depuis fort longtemps, des cadres salari&#233;s ont, pour des raisons diverses, le plus souvent id&#233;ologiques, manifest&#233; leur accord avec les luttes de la classe ouvri&#232;re et d&#233;cid&#233; de concr&#233;tiser cette d&#233;marche par leur adh&#233;sion &#224; l'organisation syndicale de classe. C'est ainsi que des cadres ont mis au service de cette lutte leurs comp&#233;tences, leurs connaissances, leurs exp&#233;riences. Ils ont souvent occup&#233; des postes de responsabilit&#233;s importants. Aujourd'hui, le syndicalisme cadre a pris une autre dimension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution de l'UGICT ne rel&#232;ve pas d'une simple appr&#233;ciation d'opportunit&#233; d&#233;coulant de l'&#233;volution quantitative des cat&#233;gories d'ICT. D&#232;s 1936, des structures syndicales sont mises en place dans certaines branches professionnelles. Ces exp&#233;riences devaient opposer deux conceptions :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; F&#233;d&#233;rer les ICT,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les organiser dans la CGT, non comme une structure parall&#232;le aux autres, mais comme une expression sp&#233;cifique, composante du mouvement.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re conception fut adopt&#233;e en s'appuyant sur l'analyse du r&#244;le et de la place des ICT dans la production, en consid&#233;ration de la socialisation des forces productives et en vue de faire de la CGT l'organisation de tous les salari&#233;s. Conception marqu&#233;e par trois grandes &#233;tapes :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La cr&#233;ation, en 1945, du Cartel conf&#233;d&#233;ral des ing&#233;nieurs et cadres sup&#233;rieurs, devenu UGIC en 1947.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La confirmation de la n&#233;cessit&#233; de l'UGIC en 1963 et sa transformation en UGICT en 1969.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La r&#233;union des commissions ex&#233;cutives de la CGT et de l'UGICT pr&#233;cisant, en 1977, la double nature de l'UGICT.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le d&#233;veloppement de l'organisation sp&#233;cifique est intimement li&#233; aux grandes mutations d&#233;coulant de l'&#233;volution scientifique et technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, des modifications nombreuses sont intervenues au fil des ann&#233;es. Elles ont trouv&#233; leur traduction dans les statuts de la CGT et des organisations conf&#233;d&#233;r&#233;es par touches successives et significatives avec, &#224; certains moments, des transformations importantes. Ce rappel pour sommaire qu'il soit, devrait permettre d'aborder le pr&#233;sent avec plus encore de lucidit&#233; et de r&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme et les conditions actuelles de la lutte&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les cons&#233;quences de la crise, la politique d'ensemble mise en &#339;uvre par le pouvoir et le patronat, la centralisation des d&#233;cisions allant de pair avec un autoritarisme accru du pouvoir comme du patronat entra&#238;nent l'obligation pour les organisations de la CGT de s'adapter &#224; cette situation nouvelle. En effet, le mouvement syndical a &#233;t&#233; fondamentalement con&#231;u par les travailleurs en r&#233;ponse &#224; l'exploitation patronale et aux formes qu'elle pouvait rev&#234;tir &#224; un moment donn&#233; de l'&#233;volution du syst&#232;me capitaliste. Il doit donc s'adapter en permanence aux &#233;volutions qui se produisent et tenir compte de ce qui se passe du c&#244;t&#233; de l'adversaire de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout prend naissance &#224; l'entreprise, et tout y aboutit. Cela signifie que la pr&#233;occupation permanente, primordiale de la toute la CGT, c'est l'enracinement du syndicat sur ce lieu d'affrontement original qu'est le lieu de travail, l'entreprise. Pour r&#233;aliser cet objectif fondamental, il importe que toutes les structures de la CGT s'am&#233;liorent, se renouvellent, s'enrichissent en fonction des n&#233;cessit&#233;s de notre &#233;poque. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de nous adapter comme la CGT a su le faire &#224; chaque &#233;tape de son histoire et de nous livrer &#224; un examen sans complaisance sur ce qui va et ce qui ne va plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes de grande ampleur men&#233;es, ces derni&#232;res ann&#233;es, par exemple par les sid&#233;rurgistes, les travailleurs d'Alsthom, ceux d'autres professions ont d&#233;montr&#233; que seul l'effort conjugu&#233; des structures professionnelles et interprofessionnelles, du syndicat d'entreprise &#224; la f&#233;d&#233;ration nationale, en passant par l'union locale, l'union d&#233;partementale, la r&#233;gion et la plupart du temps avec l'aide de la Conf&#233;d&#233;ration, permet aux luttes d'atteindre le maximum d'efficacit&#233;. Ces exp&#233;riences montrent qu'aucune structure, quels que soient ses moyens, ne peut, &#224; elle seule, r&#233;pondre aux besoins de la lutte dans tous ses aspects. Elles mettent en lumi&#232;re le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant de certaines de ces structures, le caract&#232;re inadapt&#233; de certaines autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bataille pour la syndicalisation, pour le renforcement de la CGT, l'essentiel de l'effort en direction des entreprises inorganis&#233;es a repos&#233; le plus souvent sur les organisations interprofessionnelles et notamment les unions locales. L'union locale a ainsi d&#233;montr&#233; toute son efficacit&#233;, dans ce domaine comme aupr&#232;s des entreprises o&#249; la CGT est d&#233;j&#224; organis&#233;e. N'est-ce pas un &#233;l&#233;ment de r&#233;flexion concernant le r&#244;le, la place et la forme de certaines structures professionnelles, non pour en contester formellement le r&#244;le et l'existence, mais pour se livrer &#224; l'effort d'adaptation indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre des salari&#233;s cro&#238;t, des secteurs nouveaux se d&#233;veloppent, de nombreuses entreprises s'implantent dans de nouvelles zones industrielles qui sont trop souvent des d&#233;serts syndicaux. Cela pose, sous un angle nouveau, la place des unions locales et leur activit&#233;. Au niveau des industries, de profondes mutations sont intervenues ou sont en cours. Certaines branches ou professions se rapprochent ou s'interp&#233;n&#232;trent, d'autres &#233;voluent de fa&#231;on divergente. Ces r&#233;alit&#233;s ont amen&#233; certaines f&#233;d&#233;rations &#224; se regrouper, d'autres &#224; se d&#233;centraliser, de nouvelles f&#233;d&#233;rations se sont cr&#233;&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; toutes les mutations qui se produisent au niveau de la production, des services, des administrations et entreprises nationalis&#233;es, les organisations de la CGT s'efforcent de r&#233;pondre par les &#233;volutions indispensables. Mais est-ce toujours r&#233;alis&#233; &#224; temps, comme il le faut, &#224; partir d'une r&#233;flexion sur le type nouveau de rapports &#224; instaurer entre organismes professionnels et interprofessionnels en vue de d&#233;ployer de fa&#231;on concert&#233;e toutes les forces militantes afin d'occuper le terrain pour conqu&#233;rir de nouvelles zones d'influence et ancrer de solides bases organis&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion doit prendre pleinement en compte la volont&#233; des travailleurs d'&#234;tre partie prenante des d&#233;cisions qui les concernent. Les &#233;volutions n&#233;cessaires au niveau des structures syndicales doivent stimuler la pratique d'une activit&#233; syndicale encore plus d&#233;mocratique, &#171; collant &#187; &#224; la vie des travailleurs. Elles doivent favoriser la lutte pour permettre la libre expression des salari&#233;s sur tout ce qui touche &#224; la vie au travail comme sur les revendications qui en d&#233;coulent, aider &#224; la cr&#233;ation des conseils d'ateliers rassemblant les travailleurs d'un m&#234;me bureau, atelier, service afin qu'ils puissent effectivement s'exprimer, d&#233;cider, donner plus de force &#224; leur action.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'entreprise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise constitue une entit&#233; avec son &#233;tat-major patronal et sa politique. Les travailleurs ont donc besoin &#224; ce niveau d'un outil syndical apte &#224; saisir cette politique, &#224; la bien combattre. Diriger l'activit&#233; syndicale au niveau de l'entreprise, c'est susciter les initiatives et contribuer &#224; faire prendre en main, par les int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes, la d&#233;fense de leurs propres revendications. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patronat s'emploie &#224; restructurer l'entreprise de mani&#232;re &#224; recr&#233;er un cadre plus propice &#224; la productivit&#233; et &#224; la communication des id&#233;es de collaboration de classes. Ces &#233;volutions, voire m&#234;me ces transformations, appellent de notre part :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; une tr&#232;s grande attention et une analyse approfondie de ce qui &#233;volue dans le proc&#232;s du travail ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; une recherche constante dans les formes d'organisation &#224; l'entreprise pour r&#233;pondre efficacement aux r&#244;les et responsabilit&#233;s du syndicat vis-&#224;-vis des salari&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Les conditions de la lutte &#224; l'entreprise ont chang&#233;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#233;l&#233;ration du processus de concentration notamment dans les secteurs n&#233;cessitant des investissements de capitaux importants (telles par exemple la construction automobile, la sid&#233;rurgie, la construction navale, l'a&#233;ronautique, la chimie, etc.) a eu pour cons&#233;quence directe la constitution d'unit&#233;s de production de grande taille regroupant quelquefois plusieurs dizaines de milliers de salari&#233;s. Parall&#232;lement, des activit&#233;s annexes &#224; la production monopoliste se sont d&#233;velopp&#233;es principalement dans le secteur tertiaire pr&#233;sentant le double caract&#232;re d'une concentration de moyens financiers, techniques et humains, d'un d&#233;veloppement d'agences, de r&#233;seaux de commercialisation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence d'un fort secteur public et nationalis&#233; et d'administrations relevant de l'appareil d'&#201;tat donne aux &#233;tablissements de ces secteurs la caract&#233;ristique d'&#234;tre &#224; la fois dispers&#233;s g&#233;ographiquement et soumis &#224; une structure et &#224; des pouvoirs centralis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour des raisons historiques, et aussi les besoins de la production monopoliste, la plus grande partie de l'activit&#233; &#233;conomique et industrielle se r&#233;alise dans les entreprises de petite et moyenne dimension, de plus en plus d&#233;pendantes des groupes monopolistes.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Les travailleurs &#171; hors statut &#187;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle cat&#233;gorie de salari&#233;s tend &#224; se d&#233;velopper : les contractuels, les auxiliaires, les int&#233;rimaires, les vacataires, dont l'int&#233;r&#234;t aux yeux du patronat r&#233;side dans le fait qu'ils sont pratiquement exclus du champ d'application des dispositions conventionnelles ou statutaires qui s'appliquent aux autres travailleurs. Soumis sans d&#233;fense &#224; la loi du patronat, ils constituent une main-d'&#339;uvre particuli&#232;rement exploit&#233;e et de surcro&#238;t utilis&#233;e pour remettre en cause les droits des autres salari&#233;s. Dans tous les cas, la CGT &#224; l'entreprise doit les consid&#233;rer comme des salari&#233;s &#224; part enti&#232;re, donc les organiser, saisir leurs revendications, les appeler &#224; la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les int&#233;rimaires, l'action peut s'engager sur deux plans :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#224; l'int&#233;rieur de l'entreprise pour les effectifs permanents correspondant aux charges normales de travail ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; vers les soci&#233;t&#233;s d'int&#233;rim et le syndicat national dans la lutte pour une convention collective nationale.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons, de ce point de vue, ignorer certaines r&#233;alit&#233;s ainsi que la tendance affirm&#233;e du patronat et du gouvernement &#224; d&#233;velopper le nombre de travailleurs &#171; hors statut &#187; dans le but de combattre, voire m&#234;me liquider les conventions collectives et statuts. Cette lutte se pose donc en termes de solidarit&#233;, de convergence d'int&#233;r&#234;ts par opposition &#224; un comportement de l'adversaire qui exploite l'opposition entre salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Mettre l'organisation syndicale au plus pr&#232;s des travailleurs&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Leur solution se heurte cependant &#224; des obstacles r&#233;els : crainte de disperser, par une activit&#233; d&#233;centralis&#233;e, des forces jug&#233;es insuffisantes, propension &#224; d&#233;cider de tout &#224; l'&#233;chelle de l'entreprise, difficult&#233;s r&#233;elles n&#233;es des horaires de travail multiples, des diversit&#233;s de qualification, isolement des diff&#233;rents secteurs de production, etc. Or, l'efficacit&#233; de la CGT, son renforcement d&#233;pendent avant tout de la prise en compte des pr&#233;occupations quotidiennes des travailleurs qui naissent dans l'entourage imm&#233;diat de leur poste de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus les structures syndicales seront proches des travailleurs, anim&#233;es par des militants vivant au milieu d'eux, connaissant les m&#234;mes difficult&#233;s et proposant les solutions de la CGT, plus l'organisation &#224; l'entreprise se renforcera. La notion d'atelier ou de service recouvre, selon les entreprises ou administrations des r&#233;alit&#233;s diverses ; la r&#233;partition des forces organis&#233;es est souvent in&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation syndicale doit &#234;tre adapt&#233;e &#224; ces r&#233;alit&#233;s. Non pas de mani&#232;re rigide ou abstraite mais en tenant compte de ce qui bouge et &#233;volue dans l'entreprise. Peu importe la forme que peut rev&#234;tir la structure syndicale : section, collectif, &#233;quipe, groupe de syndiqu&#233;s, l'essentiel &#233;tant de disposer d'un outil adapt&#233; au terrain &#224; couvrir et capable de coller aux r&#233;alit&#233;s v&#233;cues quotidiennement par les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc d'implanter et de faire vivre de multiples foyers d'activit&#233; syndicale au sein de l'entreprise, structur&#233;s autour des &#233;lus, des militants, des syndiqu&#233;s, voire m&#234;me des sympathisants de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#244;le des &#233;lus&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lus et mandat&#233;s sont des militants &#224; part enti&#232;re de l'organisation, bien qu'ayant des responsabilit&#233;s particuli&#232;res. Quel que soit leur mandat &#233;lectif, ils ont &#224; participer concr&#232;tement &#224; l'activit&#233; du syndicat dans l'entreprise. Par leur fonction qu'ils tiennent de la confiance des travailleurs, ils sont souvent des militants les plus en vue dans l'entreprise, et de ce fait, constituent une grande richesse pour la mise en &#339;uvre d'une activit&#233; au plus pr&#232;s des salari&#233;s. Leur activit&#233; doit &#234;tre intimement li&#233;e &#224; la vie et aux orientations de l'organisation dont ils doivent recevoir l'aide pour l'accomplissement de leur mandat. Celle-ci, en retour, b&#233;n&#233;ficiera de leur exp&#233;rience et comp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;L'unit&#233; d'action&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;La pluralit&#233; syndicale demeure une r&#233;alit&#233; de notre pays, au moins pour une assez longue p&#233;riode. La CGT ne se r&#233;signe pas &#224; cet &#233;tat de fait. Dans ces conditions la recherche de l'unit&#233; d'action est une pr&#233;occupation constante du syndicat &#224; l'entreprise pour donner aux luttes revendicatives les meilleures chances de succ&#232;s. La r&#233;alisation de l'unit&#233; d'action d&#233;pend, pour une large part, de la force organis&#233;e et du travail de masse de la CGT &#224; l'entreprise afin que les travailleurs p&#232;sent d'un poids d&#233;cisif. L'unit&#233; des travailleurs pour la lutte constitue l'objectif prioritaire, quelle que soit par ailleurs l'attitude de nos partenaires syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle implique pour le syndicat CGT :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; la recherche de positions communes avec les autres organisations syndicales, ce qui n'exclut pas le droit de critique et d'expression propre de la CGT ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'information aux travailleurs pour qu'ils soient partie prenante tout au long des discussions, qu'ils puissent intervenir pour imposer le respect des engagements pris ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la clart&#233; des objectifs sur des bases de lutte.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Des syndicats forts&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Une organisation syndicale efficace, v&#233;ritable foyer et moteur de l'activit&#233; revendicative, ne peut reposer sur une minorit&#233; de travailleurs. Accro&#238;tre la capacit&#233; d'action du syndicat, son aptitude &#224; unir et faire agir les diff&#233;rentes cat&#233;gories ou couches de salari&#233;s, passent prioritairement par le recrutement &#224; la CGT de ces travailleurs et travailleuses encore en marge de la vie syndicale. Il ne peut y avoir une pleine d&#233;mocratie si l'action syndicale ne repose que sur une minorit&#233; de syndiqu&#233;s. Ceci implique l'organisation minutieuse du recrutement en liaison &#233;troite avec toute l'activit&#233; syndicale. Notre d&#233;marche pour une syndicalisation de masse constitue un des axes fondamentaux de l'activit&#233; syndicale &#224; l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui pr&#233;c&#232;dent peuvent s'appliquer, au-del&#224; des diversit&#233;s, au plus grand nombre d'entreprises des diff&#233;rentes branches professionnelles des secteurs priv&#233;, public et nationalis&#233;. Il demeure cependant un probl&#232;me particulier aux tr&#232;s nombreuses petites et moyennes entreprises. L'existence d'un syndicat local regroupant ces entreprises par branches, demeure souvent la solution la plus appropri&#233;e pour permettre l'implantation syndicale et son soutien. Son r&#244;le consiste &#224; animer et soutenir l'activit&#233; syndicale dans chacune de ces entreprises, en liaison &#233;troite avec l'union locale et &#224; s'efforcer que les sections des entreprises les plus importantes prennent la dimension de v&#233;ritables syndicats par leurs moyens et leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les unions locales&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes encore loin, malgr&#233; les succ&#232;s et progr&#232;s enregistr&#233;s, d'avoir tiss&#233; le r&#233;seau d'Unions locales, actives et dynamiques couvrant efficacement le territoire. De nombreuses villes en sont encore d&#233;pourvues et un trop grand nombre de celles qui existent sont loin de remplir ou de pouvoir atteindre le r&#244;le qui leur est d&#233;volu. Si le mouvement syndical, dans son ensemble, a mieux pris conscience du travail important, parfois d&#233;cisif qu'elles accomplissent, cette conviction n'est pas toujours suivie de mesures concr&#232;tes de la part des autres structures de la CGT. Cependant, les conditions actuelles du combat de classe et l'exp&#233;rience des r&#233;centes ann&#233;es permettent raisonnablement d'entreprendre les corrections qui s'imposent dans l'activit&#233; des Unions locales tout en multipliant leur nombre, afin de faciliter une intervention efficace vers les entreprises sur la base d'un secteur g&#233;ographique toujours plus accessible. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Unions locales r&#233;alisent, dans un contexte et avec des moyens nouveaux, l'aspiration encore confuse des fondateurs des premi&#232;res Bourses du Travail : rassembler les travailleurs sur leur localit&#233;, tisser entre eux des liens &#233;troits de solidarit&#233; et de lutte face aux patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque action revendicative prend, dans le contexte actuel de la crise, une dimension qui d&#233;passe l'entreprise concern&#233;e. Nombreux sont les exemples de lutte dont les r&#233;percussions, les r&#233;sonances sont importantes, non seulement dans les autres usines ou secteurs d'activit&#233; de la localit&#233;, mais souvent au-del&#224;. Chaque br&#232;che ouverte dans le mur patronal et gouvernemental est une victoire, non seulement pour ceux qui ont agi, mais aussi pour les autres salari&#233;s de quelques secteurs qu'ils soient, chaque lutte est un coup port&#233; &#224; la politique d'aust&#233;rit&#233;, de r&#233;pression sociale, d'atteinte aux libert&#233;s et droits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela doit entra&#238;ner une r&#233;flexion nouvelle sur la solidarit&#233; et l'interd&#233;pendance des luttes. Toute restructuration, toute fermeture d'entreprise affecte le tissu industriel local, toute lutte peut &#234;tre exemplaire, jouer un r&#244;le positif ou n&#233;gatif &#224; l'&#233;gard des entreprises voisines, tout succ&#232;s les encourage &#224; agir, mais toute disparit&#233; de salaires peut &#234;tre exploit&#233;e contre d'autres, toute atteinte aux libert&#233;s laiss&#233;e sans r&#233;ponse, toute attaque impunie contre les militants peuvent nourrir chez les patrons la tentation de g&#233;n&#233;raliser les m&#233;thodes de r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune indiff&#233;rence ne peut se justifier &#224; l'&#233;gard de ce qui se passe dans l'entreprise voisine, &#224; l'&#233;gard de l'absence de syndicat, de l'insuffisance d'organisation, de la non-participation &#224; l'action syndicale. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Les villes moyennes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t port&#233; aux Unions locales des grandes villes, &#224; celles des villes o&#249; si&#232;ge l'Union d&#233;partementale, ne doit pas estomper les efforts &#224; poursuivre pour doter toutes les villes moyennes d'une structure locale interprofessionnelle. Dans certaines de ces villes, nos Unions locales ont de solides et anciennes traditions de luttes et d'organisation, &#224; partir desquelles la conception et le style de travail peuvent &#234;tre perfectionn&#233;s. Mais trop nombreuses encore, sont les localit&#233;s d&#233;pourvues d'Unions locales. Il s'agit, en ce cas, de gagner les sections syndicales et les syndicats &#224; la n&#233;cessit&#233; de constituer une Union locale active, point d'appui &#224; leur activit&#233; permettant de concentrer et coordonner les efforts des F&#233;d&#233;rations et des UD en direction des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;La CGT au village&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Petites localit&#233;s et villages ne comportent g&#233;n&#233;ralement qu'un petit nombre de salari&#233;s. La CGT ne peut cependant &#234;tre absente. Il n'est pas rare que des militants d'entreprise y r&#233;sident, que des retrait&#233;s s'y soient install&#233;s. Il n'est pas impossible de concevoir qu'avec l'aide de l'Union locale la plus proche, ces militants constituent un petit collectif, destin&#233; &#224; faire conna&#238;tre la CGT, &#224; assurer des permanences, et dans bien des cas de permettre aux ouvriers agricoles isol&#233;s de se renseigner, de s'organiser. La pr&#233;sence de la CGT partout, c'est y compris la mise en place de correspondants dans les plus petites bourgades&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelques r&#233;flexions actuelles &#224; partir de ce passage : &#171; La CGT au village ! (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avons-nous les possibilit&#233;s d'adapter notre travail et nos formes d'organisation &#224; tous ces changements, et parfois &#224; ces bouleversements. Certes oui ! Nous connaissons aujourd'hui avec plus d'exactitude le rapport des forces syndicales dans la localit&#233;, voire pour certaines entreprises. On mesure avec pr&#233;cision le d&#233;calage existant entre nos forces organis&#233;es et l'influence de la CGT, les immenses possibilit&#233;s de renforcement de notre organisation, les secteurs entiers o&#249; la CGT est absente et cependant influente. Ce probl&#232;me du rapport des forces est &#233;videmment d&#233;cisif pour le succ&#232;s des luttes, le d&#233;veloppement de l'unit&#233; d'action.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Accro&#238;tre les moyens et l'efficacit&#233; des Unions locales&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il existe un d&#233;calage entre les moyens des Unions locales et les responsabilit&#233;s et t&#226;ches qui sont les leurs aujourd'hui. En maints endroits, on peut parler d'indigence. Comment leur donner les moyens de leur activit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience grandissante chez les militants, les syndicats, sections syndicales du besoin imp&#233;rieux d'une Union locale, l'autorit&#233; qu'elle a su faire grandir gr&#226;ce &#224; une activit&#233; efficace nous permettent de progresser. Le r&#244;le croissant du mouvement syndical dans le monde d'aujourd'hui, la complexit&#233; et la diversit&#233; des t&#226;ches qu'il doit assumer ne s'accommodent pas d'Unions locales o&#249; le travail repose sur un militant isol&#233;, aussi capable et exp&#233;riment&#233; soit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie d'une Union locale, c'est l'affaire, la responsabilit&#233; des organisations syndicales qui la composent, m&#234;me si les autres structures de la CGT jouent un r&#244;le dans ce domaine. Comme toute autorit&#233;, celle d'une UL ne s'impose pas, elle se gagne. Une bonne activit&#233; au service de l'entreprise, des travailleurs d'une m&#234;me localit&#233;, incitera les militants &#224; prendre leurs responsabilit&#233;s au sein de l'Union locale. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces bases l'Union locale ne sera plus consid&#233;r&#233;e seulement comme le lieu de renseignements juridiques, ou d'aide sporadique lorsque des difficult&#233;s surgissent, mais comme un centre de r&#233;flexion collective o&#249; chaque organisation, petite ou grande, d&#233;termine les axes prioritaires de l'activit&#233; syndicale. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur l'orientation, l'animation du travail collectif sont des pr&#233;occupations essentielles pour le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Mais il doit &#233;galement veiller &#224; l'application sur le terrain, et entretenir des contacts fr&#233;quents avec les syndicats ou sections d'entreprise. Certains organismes de direction (CE, Bureau, Secr&#233;tariat) sont marqu&#233;s d'une certaine lourdeur. La multiplication des r&#233;unions constitue un handicap pour &#234;tre au plus pr&#232;s des travailleurs et consacrer l'essentiel de son temps &#224; l'application de cette orientation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet esprit elle d&#233;veloppe son activit&#233; et prend ses propres initiatives en toute autonomie. Pour cela, elle a besoin d'une r&#233;elle ind&#233;pendance financi&#232;re qui la soustrait &#224; l'&#233;tat &#171; d'organisation assist&#233;e &#187;. C'est dans cet esprit que le 40&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s a modifi&#233; les statuts et inclus la notion d'une cotisation obligatoire vers&#233;e aux UL par les syndicats et sections syndicales la composant. L'application de cet article ne peut se d&#233;tacher d'une bataille constante pour une plus grande compr&#233;hension du r&#244;le de l'UL, le renforcement et l'augmentation des bases organis&#233;es, un collectage r&#233;gulier des cotisations, la mise en &#339;uvre et la g&#233;n&#233;ralisation des formes nouvelles de perception des cotisations, et le respect d'une cotisation &#224; 1 % du salaire, l'instauration d'une nouvelle politique financi&#232;re r&#233;partissant judicieusement la cotisation syndicale entre les diff&#233;rentes structures. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UD qui a le souci de l'activit&#233; intense d'un grand nombre d'UL aidera les syndicats, sections syndicales &#224; de doter des unions locales correspondant &#224; leurs besoins, en m&#234;me temps qu'elle facilitera l'&#233;change d'exp&#233;riences r&#233;gulier entre les diverses unions locales de son d&#233;partement. Elle veillera &#224; une constante &#233;volution et adaptation de l'UL &#224; un terrain &#233;conomique et social mouvant. L'union locale entretient avec l'union d&#233;partementale des rapports privil&#233;gi&#233;s. C'est cette derni&#232;re qui, avec le syndicat et les sections syndicales int&#233;ress&#233;es, veille &#224; leur mise en place, porte une attention soutenue aux militants qui les dirigent en les aidant, les conseillant et en faisant toutes propositions visant &#224; la fois aux n&#233;cessaires renouvellements et &#224; la relative stabilit&#233; indispensable pour la connaissance du terrain et l'exp&#233;rience de direction.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les unions d&#233;partementales&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite d'une telle conception exige que l'ensemble de l'outil de travail que se donne l'union d&#233;partementale soit con&#231;u pour &#234;tre au service de la lutte &#224; l'entreprise. Son efficacit&#233; et sa &#171; rentabilit&#233; &#187; en d&#233;pendent. Qu'il s'agisse de la direction &#233;lue de l'union d&#233;partementale, de ses diff&#233;rents collectifs de travail ou de ses moyens d'action particuliers tels la commission d&#233;partementale des ICT ou le centre d&#233;partemental de la jeunesse. &#171; TOUT POUR L'ENTREPRISE &#187; ne signifiant nullement assistance &#224; son syndicat, mais au contraire, en posant avec force la n&#233;cessit&#233; que celui-ci joue son r&#244;le fondamental de v&#233;ritable colonne vert&#233;brale de la CGT. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, chaque lutte rev&#234;t &#224; la fois un caract&#232;re professionnel et interprofessionnel. De ce fait, les UD, les f&#233;d&#233;rations et leurs organisations de coordination professionnels se doivent de travailler ensemble. Cela doit conduire :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; chaque UD &#224; adapter son programme d&#233;partemental d'action en fonction des dominantes professionnelles et de leur &#233;volution et en tenant compte du programme des f&#233;d&#233;rations et de l'existence d'organismes de coordination charg&#233;s d'impulser l'activit&#233; f&#233;d&#233;rale en direction des syndicats d'une m&#234;me branche.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; chaque f&#233;d&#233;ration &#224; prendre en compte dans la mise en &#339;uvre de son programme d'action la r&#233;alit&#233; de chaque d&#233;partement, la situation d&#233;partementale de sa branche et celles de ses syndicats dans leur contexte local, d&#233;partemental et r&#233;gional en veillant &#224; ce que les organismes de coordination, l&#224; o&#249; ils existent, constituent un moyen de collaboration et non un &#233;cran entre la f&#233;d&#233;ration, l'UD et les syndicats.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Agir comme cela suppose rencontres, &#233;changes permettant &#224; chacun de mieux se conna&#238;tre, se comprendre et de s'associer aux initiatives que prend l'autre structure. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en commun d'un certain nombre de moyens, aujourd'hui dispers&#233;s, faisant double emploi ou inefficaces parce que isol&#233;s. C'est le cas pour certains secteurs d'activit&#233; (questions &#233;conomiques, recherche, histoire, informatique, moyens de communication, etc.). Les diff&#233;rents secteurs d'activit&#233; aupr&#232;s de la direction conf&#233;d&#233;rale ont permis d'aller de l'avant de fa&#231;on cons&#233;quente. Aujourd'hui, les UD sont en mesure de proc&#233;der, pour la plupart d'entre elles, &#224; la mise en place de secteurs &#233;quivalents &#224; leur niveau, ce qui implique la recherche d'une autre fa&#231;on de travailler plus collective et profitable &#224; l'ensemble du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les Comit&#233;s r&#233;gionaux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un juste &#233;quilibre doit &#234;tre tenu entre la fonction de lutte qu'assume essentiellement la r&#233;gion et celle qui consiste &#224; repr&#233;senter la CGT dans tous les organismes officiels. Si l'accent est mis sur le second aspect, le r&#244;le et l'utilit&#233; de la r&#233;gion s'obscurcissent. Elle appara&#238;t comme une structure lointaine cantonn&#233;e dans un r&#244;le strictement &#171; &#233;conomiste &#187; au sens &#233;troit du terme, voire &#171; parlementariste &#187;. Son intervention dans les organismes officiels doit donc &#234;tre con&#231;ue prioritairement comme le prolongement des luttes ou le reflet des pr&#233;occupations essentielles des salari&#233;s. &#192; tous les niveaux, pourvoir et patronat s'efforcent d'enfermer nos militants, nos repr&#233;sentants dans des discussions parfois longues et st&#233;riles. Ces pratiques sont subtiles et habilement pr&#233;sent&#233;es. Elles font partie d'une strat&#233;gie de l'int&#233;gration, de la marche vers la r&#233;alisation du &#171; consensus &#187; et s'observent aussi au niveau de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La f&#233;d&#233;ration&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;d&#233;ration a sa source et ses racines dans l'entreprise. Elle unit les travailleurs &#224; partir de leur activit&#233; &#233;conomique ou administrative, en fonction des acquis en mati&#232;re de conventions collectives et de statut, et sur la base de leurs luttes communes pour la d&#233;fense de l'outil de travail, de l'emploi, des revendications, des libert&#233;s. Pendant toute une p&#233;riode, elle a pu faire face &#224; ces responsabilit&#233;s par une activit&#233; essentiellement situ&#233;e sur le terrain professionnel. Est-ce toujours possible de nos jours, compte tenu de la monopolisation et de l'internationalisation de la production ?&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Les unions professionnelles locales&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Afin de mieux cerner les conceptions de la f&#233;d&#233;ration aujourd'hui, il convient d'examiner le r&#244;le des diverses coordinations locales d'industries ou de branches. Celles-ci sont bien diff&#233;rentes selon l'&#233;volution historique des f&#233;d&#233;rations, l'importance num&#233;rique et le r&#244;le des branches industrielles concern&#233;es &#224; l'&#233;chelle du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs avantages et inconv&#233;nients sont communs &#224; toutes les f&#233;d&#233;rations, qu'ils s'agissent de coordinations r&#233;gionales, d&#233;partementales ou locales. &#192; l'origine, elles avaient toutes pour but de d&#233;centraliser l'activit&#233; f&#233;d&#233;rale afin d'&#234;tre au plus pr&#232;s des travailleurs. Or, cet objectif n'a-t-il pas &#233;t&#233; contourn&#233; par la vie et les &#233;v&#232;nements ? Ce qui am&#232;ne le constat suivant :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; certaines de ces structures ne se sont-elles pas d&#233;velopp&#233;es au point de g&#233;rer les contacts directs entre f&#233;d&#233;rations, UD et syndicats, formant ainsi un v&#233;ritable &#233;cran ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; pourvues parfois de lourds organismes de direction, elles tendent &#224; tirer l'activit&#233; des militants hors de l'entreprise et &#224; se comporter trop souvent comme des super-syndicats, ce qui entrave l'&#233;panouissement de la d&#233;mocratie syndicale, la cr&#233;ation de v&#233;ritables syndicats d'entreprises.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Des cotisations pouvant devenir tr&#232;s importantes y sont consacr&#233;es. Cela repr&#233;sente un potentiel humain et mat&#233;riel qui peut faire d&#233;faut &#224; la f&#233;d&#233;ration comme &#224; l'UD et &#224; l'Union locale ou m&#234;me &#224; l'entreprise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi prennent naissance et se d&#233;veloppent dans le temps de v&#233;ritables structures qui constituent un p&#244;le d'attraction pour les syndicats, forment un point de passage oblig&#233; pour tout ce qui &#233;mane de la f&#233;d&#233;ration comme de l'interprofessionnel. Elles risquent alors de r&#233;duire &#224; la seule vue &#171; corporative &#233;troite &#187; l'ensemble des probl&#232;mes pos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place d'une coordination doit assurer un d&#233;veloppement de l'activit&#233; et de l'implantation de la CGT, r&#233;pondre &#224; la structure mise en place par l'adversaire et repr&#233;senter un moyen n&#233;cessaire de la lutte. Tout d&#233;pend du r&#244;le qu'elle joue et de la conception qu'ont les militants de ces moyens pour l'action. Qu'elles naissent en fonction des besoins de l'action ou qu'elles existent de longue date, les coordinations et les Unions professionnelles ne sont pas &#224; remettre syst&#233;matiquement en cause. Il s'agit plut&#244;t de proc&#233;der &#224; un examen pr&#233;cis de leur r&#244;le et de leurs moyens en rapport avec ce qui est n&#233;cessaire pour la lutte &#224; l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Les agents de l'&#201;tat&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat dans la CGT sur le f&#233;d&#233;ralisme aujourd'hui devrait conduire le mouvement syndical des fonctionnaires &#224; s'en saisir pleinement pour favoriser une r&#233;flexion de masse en son sein sur ses propres mutations, devenues indispensable au stade actuel de son &#233;volution. La communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts grandissant face &#224; une politique identique de l'&#201;tat-patron s'appliquant aux agents de l'&#201;tat, &#224; ceux des PTT, mais aussi aux personnels communaux et hospitaliers, a cr&#233;&#233; les conditions objectives notamment &#224; partir de 1968 d'une coop&#233;ration permanente, &#233;troite, bien qu'informelle et sans structure organis&#233;e, entre l'UGFF et les f&#233;d&#233;rations des PTT, de la Sant&#233;, des services publics constituant le &#171; secteur public &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Les rapports entre f&#233;d&#233;rations et structures d&#233;partementales&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;La CGT existe pour la lutte. Elle l'impulse, mobilise les salari&#233;s dans l'entreprise et hors de l'entreprise pour cr&#233;er le rapport de forces indispensable afin d'imposer reculs et changements face &#224; la politique &#233;conomique et sociale de l'adversaire. La crise, produit du syst&#232;me, et dont se nourrit le grand capital frappe de plein fouet l'entreprise et produit ses effets en premier lieu au niveau de la profession. Cependant, les entreprises, les branches d'activit&#233; dont elles rel&#232;vent ne peuvent ignorer les cons&#233;quences locales, d&#233;partementales, r&#233;gionales qui donnent ainsi aux luttes le caract&#232;re interprofessionnel de plus en plus marqu&#233;. Il s'ensuit la n&#233;cessit&#233; d'une multiplication, d'une diversification des initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais leur efficacit&#233; d&#233;pend avant de la capacit&#233; du mouvement syndical &#224; saisir cette diversit&#233; pour cr&#233;er la convergence, le rassemblement &#224; tous les niveaux. Dans ce cadre, les rapports entre les f&#233;d&#233;rations et les structures interprofessionnelles doivent n&#233;cessairement &#233;voluer dans leur conception et leur contenu. Ind&#233;pendamment des informations r&#233;ciproques, des contacts ponctuels, c'est toute une d&#233;marche qu'il convient d'imprimer au niveau de la direction permanente comme de tous les militants ayant des responsabilit&#233;s &#224; la f&#233;d&#233;ration. La marche du 23 mars, les &#233;lections prud'homales sont des exp&#233;riences enrichissantes. Ce qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; pour de telles initiatives doit trouver un prolongement pour devenir une pratique permanente dans les luttes. Une avanc&#233;e significative qui va dans le sens de cette d&#233;marche est &#224; noter avec la coop&#233;ration de dirigeants de f&#233;d&#233;rations vers des unions locales pour le parrainage des entreprises o&#249; la CGT n'est pas implant&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Multinationales et travail interf&#233;d&#233;ral&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;L'existence et le d&#233;veloppement des soci&#233;t&#233;s multinationales pose de son c&#244;t&#233; un probl&#232;me de coordination interf&#233;d&#233;rale particuli&#232;rement important et appelant des initiatives conf&#233;d&#233;rales. Si nous prenons comme exemple St-Gobain (160 000 salari&#233;s, 134 soci&#233;t&#233;s dans 17 pays) nous nous trouvons en face d'une multinationale que couvre la Construction, le P&#233;trole, l'&#201;lectronique, le Verre, les Industries chimiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un examen attentif de la politique et du domaine d'intervention de ce monopole int&#233;resse au minimum neuf f&#233;d&#233;rations. Tout en sachant qu'il n'y a rien d'immuable et que ces soci&#233;t&#233;s &#233;voluent sans cesse, il faut, sans vouloir uniformiser, unifier &#224; tout prix, s'interroger sur la coordination qui s'av&#232;re indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La conf&#233;d&#233;ration&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les nombreux d&#233;bats pr&#233;paratoires au 40&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s ont refl&#233;t&#233; l'aspiration des travailleurs &#224; participer aux grandes d&#233;cisions qui les concernent. Il reste encore &#224; am&#233;liorer la pr&#233;paration et la meilleure prise en compte imm&#233;diate, par les syndicats, des d&#233;cisions qu'ils ont eux-m&#234;mes adopt&#233;es. Il reste &#233;galement &#224; am&#233;liorer les conditions dans lesquelles les votes s'expriment au congr&#232;s, et la fa&#231;on dont il est rendu compte aux syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur sa trajectoire, lire sa notice Maitron, &lt;a href=&#034;https://maitron.fr/warcholak-michel/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Le Peuple&lt;/i&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 1089 du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 15 ao&#251;t 1980, sous le titre &#171; Les structures conf&#233;d&#233;rales. Projet soumis &#224; la discussion des organisations conf&#233;d&#233;r&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le d&#233;montrent les sociologues Thierry Baudouin et Mich&#232;le Collin dans un ouvrage publi&#233; en 1983, intitul&#233; &lt;i&gt;Le contournement des forteresses ouvri&#232;res : pr&#233;carit&#233; et syndicalisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quelques r&#233;flexions actuelles &#224; partir de ce passage : &#171; La CGT au village ! &#187;, &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/la-cgt-au-village' class=&#034;spip_in&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.syndicalistes.org/IMG/pdf/rapport_warcholak.pdf" length="1177469" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Face &#224; la menace de l'extr&#234;me droite, des finances syndicales bien fragiles</title>
		<link>https://www.syndicalistes.org/face-a-la-menace-de-l-extreme-droite-des-finances-syndicales-bien-fragiles</link>
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		<dc:date>2026-03-08T18:46:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Baptiste, Michel</dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>Politique financi&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que la menace fasciste se fait toujours plus pressante, les ressources des syndicats de luttes proviennent toujours majoritairement de l'ext&#233;rieur : dialogue social, subventions&#8230; autrement dit, de fonds qu'un pouvoir politique hostile pourrait fermer d'un claquement de doigts. Nos organisations se trouvent donc dans une situation de grande vuln&#233;rabilit&#233; financi&#232;re, et pourtant cela n'a pas l'air d'y pr&#233;occuper grand-monde, alors m&#234;me que nous faisons de la lutte contre l'extr&#234;me droite (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/-organisation-s-" rel="directory"&gt;Organisation(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-politique-financiere-+" rel="tag"&gt;Politique financi&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH51/2026-03-02_14-03-1772458526-fbbb9.png?1772995741' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='51' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que la menace fasciste se fait toujours plus pressante, les ressources des syndicats de luttes proviennent toujours majoritairement de l'ext&#233;rieur : dialogue social, subventions&#8230; autrement dit, de fonds qu'un pouvoir politique hostile pourrait fermer d'un claquement de doigts. Nos organisations se trouvent donc dans une situation de grande vuln&#233;rabilit&#233; financi&#232;re, et pourtant cela n'a pas l'air d'y pr&#233;occuper grand-monde, alors m&#234;me que nous faisons de la lutte contre l'extr&#234;me droite un axe central de notre action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cas de la CGT m&#233;tallurgie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Prenons un premier exemple, avec une f&#233;d&#233;ration CGT, celle de la m&#233;tallurgie. C'est un exemple qui n'est pas &#171; extr&#234;me &#187; : c'est une f&#233;d&#233;ration qui fonctionne mieux que d'autres, qui n'est pas paralys&#233;e par des dysfonctionnements internes, etc. Ses effectifs se maintiennent autour de 50 000 adh&#233;rent&#8901;es depuis 2020 (avec une l&#233;g&#232;re hausse, notamment gr&#226;ce &#224; la dynamique de la lutte contre la r&#233;forme des retraites de 2023 qui a engendr&#233; suffisamment d'adh&#233;sions pour compenser les d&#233;parts)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces donn&#233;es sont issues du 43e congr&#232;s de la f&#233;d&#233;ration qui s'est tenu &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cette relative bonne sant&#233;, qui n'est maheureusement pas g&#233;n&#233;rale dans la CGT, est &#224; nuancer avec deux constats : l'absence d'ind&#233;pendance financi&#232;re et la faiblesse du taux moyen de la cotisation pay&#233;e par les adh&#233;rent&#8901;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fragilit&#233; financi&#232;re se mesure par la part du budget financ&#233; par les cotisations syndicales : cette part est pass&#233;e de 26 % en 2020 &#224; 25 % en 2022, puis &#224; 23 % en 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction de la f&#233;d&#233;ration est lucide sur le sujet :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des cotisations est globalement stable ces derni&#232;res ann&#233;es. Cependant, elles repr&#233;sentent d&#233;sormais moins de 25 % de nos ressources totales, un seuil critique qui fragilise notre autonomie financi&#232;re et affaiblit notre capacit&#233; d'action ind&#233;pendante. Ce d&#233;s&#233;quilibre met clairement en p&#233;ril l'ind&#233;pendance politique de notre F&#233;d&#233;ration, en la rendant plus expos&#233;e aux financements ext&#233;rieurs et donc potentiellement &#224; des formes de d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On doit saluer la franchise du constat. Mais pourquoi le seuil &#171; &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; &#187; est-il fix&#233; &#224; 25 % ? Ce ne serait toujours qu'une petite proportion du budget, avec un financement venant pour les trois quarts de sources ext&#233;rieures&#8230; Les cotisations ne sont alors que de l'argent de poche, ou un suppl&#233;ment d'&#226;me, mais le gros du fonctionnement f&#233;d&#233;ral serait encore assur&#233; par des financements externes : cet objectif de 25 % n'assurerait ni l'&#171; &lt;i&gt;autonomie financi&#232;re&lt;/i&gt; &#187; ni l'&#171; &lt;i&gt;ind&#233;pendance politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faible taux d'ind&#233;pendance financi&#232;re (qui est dans la moyenne des organisations syndicales en France) est inqui&#233;tant, mais il est tout aussi inqui&#233;tant de voir que la f&#233;d&#233;ration pense que le probl&#232;me pourrait &#234;tre r&#233;gl&#233; par un simple petit effort de quelques pourcents.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux facteurs d'explication&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce constat ne vaut pas que pour la f&#233;d&#233;ration de la m&#233;tallurgie. La conf&#233;d&#233;ration CGT fait ce m&#234;me constat &#224; chacun de ses congr&#232;s, et ce sera encore le cas lors de son prochain congr&#232;s en juin. Et il vaut plus largement pour tout le syndicalisme, qu'il soit de lutte ou d'accompagnement social.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;La baisse des adh&#233;sions&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le premier facteur, dans cette f&#233;d&#233;ration comme ailleurs, c'est la baisse globale du nombre d'adh&#233;rent&#8901;es depuis 2012. Au niveau conf&#233;d&#233;ral, m&#234;me constat : une p&#233;riode de hausse jusqu'en 2012 (avec un pic &#224; presque 700 000), qui a provoqu&#233; beaucoup de discours d'auto-satisfaction et qui a ainsi masqu&#233; des faiblesses profondes, conduisant ensuite &#224; une baisse continuelle jusqu'&#224; la stabilisation depuis 2023 &#8211; dont rien ne permet de dire si elle sera durable ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poids des financements ext&#233;rieurs, dans l'autre sens, n'incite pas &#224; d&#233;velopper les adh&#233;sions, particuli&#232;rement dans certaines f&#233;d&#233;rations CGT : puisque l'&#233;quilibre financier semble assur&#233;, pourquoi se d&#233;mener pour trouver davantage d'adh&#233;rent&#8901;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les analyses de Karel Yon, &#171; Les r&#233;sistances syndicales au community (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'autant qu'il faudra ensuite s'occuper, qu'iels provoqueront davantage de d&#233;bats en congr&#232;s, etc. ? Alors que dans une organisation dont la survie d&#233;pendrait de ses adh&#233;rent&#8901;es, l'accueil de celles-ci et ceux-ci serait une priorit&#233;, de m&#234;me que p&#233;r&#233;niser leur adh&#233;sion, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Le taux de cotisation&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;En plus du nombre d'adh&#233;rent&#8901;es qui cotisent chaque mois &#224; la CGT, le second &#233;l&#233;ment &#224; prendre en compte est le montant de cette cotisation. Statutairement, cette somme est de 1 % du salaire net mensuel&#8230; mais cette r&#232;gle est loin d'&#234;tre respect&#233;e. Dans la m&#233;tallurgie, secteur qui regroupe un salariat stable loin d'&#234;tre le plus mal pay&#233; (notamment gr&#226;ce &#224; une prime d'anciennet&#233; proportionnelle au nombre d'ann&#233;es dans l'entreprise), la cotisation moyenne est de 12,39 euros&#8230; soit un montant inf&#233;rieur &#224; 1 % du SMIC (13,68 &#8364;). Pour les ing&#233;nieurs cadres et technicien&#8901;nes, elle s'&#233;levait en 2023 &#224; 17,7 &#8364; par mois, et &#224; 11,74 euros pour les ouvriers et employ&#233;s, soit bien en-dessous des r&#233;alit&#233;s de la branche dans les deux cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation est g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; la CGT : la cotisation moyenne est de 13,35 &#8364; en 2024, alors que le SMIC &#233;tait environ &#224; 1400 &#8364;, et le salaire m&#233;dian &#224; 2100 &#8364;. Combien d'adh&#233;rent&#8901;es au salaire inf&#233;rieur au SMIC la CGT compte-t-elle r&#233;ellement ? La r&#233;alit&#233; est que les syndicats ne respectent pas le 1 %, et que cela prive la CGT de ressources importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est certes pas toujours facile de convaincre les adh&#233;rent&#8901;es de payer plus&#8230; mais le meilleur moyen d'y arriver est encore de concentrer nos d&#233;penses sur des choses qui leurs sont directement utiles, qui am&#233;liore directement leurs conditions de vie, de la d&#233;fense juridique individuelle &#224; l'appui aux luttes collectives.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#234;me la CFDT s'y met&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; la CFDT, le probl&#232;me est le m&#234;me, et il est identifi&#233; en des termes clairs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Mieux financer la CFDT. Guide des &#233;volutions en d&#233;bat du congr&#232;s 2026 &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;galement, &#224; l'issue de l'&#233;tat des lieux, fait le diagnostic de nos fragilit&#233;s et cherch&#233; &#224; les limiter :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;poids des financements ext&#233;rieurs soumis &#224; la volont&#233; politique, dans une p&#233;riode de mont&#233;e des forces conservatrices hostiles aux contre-pouvoirs notamment syndicaux&lt;/strong&gt; et plus g&#233;n&#233;ralement au dialogue social ind&#233;pendant ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; charge des locaux, dans une diminution des moyens mis &#224; disposition, d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre sur certains territoires, entre volont&#233; politique et tension des finances publiques ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ma&#238;trise des r&#232;gles budg&#233;taires et de la politique financi&#232;re &#224; renforcer dans toutes les structures CFDT ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; des doublons : certaines actions sont r&#233;alis&#233;es plusieurs fois dans la CFDT. Il nous faut mutualiser, notamment le financement, pour le verser au niveau qui sera le plus &#224; m&#234;me de mettre en &#339;uvre les actions (principe de subsidiarit&#233;), et arr&#234;ter de refaire ailleurs ;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; ces constats, la conf&#233;d&#233;ration CFDT propose au prochain congr&#232;s qui se tiendra &#233;galement en juin 2026 le passage d'une cotisation de 0,75 % du salaire &#224; 0,95 %, voire 1 %, ce qui augmenterait de plusieurs millions d'euros les ressources propres de la CFDT. Ce changement, s'il est vot&#233; par le congr&#232;s, pourra &#234;tre mis en place facilement gr&#226;ce au syst&#232;me centralis&#233; de collecte des cotisations (le service central de perception et de ventilation des cotisations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il pour le prochain congr&#232;s de la CGT ? Le rapport d'activit&#233; rel&#232;ve bien que &#171; Le poids des cotisations dans le financement de notre organisation syndicale assure son ind&#233;pendance. Les batailles pour le renforcement et pour le niveau des cotisations sont donc un enjeu politique de premier ordre &#187;, mais se contente d'&#233;valuer &#224; un rassurant 65 % le poids des cotisations dans les ressources de la CGT au niveau global, sans calcul&#8230; et sans tenir compte 1/ du fait que des piliers vitaux de la CGT (dont certaines des principales f&#233;d&#233;rations) reposent d'abord sur des financements ext&#233;rieurs &#8211; la CGT pourrait-elle survivre avec plusieurs f&#233;d&#233;rations priv&#233;es des 3/4 de leur financement ? ; 2/ ce chiffre ne tient pas compte des moyens humains et mat&#233;riels fournis par l'&#201;tat ou les collectivit&#233;s, que ce soit dans le public avec les d&#233;charges syndicales ou avec les locaux attribu&#233;s par les municipalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le document d'orientation, il est &#233;crit que &#171; La CGT est ind&#233;pendante mais pas neutre &#187; &#8211; mais cette ind&#233;pendance est pos&#233;e comme un donn&#233; ou un postulat, pas comme un objectif politique &#224; atteindre. La partie suivante appelle &#224; &#171; S&#233;curiser l'organisation contre l'extr&#234;me droite &#187;, mais ne dit rien de la cl&#233; de vo&#251;te de toute s&#233;curisation r&#233;elle : la s&#233;curisation financi&#232;re&#8230; Il faut donc esp&#233;rer que certaines structures se saisissent du probl&#232;me et que cela d&#233;clenche une prise de conscience dans nos syndicats sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Il faut agir sans tarder&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cela fait des d&#233;cennies que cette question du non respect du &#171; 1 % statutaire &#187; &#224; la CGT est identifi&#233;e au niveau des UL, UD, f&#233;d&#233;rations, Conf&#233;d&#233;ration, &#224; chaque congr&#232;s. Et cela fait des d&#233;cennies que la situation n'a quasiment pas &#233;volu&#233;. Cela s'explique en partie du fait que beaucoup de syndicats de base n'ont pas vraiment besoin de davantage de moyens financiers, et pratiquent donc des ristournes volontaires ou non sur les cotisations&#8230; au d&#233;triment de toutes les structures de la CGT qui sont, financ&#233;es par la ventilation de ces cotisations et auraient, elles, bien besoin de cet argent suppl&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au-del&#224; des syndicats, &#224; la CGT comme &#224; Solidaires, ce sont les structures &#224; tous les niveaux (UD, f&#233;d&#233;rations, Conf&#233;d&#233;ration ou Union&#8230;) qui d&#233;pendent majoritairement de ressources ext&#233;rieures (y compris dans le public, o&#249; il y a moins d'argent mais des droits en temps syndical) pour leur fonctionnement quotidien. Tant que &#231;a tient&#8230; on pr&#233;f&#232;re d&#233;tourner le regard. Et au-del&#224; de la ritournelle de &#171; il faut atteindre le 1 % statutaire &#187; (pour la CGT, car la question est quasiment compl&#232;tement absente &#224; Solidaires), rien de s&#233;rieux n'est mis en place pour prendre le probl&#232;me &#224; bras-le-corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet se pose de mani&#232;re identique sur les locaux syndicaux, donc beaucoup sont menac&#233;s. On pourra sur ce th&#232;me appliquer au syndicalisme les r&#233;flexions d'un fond associatif cr&#233;&#233; au Pays basque pour p&#233;r&#233;niser les locaux de lutte :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Poss&#233;der nos outils de lutte (et s'assurer que leur usage ne soit jamais d&#233;tourn&#233;) est un objectif capital pour assurer la p&#233;rennit&#233; de nos mouvements. Ceci est d'autant plus vrai dans un contexte g&#233;n&#233;ral marqu&#233; par une diminution des soutiens au secteur associatif et le risque de l'arriv&#233;e du Rassemblement national au pouvoir, dont on imagine bien qu'il cherchera &#224; entraver autant qu'il le pourra notre capacit&#233; &#224; nous organiser, &#224; r&#233;sister et &#224; peser. Ne pas d&#233;pendre de locaux qui pourraient nous &#234;tre confisqu&#233;s, disposer de lieux et de moyens pour former une nouvelle g&#233;n&#233;ration de militants, pour fabriquer du mat&#233;riel, pour nous r&#233;unir : autant d'acquis qui permettent de tenir plus solidement les digues face aux vagues r&#233;actionnaires. Objectif capital, donc, mais laborieux dans un contexte de diminution d&#233;j&#224; palpable des subventions publiques et priv&#233;es.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malika Peyraut, &#171; Un nouvel outil militant &#224; Beskoitze &#187;, Enbata, f&#233;vrier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Il y a un certain paradoxe &#224; d&#233;noncer le danger de l'extr&#234;me-droite pour le syndicalisme, le durcissement du patronat priv&#233; comme public &#224; l'&#233;gard de nos organisations, les cas de municipalit&#233;s qui s'attaquent aux conditions tr&#232;s avantageuses des locaux syndicaux (Bourses du travail)&#8230; tout en faisant comme si nos ressources qui proviennent de l'ext&#233;rieur &#233;taient grav&#233;es dans le marbre et ne risquaient pas de dispara&#238;tre brutalement dans les prochaines ann&#233;es. L'antifascisme syndical, c'est aussi se pr&#233;parer au pire, un pire qui est d&#233;j&#224; l&#224; dans des municipalit&#233;s de plus en plus nombreuses. Et notre responsabilit&#233;, c'est de mettre en &#339;uvre des r&#233;actions fortes pour garantir la p&#233;rennit&#233; du fonctionnement de nos syndicats m&#234;me en contexte autoritaire : limitation du gaspillage de d&#233;penses en &#233;vitant les t&#226;ches faites en doublon, augmentation des cotisations et donc de l'autonomie financi&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces arguments, associ&#233;s &#224; d'autres, sont la mati&#232;re de base sur laquelle peut s'engager, avec de r&#233;elles chances de succ&#232;s, une campagne interne et permanente dans chaque organisation syndicale (&#224; tous les niveaux), pour convaincre chaque personne syndiqu&#233;e de verser r&#233;ellement 1 % de son salaire net mensuel. Cette campagne, plac&#233;e dans le cadre d'une conqu&#234;te de l'ind&#233;pendance financi&#232;re et politique, devra se poursuivre vers la hausse du taux de cotisation. Mais chaque chose en son temps ...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces donn&#233;es sont issues du 43&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s de la f&#233;d&#233;ration qui s'est tenu &#224; Strasbourg du 2 au 6 juin 2025, et portent donc sur les ann&#233;es 2020 &#224; 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les analyses de Karel Yon, &#171; Les r&#233;sistances syndicales au community organizing. Entre rejet de la professionnalisation et d&#233;ni du travail militant reproductif &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 133(1), 2024, p. 125-156.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Mieux financer la CFDT. Guide des &#233;volutions en d&#233;bat du congr&#232;s 2026 &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.cfdt.fr/upload/media-library/2026/02/02/2eedb5f6-7ffc-49ce-a885-bac8bc2fafe1.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Malika Peyraut, &#171; Un nouvel outil militant &#224; Beskoitze &#187;, &lt;i&gt;Enbata&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2026, &lt;a href=&#034;https://eu.enbata.info/artikuluak/un-nouvel-outil-militant-a-beskoitze/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Retour sur un &#233;chec d'implantation syndicale dans la logistique</title>
		<link>https://www.syndicalistes.org/retour-sur-un-echec-d-implantation-syndicale-dans-la-logistique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.syndicalistes.org/retour-sur-un-echec-d-implantation-syndicale-dans-la-logistique</guid>
		<dc:date>2026-02-18T21:09:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Baptiste, Paasivuori</dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>Structuration</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet entretien avec un ex-salari&#233; d'une plateforme de la grande distribution raconte une tentative d'organisation syndicale dans son entreprise. Il donne &#224; voir les conditions de travail dans un secteur marqu&#233; par le travail de nuit, dans le froid, avec des horaires de nuit, un salaire au niveau du Smic, et un recours massif aux int&#233;rimaires. Il montre aussi les strat&#233;gies patronales de segmentation de la main-d'&#339;uvre, avec des groupes divis&#233;s en de multiples entreprises clientes entre elles (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/-actions-" rel="directory"&gt;Actions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-structuration-+" rel="tag"&gt;Structuration&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH120/960px-giant_food_warehouse__49694475888_-b59bf.jpg?1771449005' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet entretien avec un ex-salari&#233; d'une plateforme de la grande distribution raconte une tentative d'organisation syndicale dans son entreprise. Il donne &#224; voir les conditions de travail dans un secteur marqu&#233; par le travail de nuit, dans le froid, avec des horaires de nuit, un salaire au niveau du Smic, et un recours massif aux int&#233;rimaires. Il montre aussi les strat&#233;gies patronales de segmentation de la main-d'&#339;uvre, avec des groupes divis&#233;s en de multiples entreprises clientes entre elles mais qui appartiennent en r&#233;alit&#233; au m&#234;me patron. Surtout, l'entretien montre comment la CGT est trop souvent incapable aujourd'hui de saisir l'opportunit&#233; de cr&#233;er une nouvelle section et d'appuyer les camarades volontaires pour lancer quelque-chose dans leur entreprise. Incapable d'abord car la syndicalisation et les nouvelles implantations ne sont pas une priorit&#233; dans la r&#233;alit&#233;, notamment parce que les quelques camarades qui font vivre les Unions d&#233;partementales sont acapar&#233;&#8901;es par d'autres t&#226;ches. Mais aussi parce que les syndicats existants se pensent d'abord comme syndicat de telle ou telle entreprise et ont du mal &#224; en sortir pour aller aider les salari&#233;&#8901;es de l'entreprise voisine qui appartient pourtant au m&#234;me secteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;O&#249; est-ce que tu bosssais ?&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une plateforme de distribution comme toutes les autres, mais en boucherie, donc dans un frigo. J'avais jamais fait de plateforme avant, il y a des conditions de travail dures, des horaires d&#233;cal&#233;s pour tout le monde, d&#233;but t&#244;t le matin ou le midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise est sous-traitante d'une des plus grosses bo&#238;tes de boucherie, mais dans la branche des produits de qualit&#233; : on approvisionnait une grosse cha&#238;ne de supermarch&#233;s. Et donc on appartient au m&#234;me groupe que cette cha&#238;ne, on se fournit uniquement aupr&#232;s de cette bo&#238;te qui fait partie du m&#234;me groupe que la cha&#238;ne, et on revend &#224; 90 % &#224; des clients du m&#234;me groupe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait 15-20 salari&#233;&#8901;es de l'entreprise, toujours autant et parfois plus d'int&#233;rimaires. C'est une plateforme, donc on charge des camions : il y avait aussi les chauffeurs, qui venaient de plusieurs bo&#238;tes de transport, pour le coup pas dans le m&#234;me groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tu peux nous parler un peu des conditions de travail ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose, c'est qu'on ne savait jamais &#224; quelle heure on finissait, il y avait l'obligation de faire des heures sup : les commandes arrivent &#224; 17h, et il faut pr&#233;parer un maximum pour l'&#233;quipe de 4h du matin. Les commandes changent tous les jours, c'est impossible de s'organiser dans ta vie personnelle quand tu bosses ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les int&#233;rimaires qui ne font pas les heures sup sont vir&#233;s d&#232;s le lendemain ou d&#232;s la semaine prochaine. Si tu fais un CDD et que tu fais pas les heures sup, tu sera pas renouvel&#233;. Et m&#234;me quand tu restes sur le long terme tu fais les heures sup &#224; la fois pour &#234;tre solidaire des coll&#232;gues, et pour avoir de l'argent, parce que t'es pay&#233; au Smic. Donc l'ambiance c'est toujours faire plus d'heures pour faire quelques sous tout simplement. Notre moyenne d'heure sur l'ann&#233;e c'est 41-42&#8230; et il faut rajouter que t'as 2 heures sup prises sur ton compteur temps. Quelqu'un qui finit sa journ&#233;e de travail et doit partir, mais reste un peu plus de temps pour aider les coll&#232;gues : ces 15 minutes o&#249; il reste sont mises sur un compteur temps. Si &#224; la fin de la semaine t'as fait 2h et demi, t'en as 2 sur ton compteur temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233; en tant qu'int&#233;rimaire, pendant 3 mois, avec une ambiance dure au travail, les chefs qui imposent aucun r&#233;pi. Des fois dans la journ&#233;e il y a un moment o&#249; tous les colis ont &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s, et on les envoie sur les quais. L&#224; il y des gens en d&#233;but, milieu ou fin de shift. Ceux qui avaient l'habilitation pour charger les camions &#233;taient occup&#233;s, mais il y avait des int&#233;rimaires qui n'avaient rien &#224; faire : dans ce cas on leur fait passer le balais, 2, 3 fois dans la semaine&#8230; M&#234;me quand il n'y avait rien &#224; faire, on nous trouvait un truc &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me propose un CDI que j'accepte en me disant que je pourrai d&#233;missionner plus tard. Je pr&#233;viens de &#231;a &#224; l'entretien d'embauche, le patron m'avertit de que toute fa&#231;on il ne fait pas de rupture conventionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;C'&#233;tait quoi le paysage syndical sur place ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait aucune repr&#233;sentation syndicale dans la bo&#238;te, ni de mobilisation des salari&#233;s pour obtenir ne serait-ce qu'un peu plus que le SMIC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la zone industrielle, il y a plein d'entreprises juste &#224; c&#244;t&#233;, avec des centaines voire des miliers de personnes. Quand les gens quittaient la bo&#238;te on les revoyait tout de suite apr&#232;s dans les autres bo&#238;tes, on &#233;tait tout le temps avec eux. Il y a des gens qui tournaient d'entreprise en entreprise comme &#231;a. Il y a une de ces bo&#238;tes o&#249; la CGT est implant&#233;e, on les a contact&#233; mais on n'a jamais eu de r&#233;ponse. Dans une autre la section CGT est devenue FO. Et c'est tout. Pourtant une de ces bo&#238;tes appartient &#224; un groupe o&#249; il y a un gros syndicat CGT, et les gens circulent entre les deux entit&#233;s du groupe, mais le syndicat n'est implant&#233; que dans une des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Et la tentative de monter un syndicat ?&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un responsable d'&#233;quipe du matin, l&#224; depuis 2 ans, &#233;tait plut&#244;t d'accord sur les probl&#232;mes de gestion et le manque de salaire par rapport aux heures qu'on fait et au statut qu'on a : parmis les gens qui sont l&#224; depuis 2-3 ans, il y a des ouvriers devenus des contrema&#238;tres voire des chefs, mais sans augmentation&#8230; Ce petit jeune &#231;a le faisait p&#233;ter un c&#226;ble, maintenant il avait plus de missions, devait donner des ordres, &#233;tait plus autonome, mais n'avais pas d'augmentation. Donc j'essaie de le motiver pour faire un syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coll&#232;gues disaient que ce serait sympa mais ne se voyaient pas rentrer dans un conflit avec l'entreprise. On &#233;tait super suivis par la direction, souvent on se faisait convoquer dans le bureau pour dire &#171; t'as mal fait ci, pourquoi t'as fait &#231;a &#187;&#8230; Il y avait aussi un autre discours de la part de gens dont l'aspiration c'&#233;tait de devenir chefs un jour. Et d'autres gens qui attendent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 autres personnes &#233;taient partantes pour adh&#233;rer. En janvier 2025, &#231;a faisait un an ou plus qu'il n'y avait pas eu d'entretien individuel pour plein de monde. J'avais un peu chauff&#233; tout le monde pour qu'ils aillent revendiquer ces trucs-l&#224;, et qu'on en profite pour monter un syndicat. Fin mai il commence enfin &#224; faire les entretiens, mais on n'avais toujours pas r&#233;ussi &#224; monter un syndicat. Il commence par le chef d'&#233;quipe, qui donne ses arguments. L'autre refuse, dit que c'est pas comme &#231;a que &#231;a se passe ici. Il lui dit que s'il veut plus d'argent il faut faire plus d'heures. Le gars lui dit qu'il va finir par partir, le patron lui dit &#171; si tu veux partir y a le portail tu te barres &#187;, et le gars a dit &#171; ok je me barre &#187;, et il est parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la seule personne un peu cool avec qui j'avais envie de faire des trucs, du coup c'est retomb&#233; et j'ai fini par me barrer aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Et pendant tout ce temps, vous avez eu quoi comme aide de la CGT, depuis l'ext&#233;rieur de la bo&#238;te ?&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce chef d'&#233;quipe, on avait commencer &#224; tchatcher, et le 1er mai 2024 on l'a pass&#233; ensemble &#224; la manif. Il &#233;tait pas hyper chaud mais comme il avait fait les gilets jaunes il a dit ok je viens. Et apr&#232;s on a pass&#233; l'apr&#232;m &#224; la f&#234;te de la CGT. Je voulais les voir pour leur dire &#171; aidez-nous a monter un syndicat &#187;. Comme j'&#233;tais d&#233;j&#224; adh&#233;rent CGT, je cherchais des t&#234;tes connues. Et on croise quelqu'un qui nous introduit aupr&#232;s de l'UD, de l'UL, et d'un camarade de la f&#233;d&#233;ration des transports. On leur laisse notre contact en leur disant &#171; contactez-nous &#187;, ils nous r&#233;pondent &#171; on verra quand vous aurez plus de gens &#187;. On leur dit &#171; ouai mais d'ici-l&#224; vous pouvez peut-&#234;tre nous aider &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; comme nous on gal&#233;rait &#224; trouver des gens on les a pas relanc&#233;, mais eux nous ont jamais rappel&#233; non plus. Donc on n'a eu aucun coup de main. On voit qu'il y a un probl&#232;me de pratiques militantes, de pas avoir le r&#233;flexe de rappeler 2 semaines apr&#232;s. Je parle pas de faire une action de suite, mais au moins rediscuter pour voir comment &#231;a se passe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#199;a aurait aid&#233; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils auraient pu se d&#233;placer dans l'entreprise &#224; un moment de pause, les coll&#232;gues auraient eu un autre son de cloche que d'entendre juste mon coll&#232;gue et moi, &#231;a aurait pu permettre que les gens aient un peu plus confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'essaierai toujours de monter un syndicat quelque-part. On y arrive pas tout le temps mais quand on y arrive c'est bien, &#231;a marche !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fonctionnement de la CGT : quand les f&#233;d&#233;rations d'employ&#233;&#8901;es voulaient tout changer</title>
		<link>https://www.syndicalistes.org/fonctionnement-de-la-cgt-quand-les-federations-d-employe%E2%8B%85es-voulaient-tout</link>
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		<dc:date>2026-02-10T23:03:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Baptiste</dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>Structuration</dc:subject>
		<dc:subject>Dialogue social</dc:subject>
		<dc:subject>Commerce</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous avons beaucoup publi&#233; au sujet des questions de structuration syndicale ici, mais le plus souvent &#224; partir de r&#233;flexions de militant&#8901;es de terrain, d'intiatives des structures territoriales ou bien en reprenant des diagnostics et propositions conf&#233;d&#233;rales. Une voix &#233;tait absente de ces textes : celle des f&#233;d&#233;rations, qui sont tout de m&#234;me les principales concern&#233;es par les changements propos&#233;s&#8230; Alors voici de larges extraits d'un &#233;change qui s'est tenu en 2013 entre les secr&#233;taires de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH67/2026-02-10_23-02-1770763052-2c7c9.png?1770764767' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='67' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous avons beaucoup publi&#233; au sujet des questions de structuration syndicale ici, mais le plus souvent &#224; partir de r&#233;flexions de militant&#8901;es de terrain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par ex. &#171; Structures syndicales : il y a urgence ! &#187;, en ligne.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'intiatives des structures territoriales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme les propositions de l'UD de Paris ou le syndicat inter-entreprises de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou bien en reprenant des diagnostics et propositions conf&#233;d&#233;rales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En particulier le rapport de la commission ad hoc, ou les extraits des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une voix &#233;tait absente de ces textes : celle des f&#233;d&#233;rations, qui sont tout de m&#234;me les principales concern&#233;es par les changements propos&#233;s&#8230; Alors voici de larges extraits d'un &#233;change qui s'est tenu en 2013 entre les secr&#233;taires de trois f&#233;d&#233;rations, issues de l'ex-f&#233;d&#233;ration des Employ&#233;s : la f&#233;d&#233;ration du Commerce, celle des Organismes sociaux (S&#233;curit&#233; sociale, mutuelles&#8230;) et celle des Banques et assurances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet &#233;change a donn&#233; lieu &#224; une brochure dont sont tir&#233;es toutes les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous reproduisons ici de larges extraits de cette discussion, organis&#233;e &#224; l'occasion du 120&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire de la cr&#233;ation de la f&#233;d&#233;ration CGT des Employ&#233;s, car ils sont d'une lucidit&#233; et d'une honn&#234;tet&#233; rare sur le fonctionnement r&#233;el de la CGT et sur certaines de ses impasses. Les &#233;changes vont bien au-del&#224; de l'auto-satisfaction qu'on voit parfois, et appuient &#171; l&#224; o&#249; &#231;a fait mal &#187;, l&#224; o&#249; la CGT est r&#233;ellement entrav&#233;e par son mode d'organisation : des champs f&#233;d&#233;raux en d&#233;calage complet vis-&#224;-vis du salariat r&#233;el, et un fonctionnement paralys&#233; par le dialogue social. Mais ce qu'il y a de bien &#224; poser clairement les obstacles, c'est qu'on peut commencer &#224; r&#233;fl&#233;chir aux moyens de les surmonter&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Combien de syndicats ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;d&#233;ration des Employ&#233;s, dont on peut faire remonter la naissance &#224; 1893, se s&#233;pare en 1973 avec la cr&#233;ation de la f&#233;d&#233;ration du Commerce et des services puis en 1983 &#224; la f&#233;d&#233;ration nationale des Secteurs financiers d'une part (qui deviendra plus tard Banques et assurances), et &#224; la f&#233;d&#233;ration des Organismes sociaux d'autre part, avec la volont&#233; de mieux sp&#233;cifier les revendications et de mieux r&#233;pondre aux besoins des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, Eug&#232;ne Lavenant, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la nouvelle f&#233;d&#233;ration des Secteurs financiers, r&#233;sumait ainsi les d&#233;fi qui attendaient cette structure :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle f&#233;d&#233;ration compte 300 syndicats ou plut&#244;t 300 bases organis&#233;es. Sont-ils de v&#233;ritables syndicats, c'est-&#224;-dire des organisations bien structur&#233;es ayant un style de travail et un fonctionnement d&#233;mocratique d&#233;centralis&#233;s ? Combien de congr&#232;s ou d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de syndicats r&#233;ellement organis&#233;s et pr&#233;par&#233;s, c'est-&#224;-dire qui mettent &#224; jour un programme revendicatif et d'actions, qui &#233;lisent une direction syndicale ? Combien de syndicats ont une vie d&#233;mocratique intense avec des assembl&#233;es de syndiqu&#233;s r&#233;guli&#232;res et d&#233;centralis&#233;es, des r&#233;unions r&#233;guli&#232;res des organismes de direction ? Combien de syndicats ont une propagande adapt&#233;e avec une diffusion de masse de La Vie Ouvri&#232;re avec des bulletins de syndicalisation ? Il nous faut r&#233;pondre &#224; ces questions, trouver des r&#233;ponses sans crainte de dire les choses qui ne vont pas pour tenter de les am&#233;liorer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Reprenant ces paroles, Patrick Lichau, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la f&#233;d&#233;ration Banques et assurances en 2013, ajoutait : &#171; Honn&#234;tement, nous n'avons pas beaucoup avanc&#233; et cent fois sur le m&#233;tier, nous allons devoir remettre l'ouvrage. &#187; Et pour cause : cr&#233;&#233;e avec 12 000 adh&#233;rent&#8901;es, avec une baisse jusqu'&#224; 6000, la f&#233;d&#233;ration n'en comptait de nouveau que 12 000 au moment de sa prise de parole (et &#224; peine autant auourd'hui), pour 700 000 salari&#233;&#8901;es sur son champ. La situation n'est gu&#232;re meilleure pour les organismes sociaux, qui comptent 18000 syndiqu&#233;&#8901;es r&#233;partis en 400 syndicats pour un champ de taille &#233;quivalente. Pour le Commerce, on arrive 40 000 syndiqu&#233;&#8901;es dont la moiti&#233; sans syndicat, pour 4,5 miillions de salari&#233;&#8901;es&#8230; Autant dire que la &#171; d&#233;centralisation &#187; de la f&#233;d&#233;ration des Employ&#233;s n'a pas fait de miracle, et que la syndicalisation des employ&#233;&#8901;es est aujourd'hui particuli&#232;rement faible. Mais les &#233;changes entre secr&#233;taires de ces trois f&#233;d&#233;rations permettent de trouver des explications.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Faire bouger les fronti&#232;res f&#233;d&#233;rales&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re difficult&#233; pour ces f&#233;d&#233;rations est qu'elles sont organis&#233;es comme si la d&#233;limitation de leur p&#233;rim&#232;tre &#233;tait clair&#8230; alors qu'il est particuli&#232;rement flou et que chaque f&#233;d&#233;ration recoupe le p&#233;rim&#232;tre des deux autres sous de nombreux aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fronti&#232;res entre branches apparaissent impossibles &#224; d&#233;finir pr&#233;cis&#233;mment, et la r&#233;alit&#233; du salariat d'aujourd'hui semble marqu&#233;e par l'imbrication entre diff&#233;rentes branches, conventions collectives, groupes&#8230; Et l&#224;-dessus, la CGT n'a jamais su se mettre &#224; jour. Ainsi, beaucoup d'organismes financiers d&#233;pendent non de la f&#233;d&#233;ration Banques assurances, mais de la f&#233;d&#233;ration des Finances publiques : la Caisse des D&#233;p&#244;ts et consignation, la Banque de France, OSEO, la BPI&#8230; mais aussi le Cr&#233;dit foncier, pourtant filiale d'un groupe bancaire, ou CNP assurance, qui malgr&#233; le nom ne d&#233;pend donc pas de la f&#233;d&#233;ration Banques assurances. Les entreprises de l'automobile se dotent aussi de banques, que ce soit Renault ou PSA finances. La Banque Postale et ses filiales sont rattach&#233;es &#224; la F&#233;d&#233;ration des activit&#233;s postales. Les filiales bancaires des hypermarch&#233;s (Carrefour, Auchan, Leclerc) d&#233;pendent, elles, de la F&#233;d&#233;ration commerce et services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des mutuelles et assurances, Flora Fusille, en charge des mutuelles &#224; la f&#233;d&#233;ration des Organismes sociaux, observe tous les jours des regroupements d'assurances avec des groupes de protection sociale ou des mutuelles d'assurance avec des mutuelles : &#171; on ne sait plus du tout o&#249; on est &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me constat sur les centres d'appel, fait par Patrick Lichau : &#171; Aujourd'hui, toutes les professions ont des centres d'appels. On voit bien que sur ces centres d'appels, les salari&#233;s peuvent &#234;tre r&#233;gis par des conventions collectives diff&#233;rentes, avoir des statuts diff&#233;rents, pour autant, il y a quelque-chose qui les rassemble tous, c'est la question des conditions de travail. Les conditions de travail sont identiques ou quasiment identiques, qu'on soit sur un cente d'appel AXA assurances, Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale ou centre d'appel chez les cheminots, Air-France ou La Redoute. &#187; Il &#233;voquait alors des tentatives de travail en commun sur le sujet, mais il semble bien qu'elles aient fait long feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci peut donc appeler &#224; des boug&#233;s sur ce sujet fondamental, y compris en travaillant sur le plan revendicatif &#224; faire avancer le travail sur le nouveau statut du travail salari&#233; et la S&#233;curit&#233; sociale professionnelle, &#224; m&#234;me de permettre de construire des mobilisations au-del&#224; de l'entreprise ou de la branche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ces revendications, lire l'article d'Aur&#233;lien Catin, &#171; Revoir nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Donc, on voit bien que les fronti&#232;res de 1983 bougent. Il me semble qu'il faut qu'on ait une grande r&#233;flexion sur : peut-on rester dans ces fronti&#232;res ? Peut-on continuer &#224; monter des murs et des barbel&#233;s entre nous alors que le paysage &#233;conomique bouge et que les salari&#233;s bougent ? Alors, cela ne n&#233;cessite pas forc&#233;ment de bouger les contours mais cela implique, au minimum, un travail commun sur les enjeux revendicatifs communs. [&#8230;] On essaie de travailler de mani&#232;re plus &#233;troite avec la FAPT sur La Banque Postale mais, honn&#234;tement, je pense qu'on avance pas assez vite. Par contre, c&#244;t&#233; patronal, je peux vous dire que les choses sont r&#233;gl&#233;es, ils si&#232;gent tous, tous, dans les m&#234;mes instances patronales. C&#244;t&#233; banques, &#224; la F&#233;d&#233;ration Bancaire fran&#231;aise, on retrouve le patronat bancaire classique, mais on retrouve La Banque Postale, la BPI, OSEO, etc. Donc eux, ils n'ont pas de difficult&#233;, nous, c'est beaucoup plus compliqu&#233;. Donc, je crois que les fronti&#232;res que nous avons su bouger en 1983 devront, dans un avenir prochain, alors je n'en sais rien, mais s&#251;rement &#234;tre revisit&#233;es. Est-ce qu'on verra, de nouveau, revivre la f&#233;d&#233;ration des employ&#233;s ? Je n'en sais rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, honn&#234;tement, je le dis, un peu de mani&#232;re brutale, on a, aujourd'hui, une organisation CGT qui se marche sur les pieds, qui n'est pas tr&#232;s efficace, autant se le dire entre nous et on doit se r&#233;interroger sans cesse sur comment on peut essayer d'avancer que ce soit au niveau professionnel ou interprofessionnel. On a besoin de rassembler les salari&#233;s sur des enjeux revendicatifs communs. Ils sont nombreux mais il y en a un sur lequel il y a, peut-&#234;tre, urgence &#224; travailler, c'est celui sur le nouveau statut de travail salari&#233; et d'une S&#233;curit&#233; sociale professionnelle sur laquelle il faut s&#251;rement avancer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mich&#232;le Chay, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la f&#233;d&#233;ration du Commerce, reprend largement ces constats :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comment on arrive, malgr&#233; ou gr&#226;ce &#224; notre organisation, &#224; aller ensemble et &#224; construire ce grand corps de masse qui permettra de faire peur au Medef et aux gouvernements successifs ? Je crois que la question est l&#224;. Est-ce qu'il faut bouger nos champs f&#233;d&#233;raux, quand on s'aper&#231;oit que, effectivement, dans chaque f&#233;d&#233;ration, on a des camarades qui pourraient relever d'autres f&#233;d&#233;rations ? Comment fait-on pour s'adapter ? Qu'est-ce qui est le plus n&#233;cessaire ? Est-ce qu'il est n&#233;cessaire de revenir peut-&#234;tre&#8230; on parlait de la f&#233;d&#233;ration des Employ&#233;s, on s'est aper&#231;u au fil de l'histoire et tout ce que vous avez d&#233;velopp&#233; ce matin, que l'organisation s'est scind&#233; en trois f&#233;d&#233;rations. Est-ce que maintenant c'est n&#233;cessaire ? Est-ce que c'est justifi&#233; pour nous, mais &#231;a peut &#234;tre aussi pour d'autres corps de m&#233;tier, je pense &#224; l'industrie&#8230; Est-ce que cette division, qui a permis d'avancer &#224; un moment donn&#233; de l&#8216;histoire&#8230; est-elle encore pertinente ? Quand on voit qu'&#224; l'int&#233;rieur de chaque f&#233;d&#233;ration, c'est plusieurs conventions et statuts diff&#233;rents. Nous, c'est 120 conventions collectives. C'est &#233;norme et cela rel&#232;ve de pr&#233;occupations qui sont tellement diverses et vari&#233;es, que je ne suis pas certaine qu'on arrive vraiment &#224; r&#233;pondre &#224; tout le monde, &#224; toutes les pr&#233;occupations de tous les syndiqu&#233;s de notre champ f&#233;d&#233;ral. C'est aussi ce genre de question qu'il faut se poser &#224; la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;flexion syndicale doit &#233;voluer parce que le syndicalisme d'aujourd'hui n'est pas le m&#234;me que quand nous avons cr&#233;&#233; notre f&#233;d&#233;ration des employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Analyse &#233;galement partag&#233;e par Dominique Didier, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la f&#233;d&#233;ration des Organismes sociaux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce que je ressens, c'est un v&#233;ritable enfermement. C'est-&#224;-dire qu'on se le dit et j'entends que &#231;a ne concerne pas que notre f&#233;d&#233;ration. Dans une situation tr&#232;s difficile, tr&#232;s dure, de crise, on a des syndicats qui s'enferment sur l'entreprise. On s'enferme dans nos f&#233;d&#233;rations et on est entra&#238;n&#233; et pouss&#233; plus l&#224;-dedans par une politique patronale que je trouve tr&#232;s bien construite.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Incroyable&#8230; les secr&#233;taires de 3 f&#233;d&#233;rations qui &#224; elles seules repr&#233;sentent 10 % des effectifs de la CGT, et dont le p&#233;rim&#232;tre recouvre plus du quart du salariat, s'accordent pour reconna&#238;tre que la d&#233;limitation de leurs f&#233;d&#233;rations respectives ne fait plus sens ! Comment est-il possible que plus de 10 ans apr&#232;s, rien n'ait chang&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;cloisonner les f&#233;d&#233;rations&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On pourrait conclure des observations pr&#233;c&#233;dentes qu'on aurait affaire &#224; un simple probl&#232;me de trac&#233; : il faudrait d&#233;placer un peu les fronti&#232;res entre f&#233;d&#233;rations, et tout serait r&#233;gl&#233;. Mais pr&#233;cis&#233;mment, on l'a vu, le salariat bouge constamment et les branches et entreprises se retrouvent profond&#233;ment intriqu&#233;es entre elles, il n'y a plus de &#171; bonne &#187; d&#233;limitation. Alors, la rigidit&#233; et la duret&#233; de ces d&#233;limitations entre f&#233;d&#233;rations est peut-&#234;tre un probl&#232;me en soi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car lorsque Patrick Lichau &#233;voque des &#171; murs et des barbel&#233;s &#187; entre les f&#233;d&#233;rations de la CGT, ne serait-ce pas un peu fort ? Un autre intervenant, animateur du collectif jeunes de la f&#233;d&#233;ration Banques &amp; assurances, t&#233;moigne pourtant que non et exprime sa joie de retrouver des camarades de f&#233;d&#233;rations proches pour la premi&#232;re fois :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je connais &#171; bien entendu &#187; mes camarades au sein de la f&#233;d&#233;ration, mais je ne connais absolument pas les autres intervenants et on ne se m&#233;lange pas si facilement que &#231;a, &#224; la pause caf&#233;.[&#8230;] Je suis donc content de rencontrer les gens des autres f&#233;d&#233;rations, parce qu'on a beau tra&#238;ner dans les m&#234;mes couloirs et dans les m&#234;mes b&#226;timents, ce n'est pas pour cela qu'on va se voit, alors que parfois quelques m&#232;tres seulement nous s&#233;parent. Il n'y a pas besoin de penser qu'on est dans une autre ville ou dans un autre pays. Parfois, la porte d'&#224; c&#244;t&#233;, ce n'est d&#233;j&#224; pas la plus simple &#224; ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si ces camarades, qui passent l'essentiel de la semaine &#224; Montreuil, ne parviennent pas &#224; croiser d'autres camarades qui passent &#233;galement leur semaine dans le m&#234;me immeuble et parfois dans le m&#234;me couloir, alors on n'ose imaginer les rapports distants qu'ils et elles doivent entretenir avec les militant&#8901;es en UD qui n'ont jamais mis les pieds &#224; Montreuil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Armel Mah&#233;, membre de la direction f&#233;d&#233;rale de la f&#233;d&#233;ration Banques et assurances, ajoute un argument de fond &#224; la perspective de d&#233;cloisonnement des f&#233;d&#233;ration, &#224; partir du constat d'une unification du salariat employ&#233;, d'un point de vue sociologique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'un des supports importants, qui pourrait nous servir pour r&#233;fl&#233;chir &#224; cette &#233;volution et aussi sur la n&#233;cessit&#233; de travailler plus en commun, c'est le nouveau statut du travail salari&#233;. [&#8230;] Aujourd'hui, quelle est la r&#233;alit&#233; ? Un camarade disant : &#171; si on faisait une comparaison de ce qui se passe dans nos bo&#238;tes ? &#187; Je pense qu'aujourd'hui, la situation de ce qu'on nommait nagu&#232;re les employ&#233;s est quand m&#234;me relativement commune au-del&#224; de leur profession et de leur activit&#233; propre et qu'on a tout int&#233;r&#234;t &#224; travailler sur ce point-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais le syndicalisme de branche n'est-il pas un horizon ind&#233;passable ? N'y aurait-il pas des connaissances &#224; avoir pour s'adresser &#224; un secteur sp&#233;cifique ? L&#224;-dessus, l'exemple de la f&#233;d&#233;ration des employ&#233;s en fournit un excellent contre-exemple, de la bouche de Jean Levy, qui venait de la banque et faisait partie du bureau f&#233;d&#233;ral :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je voulais &#233;voquer, justement, que la f&#233;d&#233;ration n'&#233;tait pas simplement une juxtaposition de sections f&#233;d&#233;rales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La f&#233;d&#233;ratin comptait 4 sections f&#233;d&#233;rales : le Commerce et la S&#233;curit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et que nous avons, pendant longtemps, eu des activit&#233;s communes, je voudrais &#233;voquer, par exemple, avec H&#233;l&#232;ne Mabille, secr&#233;taire du commerce, et en tant que responsable de l'&#233;ducation et de la formation, nous allions directement sur place. Quand, &#224; l'&#233;poque, un grand magasin se syndiquait, c'&#233;tait mille adh&#233;sions le m&#234;me jour. Il fallait &#224; la fois expliquer ce qu'&#233;tait la CGT et, d'autre part, que les vendeuses, que les employ&#233;s de commerce choisissent directement leur candidat pour des &#233;lections &#224; venir rapidement. C'&#233;tait un m&#233;lange de stages et d'organisations qui &#233;tait tr&#232;s fructueux.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que le but c'est de faire du syndicalisme, le fait de conna&#238;tre pr&#233;cis&#233;mment telle ou telle branche perd de son importance. Il faut des connaissances pr&#233;cises sur certains aspects du combat juridique (mais nul besoin que tout le monde s'y sp&#233;cialise)&#8230; mais la ma&#238;trise technique ultra-sp&#233;cialis&#233;e, c'est surtout le propre d'un syndicalisme de dialogue social, qui compense sa faiblesse d'ancrage r&#233;elle par une technicit&#233; &#233;crasante : il faut alors justifier qu'on ma&#238;trise bien, en virtuose de tel ou tel dispositifs, tous les points qu'il s'agit de discuter avec le patron.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sortir du dialogue social&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que le b&#226;t blesse. Ces trois f&#233;d&#233;rations apparaissent largement prises dans le dialogue social, certes sur un mode oppositionnel (&#171; on ne signe pas et on gueule &#187;), mais sans mobilisation r&#233;elle des salari&#233;&#8901;es, &#231;a reste du dialogue social&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Didier, de la f&#233;d&#233;ration Organismes sociaux, fait ainsi le constat lucide d'une impasse du fonctionnement syndical actuel de la CGT : un syndicalisme qui rejette la concertation sociale mais qui se trouve en r&#233;alit&#233; compl&#232;tement englu&#233; dans celle-ci, et peine &#224; imaginer d'autres voix. La militante donne ainsi un aper&#231;u in&#233;dit de ce qui occupe les semaines de quantit&#233; de permanent&#8901;es f&#233;d&#233;raux, et d&#233;montre de mani&#232;re implacable que nous sommes de ce point de vue dans une impasse. Seule alternative : &#171; passer le cran au-dessus &#187; dans les luttes en construisant des mobilisations largement suivies, &#224; quelque &#233;chelle que ce soit (service, entreprise, groupe, branche, secteur, interpro&#8230;) pour parvenir &#224; gagner au moins des luttes locales qui enclenche une dynamique positive et redonne des perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous, on a des semaines o&#249; on a deux r&#233;unions paritaires nationales par jour. Il y a des groupes de travail, des machins, des trucs et on tourne en rond pendant des apr&#232;s-midi enti&#232;res avec d'autres organisations syndicales qui sont tr&#232;s bien l&#224;-dedans parce que &#231;a les occupe n'ayant rien d'autre &#224; faire. Des syndicats &#224; la base qui nous disent &#171; mais si vous &#234;tres l&#224;, si vous discutez, c'est que vous faites quelque-chose donc qu'est-ce qu'il en sort, est-ce qu'on avance, qu'est-ce que vous faites l&#224;-haut ? &#187; Et cela pourrait tourner sur soi-m&#234;me pendant des mois et des ann&#233;es si on laisse faire. &#192; quel moment dit-on stop ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cheminement on offre aucune perspective parce qu'on discute toujours de la m&#234;me chose et six mois apr&#232;s, dix mois apr&#232;s, on arrive &#224; un protocole compl&#232;tement vide. On dit qu'on ne le signera pas, cela on est habitu&#233; et les autres disent qu'ils le signent parce que, de toute fa&#231;on, ils n'existent pas s'ils ne signent pas surtout avec les menaces qui p&#232;sent sur leur repr&#233;sentativit&#233;. Leur seule existence c'est la signature, et on est ainsi enferm&#233;s. Pour revenir sur ce qui a &#233;t&#233; dit sur ce qui se passe aujourd'hui pour les jeunes g&#233;n&#233;rations, pour un jeune syndiqu&#233; aujourd'hui, &#231;a ressemble &#224; quoi ce truc ? On les emm&#232;ne en r&#233;union paritaire, ils disent &#171; attends, &#231;a ressemble &#224; rien &#187;. Qu'est-ce qu'on leur offre et qu'est-ce qu'on leur donne ? Je pense qu'on a une responsabilit&#233;. Je dirai, moi, &#171; il faut ouvrir les portes, les fen&#234;tres et mettre de l'air l&#224;-dedans et il faut, peut-&#234;tre, arr&#234;ter &#187;. Oui, on r&#233;cuse l'expression partenaires sociaux. J'ai quand m&#234;me l'impression qu'on est un peu enferm&#233;s dedans. On va en r&#233;union paritaire. C'est rigolo ? Non&#8230; c'est affreux. Donc de temps en temps, on claque la porte. On s'en va parce que cela d&#233;passe les bornes et &#231;a fit la soupape de s&#233;curit&#233;. Cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Par contre aujourd'hui se multiplient dans nos professions, en tout cas pour ce qui nous concerne, des luttes locales qui d&#233;bouchent de moins en moins parce qu'on est dans un logique de restriction budg&#233;taire, Bercy a ferm&#233; tous les robinets. Si on ne passe pas le cran au-dessus, on n'ira pas bien loin. Donc, comment on sort de cet enfermement ? Et je pense que si on ne sort pas de tout cela, on ne va pas offrir de v&#233;ritables perspectives aux jeunes syndiqu&#233;s, aux jeunes militants. Si on ne leur offre pas de perspectives de luttes et de victoires, ils vont se le dire, et &#224; un moment ils vont prendre la barre et faire autre chose mais on est dans une situation o&#249; j'ai quelquefois l'impression qu'on tourne en rond.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En repartant des m&#234;mes constats, Patrick Lichau en vient &#224; plaider pour un syndicalisme non de branche, tant le patronat a d&#233;sormais fa&#231;onn&#233; le d&#233;coupage des branches &#224; son avantage, mais un syndicalisme qui op&#232;re &#224; une &#233;chelle qui permette d'unifier les salari&#233;&#8901;es, m&#234;me si elle n'a pas de r&#233;alit&#233; administrative ou institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on n'a pas les forces syndicales suffisantes. M&#234;me si on continue &#224; progresser en nombre d'adh&#233;rents, on est sur un rythme qui n'est absolument pas satisfaisant. Donc, 12 000 adh&#233;rents pour 700 000 salari&#233;s, voil&#224;, les chiffres sont brutaux, &#231;a fait mal, m&#234;me si on peut se satisfaire d'&#234;tre remont&#233; de 6 000 &#224; 12 000, peut-&#234;tre, c'est bien, mais il faut qu'on acc&#233;l&#232;re ce rythme de renforcement de la CGT et il faut qu'on arrive &#224; travailler autrement dans la CGT. Donc, j'ai d&#233;j&#224; employ&#233; l'expression d&#233;cloisonner la CGT. Aujourd'hui, on constate que du fait qu'on soit sur la d&#233;fensive, nous avons tendance &#224; nous laisser enfermer par les fronti&#232;res de chaque entreprise. Du c&#244;t&#233; du patronat, ils ont assez bien compris la man&#339;uvre parce que c'est assez simple aujourd'hui. Il suffit de multiplier le nombre de r&#233;unions, sur un m&#234;me sujet on peut faire cinq, dix r&#233;unions de CE ou cinq ou dix r&#233;unions de n&#233;gociations, des commissions ad hoc, des commissions de travail, donc c'est l'occasion r&#234;v&#233;e pour occuper les militants syndicaux. Pendant qu'ils sont dans des r&#233;unions de n&#233;gociations, ils ne sont pas sur le terrain et ont une tendance &#224; se laisser embarquer dans cette d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On n'est pas n&#233;cessairement sur la d&#233;fensive, y compris &#224; la CGT, on a un certain nombre de projets qu'on porte et de pistes revendicatives importantes comme la revendication novatrice qui est celle du nouveau statut du travail salari&#233; ou de la s&#233;curit&#233; sociale professionnelle. On a l&#224; deux sujets qui permettent de d&#233;passer les fronti&#232;res entre nous, de travailler tous ensemble &#224; la CGT et je pense que, malheureusement on a pas su les saisir convenablement ces derni&#232;res ann&#233;es. Aujourd'hui, du c&#244;t&#233; &#187; du patronat, ils sont en train de multiplier le nombre de conventions collectives. On a quasiment, chaque mois, une nouvelle convention collective qui appara&#238;t. On cr&#233;e des conventions collectives pour un tout petit nombre de salari&#233;s. C'est un moyen de division, trouv&#233; par le patronat aujourd'hui en multipliant le nombre de ces conventions colectives. Si je regarde c&#244;t&#233; banques, on a la convention collective des banques priv&#233;es mais, &#224; c&#244;t&#233;, on a eu, par exemple, la cr&#233;ation du groupe Banque Populaire-Caisse d'&#201;pargne avec sa propre convention collective, Banque Populaire n'a rien trouv&#233; de mieux que de cr&#233;er sa propre convention collective. Donc, on a une multiplication des conventions collectives. Mich&#232;le pourrait en parler mieux que moi, je crois qu'elle en a un peu plus de 120 dans sa f&#233;d&#233;ration. Donc, on a un morcellement des textes ce qui fait que, y compris dans la CGT, aujourd'hui, on a les pires difficult&#233;s &#224; g&#233;rer cette question-l&#224;. Un des moyens de le contourner, c'est d'essayer d'avancer sur le nouveau statut du travail salari&#233;. Donc, on n'est pas oblig&#233; d'&#234;tre sans arr&#234;t sur la d&#233;fensive. L&#224;, on a un projet offensif. Il faut qu'on arrive &#224; le valoriser et &#224; le construire et qu'on mette dans l'action l'ensemble de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On le voit, la discussion sur la structuration ne peut &#234;tre d&#233;connect&#233;e d'une r&#233;flexion sur les buts du syndicalisme. Pour le dialogue social, le syndicalisme d'entreprise ou de branche (qui serait certes un progr&#232;s par rapport au syndicalisme d'entreprise&#8230; sauf quand certaines entreprises ont fa&#231;onn&#233; leur propre branche comme dans la banque) convient parfaitement, et de CSE en commission paritaire, les f&#233;d&#233;rations pourront vivoter bien au chaud des subventions qu'elles re&#231;oivent. Pour un syndicalisme de classe ou de luttes, en revanche, il faut ouvrir la r&#233;flexion, et se fixer des priorit&#233;s. Sachant que dans un contexte o&#249; le patronat est particuli&#232;rement offensif, il faudra mobiliser largement pour gagner vraiment, nous devons imaginer une structuration qui permet une syndicalisation massive&#8230; et donc une pr&#233;sence au plus pr&#232;s des salari&#233;&#8901;es, sur chaque territoire. Chacune des trois f&#233;d&#233;rations cit&#233;es ici est-elle en capacit&#233; d'exister dans chaque UD, pour y coordonner l'activit&#233; de ses sections et syndicats et fournir un premier accueil aux nouveaux adh&#233;rent&#8901;es ? Non, loin de l&#224;, et pour y arriver il faudra n&#233;cessairement mutualiser les forces, que ce soit par un retour &#224; la f&#233;d&#233;ration des Employ&#233;s ou autre chose. Mais ce sera l'occasion de sortir la t&#234;te de l'entreprise et de la branche, pour reprendre les bases : aller au contact des salari&#233;&#8901;es, construire ses objectifs revendicatifs sans se les faire imposer par l'ordre du jour patronal, et se mettre en campagne jusqu'&#224; les gagner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par ex. &#171; Structures syndicales : il y a urgence ! &#187;, &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/structures-syndicales-il-y-a-urgence' class=&#034;spip_in&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme les &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/la-cgt-paris-s-empare-du-debat-sur-la-sructuration' class=&#034;spip_in&#034;&gt;propositions&lt;/a&gt; de l'UD de Paris ou le &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/face-a-l-inertie-des-structures-de-la-cgt' class=&#034;spip_in&#034;&gt;syndicat inter-entreprises&lt;/a&gt; de l'UL de Lorient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En particulier le rapport de la &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/evolution-des-structures-de-la-cgt-le-rapport-de-la-commission-ad-hoc' class=&#034;spip_in&#034;&gt;commission ad hoc&lt;/a&gt;, ou les extraits des congr&#232;s conf&#233;d&#233;raux de &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/1999-innover-dans-les-formes-d-organisation-decongeler-les-structures-de-la-cgt' class=&#034;spip_in&#034;&gt;1999&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/2003-charte-de-la-vie-syndicale-decongeler-les-structures-de-la-cgt-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2003&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/48e-congres' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2006&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/49e-congres' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/50e-congres' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2013&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/51e-congres' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2016&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/2019-au-dela-du-syndicat-decongeler-les-structures-de-la-cgt-7' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2019&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/2023-la-cgt-ne-peut-plus-attendre-decongeler-les-structures-de-la-cgt-8' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2023&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet &#233;change a donn&#233; lieu &#224; une brochure dont sont tir&#233;es toutes les citations de cet article : Institut d'histoire sociale des Employ&#233;s, &lt;i&gt;Journ&#233;e d'&#233;change 120&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire f&#233;d&#233;ration des Employ&#233;s et cadres CGT &#8211; 1893-2013&lt;/i&gt;, 2014. Pour un bref historique de cette f&#233;d&#233;ration et de ses principales luttes, lire Jeanne Siwek-Pouydesseau, &#171; Les employ&#233;s et les fonctionnaires CGT &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Elyane Bressol, Michel Dreyfus, Jo&#235;l Hedde and Michel Pigenet (dir.), &lt;i&gt; La CGT dans les ann&#233;es 1950 &lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2015, &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pur/18931&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ces revendications, lire l'article d'Aur&#233;lien Catin, &#171; Revoir nos priorit&#233;s. Les luttes au travail dans leur dimension politique &#187;, mars 2025, &lt;a href='https://www.syndicalistes.org/revoir-nos-priorites-les-luttes-au-travail-dans-leur-dimension-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La f&#233;d&#233;ratin comptait 4 sections f&#233;d&#233;rales : le Commerce et la S&#233;curit&#233; sociale (les plus fournies), les Banques et les Assurances.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Du casier de centre de tri au barreau</title>
		<link>https://www.syndicalistes.org/du-casier-de-centre-de-tri-au-barreau</link>
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		<dc:date>2026-02-03T15:18:11Z</dc:date>
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		<dc:subject>Solidaires</dc:subject>
		<dc:subject>Juridique</dc:subject>

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&lt;p&gt;De la bataille, d&#232;s la cr&#233;ation de SUD PTT, pour le droit du syndicat &#224; exister et de se pr&#233;senter aux &#233;lections d&#232;s la cr&#233;ation, &#224; celle contre l'explosion des contrats pr&#233;caires, cet article revient sur le travail juridique men&#233; d'embl&#233;e au sein de cette f&#233;d&#233;ration. Une activit&#233; intense dans le cadre d'une strat&#233;gie syndicale claire : &#171; Il n'a jamais &#233;t&#233; question de mettre en place un nouveau mode de r&#233;gulation par l'action du juge ext&#233;rieur aux rapports de classe. Le recours au droit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-solidaires-+" rel="tag"&gt;Solidaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-juridique-+" rel="tag"&gt;Juridique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L104xH150/14_-_illust3_-_renard_-_du_casier_de_centre_de_tri_au_barreau-6ea3a.png?1770132040' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De la bataille, d&#232;s la cr&#233;ation de SUD PTT, pour le droit du syndicat &#224; exister et de se pr&#233;senter aux &#233;lections d&#232;s la cr&#233;ation, &#224; celle contre l'explosion des contrats pr&#233;caires, cet article revient sur le travail juridique men&#233; d'embl&#233;e au sein de cette f&#233;d&#233;ration. Une activit&#233; intense dans le cadre d'une strat&#233;gie syndicale claire : &#171; Il n'a jamais &#233;t&#233; question de mettre en place un nouveau mode de r&#233;gulation par l'action du juge ext&#233;rieur aux rapports de classe. Le recours au droit devait &#234;tre articul&#233; avec la pratique traditionnelle de l'action syndicale. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet article a d'abord &#233;t&#233; publi&#233; par nos camarades des Utopiques, dans le n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Hanna Arendt : &#171; Le premier pas essentiel sur la route qui m&#232;ne &#224; la domination totale, consiste &#224; tuer en l'homme la personne juridique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de SUD PTT, je me vois attribuer la responsabilit&#233; du suivi des questions juridiques lors de la r&#233;partition des t&#226;ches au sein du secr&#233;tariat. Cette t&#226;che m'est confi&#233;e en raison de mon exp&#233;rience acquise au sein de la CFDT PTT en mati&#232;re de droit administratif et de mon ancien mandat de secr&#233;taire adjoint de l'Union d&#233;partementale CFDT du Val-de-Marne. Cette derni&#232;re exp&#233;rience m'avait en effet permis d'acqu&#233;rir quelques comp&#233;tences de base en mati&#232;re de droit du travail. Cependant, et par go&#251;t de la contradiction sans doute, ma pr&#233;f&#233;rence allait vers le droit administratif, consid&#233;r&#233; par la plupart des militants syndicaux, comme rebutant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que le recours au droit repr&#233;sentait une part peu importante dans l'activit&#233; syndicale au sein des PTT. Mis &#224; part quelques contentieux individuels li&#233;s &#224; la carri&#232;re (mutation, discipline, avancement, notation etc.) il y avait peu de recours au droit pour r&#233;gler les relations sociales. Celles-ci &#233;taient largement d&#233;termin&#233;es par les relations entre les organisations syndicales et les autorit&#233;s administratives. Les r&#232;gles de gestion du personnel &#233;taient particuli&#232;res et d&#233;rogatoires sur un nombre important de points au regard de la Fonction publique de l'&#201;tat. Les PTT &#233;taient une administration de l'&#201;tat, qui ne d&#233;pendait pas du budget g&#233;n&#233;ral de l'&#201;tat mais d'un budget annexe autonome. Ainsi, le r&#244;le et l'importance de la Commission administrative paritaire (CAP) n'&#233;taient pas du tout les m&#234;mes que dans l'enseignement ou la police par exemple. La Commission administrative paritaire &#233;tait en quelque sorte une commission de recours plut&#244;t qu'un organisme consultatif pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;forme des PTT&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; du gouvernement de changer le statut de l'administration d'&#201;tat a conduit &#224; la loi n&#176; 90-568 du 2 juillet 1990 relative &#224; l'organisation du service public de La Poste et des T&#233;l&#233;communications. Cette loi a innov&#233; dans de nombreux domaines, notamment en cr&#233;ant deux &#233;tablissements publics, La Poste et France T&#233;l&#233;com, non qualifi&#233;s juridiquement dans la loi, et en pla&#231;ant les fonctionnaires d'&#201;tat en activit&#233; au sein de ses deux &#233;tablissements. La loi a d&#233;cid&#233; de la cr&#233;ation d'un Conseil d'administration par &#233;tablissement public en application de la loi de d&#233;mocratisation du secteur public (loi n&#176;83-675 du 26 juillet 1983).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a permis le recrutement dans des conditions particuli&#232;res de salari&#233;s de droit priv&#233;. La r&#233;forme du statut des PTT s'est accompagn&#233;e d'un nombre consid&#233;rable de textes en mati&#232;re d'&#233;volution des classifications des grades, en mati&#232;re de nouvelles r&#232;gles de gestion. Les deux &#233;tablissements plac&#233;s sous la tutelle du ministre charg&#233; des Postes et T&#233;l&#233;communications ont mis en place, tr&#232;s vite, de nombreuses r&#232;gles sui generis, une sorte de droit hybride. Des organismes ad hoc ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s pour la n&#233;gociation et la concertation, sans que les organismes statutaires de la Fonction publique soient formellement abrog&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;d&#233;ration SUD PTT, qui n'avait pas obtenu la qualit&#233; d'organisation syndicale parmi les plus repr&#233;sentatives au sein de l'ex-administration d'&#201;tat des PTT, a &#233;videmment &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e par les directions des deux nouveaux &#233;tablissements publics, comme n'&#233;tant pas repr&#233;sentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux d&#233;crets portant respectivement statut de La Poste et de France T&#233;l&#233;com - d&#233;cret n&#176;90-1111 du 12 d&#233;cembre 1990 portant statut de La Poste et d&#233;cret n&#176;90-1112 portant statut de France T&#233;l&#233;com &#8211; ont d&#233;termin&#233; les conditions d'adaptation de la loi de d&#233;mocratisation du secteur public au statut du personnel fonctionnaire. La loi de d&#233;mocratisation du secteur public pr&#233;voyait un mode alternatif pour le d&#233;p&#244;t de listes de candidatures pour l'&#233;lection des repr&#233;sentant&#11827;es du personnel au sein du Conseil d'administration : les organisations syndicales pr&#233;sum&#233;es repr&#233;sentatives au niveau national et vis&#233;es par l'arr&#234;t&#233; du 31 mars 1966&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agissait de CGT, CFDT, FO, CFTC et CFE/CGC.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou des listes pr&#233;sent&#233;es par 10% des &#233;lu&#11827;es du personnel &#8211; d&#233;l&#233;gu&#233;&#11827;es du personnel ou &#233;lu&#11827;es des comit&#233;s d'entreprise. Les deux d&#233;crets pr&#233;cit&#233;s en guise &#171; d'adaptation &#187; se sont born&#233;s &#224; supprimer la seconde branche de l'alternative en r&#233;servant aux cinq conf&#233;d&#233;rations syndicales pr&#233;sum&#233;es repr&#233;sentatives, le droit de pr&#233;senter des listes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce choix politique, qui ne permettait pas aux organisations syndicales n'appartenant pas &#224; cette cat&#233;gorie de pr&#233;senter des listes, avait pour objet &#8211; sinon pour effet &#8211; de vouloir &#233;liminer du jeu syndical la f&#233;d&#233;ration SUD des PTT. Et ce, d'autant que les directions des deux &#233;tablissements mettaient en place des nouveaux organismes de n&#233;gociation et de concertation, dont la composition &#233;tait directement li&#233;e &#224; l'&#233;lection pour laquelle la f&#233;d&#233;ration SUD ne pouvait pas concourir. En faisant d&#233;pendre la repr&#233;sentativit&#233; des organisations syndicales d'une &#233;lection li&#233;e au statut de l'entreprise, les directions voulaient imposer la pr&#233;dominance du statut de l'entreprise sur celui, tr&#232;s largement (&#224; l'&#233;poque) de fonctionnaire. Une telle position sur l'&#233;viction de SUD rencontrait un &#233;cho favorable parmi les autres organisations syndicales. Pour les deux directions des deux &#233;tablissements publics, cela permettait de d&#233;velopper de nouvelles r&#232;gles sans lien avec le statut de la Fonction publique en s'appuyant sur le fait que ces nouvelles r&#232;gles &#233;taient directement li&#233;es au nouveau statut de l'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La bataille pour la repr&#233;sentativit&#233; de SUD PTT&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;d&#233;ration SUD a d&#233;cid&#233; de mettre en place une strat&#233;gie d'action pour que la question de la pr&#233;dominance du statut du personnel sur celui de l'entreprise l'emporte et pour que les r&#232;gles de repr&#233;sentativit&#233; ne puissent &#234;tre celles mises en place par le ministre et les deux directions d'entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Un travail de pr&#233;paration intense&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Une campagne de mobilisation en interne dans les services a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e pour le respect de la d&#233;mocratie et le droit pour SUD de pouvoir se pr&#233;senter aux &#233;lections des Conseils d'administration. La f&#233;d&#233;ration SUD a recueilli plus de 50 000 signatures d'agent&#11827;es des deux &#233;tablissements publics exigeant le droit de SUD de pouvoir se pr&#233;senter. Cette campagne s'est doubl&#233;e d'une campagne de d&#233;veloppement et d'intervention en direction des parlementaires. Plus de soixante parlementaires sont intervenus aupr&#232;s du gouvernement pour que les r&#232;gles soient modifi&#233;es. J'ai &#233;t&#233; charg&#233; de pr&#233;parer un recours devant le Conseil d'&#201;tat pour demander l'annulation des d&#233;crets qui &#233;cartaient la f&#233;d&#233;ration SUD des &#233;lections des Conseils d'administration. J'ai pass&#233; mes jours et parfois mes nuits &#224; consulter les manuels de droit du contentieux administratif, les articles de doctrine, les jurisprudences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant que le Conseil d'&#201;tat n'examine notre requ&#234;te, les &#233;lections allaient &#234;tre organis&#233;es selon les modalit&#233;s pr&#233;vues par les d&#233;crets. Mon r&#244;le a donc &#233;t&#233; de mettre en place des contentieux devant les juridictions judiciaires, d&#232;s lors que les listes d&#233;pos&#233;es par la f&#233;d&#233;ration SUD lors des &#233;lections seraient rejet&#233;es par les directions des deux &#233;tablissements publics. J'ai pr&#233;par&#233; les dossiers et pass&#233; beaucoup de temps avec l'avocat charg&#233; de plaider les dossiers, pour d&#233;terminer avec lui les moyens de droit que nous comptions utiliser. Les contentieux devant les juridictions judiciaires ont eu lieu avant et apr&#232;s les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contentieux devant les tribunaux judiciaires sur les modalit&#233;s &#233;lectorales et l'&#233;viction des listes d'une part, et le contentieux devant le Conseil d'&#201;tat sur les textes r&#233;glementaires d'autre part, pr&#233;sentaient de nombreuses difficult&#233;s. Le caract&#232;re in&#233;dit de la participation de fonctionnaires &#224; l'&#233;lection de repr&#233;sentants dans les Conseils d'administration posait de nombreuses questions sur la comp&#233;tence juridictionnelle. Par un arr&#234;t d'Assembl&#233;e en date du 2 juillet 1993 n&#176; 123174 123175, le Conseil d'&#201;tat a annul&#233; les dispositions des d&#233;crets portant statuts des deux &#233;tablissements publics en ce qu'elles instauraient un monopole syndical ill&#233;gal au profit de certaines organisations syndicales. Cette victoire d&#233;cisive ouvrait la voie de la participation de SUD aux &#233;lections des Conseils d'administration. Le moyen employ&#233; pour fermer d&#233;finitivement la reconnaissance de la repr&#233;sentativit&#233; de SUD PTT &#233;tait ainsi d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Un travail personnel&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Pour en arriver &#224; ce r&#233;sultat, il m'a fallu beaucoup de travail et de recherches. D'une part, la nouvelle organisation syndicale avait tr&#232;s mauvaise r&#233;putation et peu de juristes ont accept&#233; de prodiguer des conseils et des avis. La plupart &#233;taient li&#233;s &#224; un courant syndical conf&#233;d&#233;ral et ne pouvait pas intervenir pour SUD PTT. D'autre part, mes connaissances &#233;taient limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu effectuer un travail de recherches et de lectures. &#192; cette &#233;poque, il n'y avait pas encore tous les moyens d'acc&#232;s d'aujourd'hui, avec les diff&#233;rents serveurs juridiques. J'ai donc d&#251; passer de longs moments dans les biblioth&#232;ques et en particulier celle de la rue Cujas &#224; Paris. J'ai achet&#233; de nombreux livres et manuels. Il fallait avoir une approche globale de la question de la repr&#233;sentativit&#233; syndicale, de la doctrine, de la jurisprudence compar&#233;e des deux ordres de juridiction. Les lectures des travaux de professeurs de droit sp&#233;cialis&#233;s dans cette mati&#232;re m'ont &#233;t&#233; tr&#232;s utiles et en particulier ceux du professeur Georges Borenfreund qui enseignait &#224; l'universit&#233; de Nanterre. Il fallait &#233;galement travailler sur la loi de d&#233;mocratie sociale dite DSP, lire les travaux parlementaires, comprendre les enjeux des d&#233;bats &#224; l'&#233;poque de l'adoption de cette loi, r&#233;pertorier les acteurs et actrices de l'&#233;poque, les positions d&#233;fendues. Je me suis procur&#233; les ouvrages et bon nombre d'articles ayant trait&#233; des questions de transformations des secteurs publics. Les travaux du professeur Garbar, les articles de Jacky Chorin m'ont &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;cieux. Il m'a fallu &#233;galement comprendre les m&#233;canismes de r&#233;partition de comp&#233;tences entre les deux ordres de juridictions. Pour cela, il fallait travailler sur les blocs de comp&#233;tences juridictionnelles, la jurisprudence du Tribunal des conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombreuses questions juridiques pos&#233;es &#224; l'occasion n&#233;cessitaient un travail de r&#233;flexion important. Les questions n'&#233;taient pas de simples questions techniques. La fa&#231;on de prendre les questions pos&#233;es devait &#234;tre en lien avec la strat&#233;gie syndicale de l'organisation SUD. Il ne s'agissait donc pas de trouver des solutions ind&#233;pendamment de l'action syndicale. Ainsi, la strat&#233;gie juridique autour de la question des &#233;lections pour les conseils d'administration devait int&#233;grer les positions strat&#233;giques de SUD PTT, sur la r&#233;forme des PTT, l'avenir statutaire des personnels fonctionnaires. D&#232;s lors que la position syndicale de fond &#233;tait de d&#233;fendre le statut de fonctionnaire, les approches juridiques sur la question des &#233;lections ne pouvaient pas &#234;tre contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expertise juridique que j'&#233;tais charg&#233; de d&#233;velopper s'inscrivait pleinement dans ce cadre g&#233;n&#233;ral de la strat&#233;gie syndicale de SUD PTT. Le travail de propagande articulait transparence, comp&#233;tences sur les dossiers et radicalit&#233;. L'expertise juridique dont j'avais la charge prenait n&#233;cessairement une place importante pour renforcer l'aspect comp&#233;tences, en analysant juridiquement les textes, les cons&#233;quences sur les statuts du personnel, des entreprises. Mon travail juridique participait du combat pour la cr&#233;dibilit&#233; de SUD et sa &#171; d&#233;diabolisation &#187;. J'ai ainsi contribu&#233; &#224; ce que SUD PTT acquiert un image plus positive.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;veloppement d'un emploi pr&#233;caire de droit priv&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Parmi les modifications fondamentales de La Poste et de France T&#233;l&#233;com, la loi avait introduit la possibilit&#233; de recourir &#224; des salari&#233;&#11827;es de droit priv&#233;, quand les conditions de l'organisation des services ou la question des sp&#233;cificit&#233;s des fonctions pouvaient le justifier. Il s'agissait de remplacer les anciens contractuel&#11827;les de droit public par des salari&#233;&#11827;es de droit priv&#233; r&#233;gi&#11827;es par une convention collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, La Poste a massivement eu recours au recrutement de salari&#233;&#11827;es de droit priv&#233; pour occuper des emplois tenus par des fonctionnaires, mais avec un salaire tr&#232;s inf&#233;rieur au traitement des fonctionnaires. Pour des raisons sans doute id&#233;ologiques, La Poste a privil&#233;gi&#233; les contrats pr&#233;caires. Elle a mis en place de nouveaux contrats de travail, les contrats &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e intermittent &#8211; CDII, v&#233;ritable travail &#224; la demande, imposant une pr&#233;carit&#233; et une incertitude permanentes. Elle a cru pouvoir recruter massivement des salari&#233;s sous contrats de travail &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e pour briser les gr&#232;ves. Elle embauchait ainsi des centaines de salari&#233;&#11827;es lors de conflits locaux pour s'opposer aux gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;d&#233;ration SUD des PTT a tr&#232;s vite pris la mesure du danger du recrutement de salari&#233;&#11827;es de droit priv&#233;, moins pay&#233;&#11827;es et en concurrence de fait avec les fonctionnaires en poste. Il s'agissait d'&#233;viter une coupure entre les personnels et une opposition entre les deux cat&#233;gories, sachant qu'il ne faisait pas de doute dans notre esprit que l'un ou l'autre des deux statuts l'emporterait sur l'autre. Il fallait emp&#234;cher une logique corporatiste de d&#233;fense du statut des personnels fonctionnaires sur le dos des salari&#233;&#11827;es les plus d&#233;munis et pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'&#233;tait pas simple. Nous nous opposions au recrutement de salari&#233;&#11827;es de droit priv&#233; pour remplacer des fonctionnaires et en m&#234;me temps en tant que syndicalistes, nous ne pouvions laisser ces nouveaux venus sans d&#233;fense. Il aurait &#233;t&#233; insupportable sous couvert de d&#233;fense du statut de fonctionnaire, que nous ne fassions rien contre la pr&#233;carit&#233; des salari&#233;&#11827;es nouvellement recrut&#233;&#11827;es. Dans le m&#234;me temps, s'opposer &#224; la pr&#233;carit&#233; signifiait en quelque sorte que nous revendiquions un emploi stable de droit priv&#233;, et par voie de cons&#233;quence nous participions &#224; l'existence de deux statuts stables du personnel dans l'entreprise. La seule solution pour r&#233;gler le probl&#232;me consistait &#224; revendiquer un seul statut de fonctionnaire avec un plan d'int&#233;gration des salari&#233;&#11827;es de droit priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recrutement massif de salari&#233;&#11827;es de droit priv&#233; sous contrats pr&#233;caires s'est effectu&#233; sans que les dirigeants de La Poste prennent les moyens de formation des services gestionnaires d&#233;concentr&#233;s. Les services du personnel dans les d&#233;partements n'ont pas &#233;t&#233; form&#233;s s&#233;rieusement aux dispositions du droit du travail et aux obligations qui incombent &#224; tout employeur. La d&#233;marche essentiellement id&#233;ologique des dirigeants de La Poste visait le d&#233;veloppement de l'emploi pr&#233;caire, sans prendre en compte les co&#251;ts de gestion d'une telle nouvelle activit&#233;. L'emploi pr&#233;caire constituait un moyen de pression sur les fonctionnaires, notamment contre la &#171; rigidit&#233; &#187; de leur statut. Nous avons d&#251; mettre en &#339;uvre une strat&#233;gie d'action pour prendre en compte cette nouvelle situation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des moyens pour agir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il m'a fallu travailler la question des contrats pr&#233;caires, de l'&#233;tude de la jurisprudence judiciaire, des d&#233;bats doctrinaux sur ce point. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il m'a fallu travailler le contrat de travail &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e intermittent CDII&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article L122-1 et suivants du Code du travail alors applicable.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un travail d'implantation au sein de cette nouvelle cat&#233;gorie de personnel a &#233;t&#233; n&#233;cessaire. Ce travail d'implantation a consist&#233; au d&#233;part et pour l'essentiel en la d&#233;fense des droits &#233;l&#233;mentaires des salari&#233;s pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devions &#233;galement trouver des moyens pour emp&#234;cher La Poste d'avoir recours &#224; des CDD pour briser les gr&#232;ves. Les irr&#233;gularit&#233;s commises dans l'&#233;tablissement des contrats de travail &#233;taient telles qu'une note interne de la direction g&#233;n&#233;rale avouait que 80% des contrats de travail &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e &#233;taient irr&#233;guliers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au travail de conviction des militant&#11827;es syndicaux fonctionnaires de prendre en charge cette nouvelle donne de l'activit&#233; syndicale, s'ajoutait la n&#233;cessit&#233; de former les militant&#11827;es au droit du travail, &#224; la proc&#233;dure prud'homale. Il &#233;tait en effet impossible, pour des raisons de co&#251;ts, de faire appel syst&#233;matiquement &#224; des avocats. Des modules de formation sur les contrats de travail, la d&#233;fense prud'homale ont &#233;t&#233; mis en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale &#233;tait de d&#233;velopper une action juridique ayant un co&#251;t politique maximum pour la direction. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des centaines de proc&#232;s prud'homaux ont &#233;t&#233; mis en &#339;uvre. Ces litiges ont &#233;t&#233; largement m&#233;diatis&#233;s sur le plan local, dans la presse r&#233;gionale. L'abus de recours &#224; des CDD (parfois plusieurs centaines de CDD pour la m&#234;me personne) a eu un impact tr&#232;s n&#233;gatif pour l'image de La Poste. L'exemplarit&#233; du service public en prenait un rude coup. Dans le m&#234;me temps, cela permettait &#224; SUD PTT d'intervenir dans les rapports sociaux alors que sa repr&#233;sentativit&#233; &#233;tait refus&#233;e en interne de l'entreprise. C'&#233;tait en quelque sorte, acqu&#233;rir la repr&#233;sentativit&#233; par une externalisation du rapport de forces. Le travail juridique prenait &#233;videmment en compte, la d&#233;fense du droit de gr&#232;ve, la d&#233;fense des militant&#8901;es faisant l'objet de r&#233;pression anti syndicale&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une construction empirique et dans l'urgence&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pendant cette p&#233;riode, l'activit&#233; juridique a consist&#233; &#224; accumuler des connaissances pour riposter aux attaques dont le syndicat faisait l'objet et pour s'opposer aux nouvelles r&#232;gles de gestion du personnel. Il s'est agi de mettre en place un fonds documentaire, des ressources internes pour &#234;tre efficaces. Un budget a &#233;t&#233; mis en place pour acheter les livres et manuels n&#233;cessaires. J'ai pass&#233; des journ&#233;es enti&#232;res &#224; la biblioth&#232;que Cujas &#224; Paris, &#224; lire les articles de doctrine et les jurisprudences. Je me suis attel&#233; &#224; rechercher les comp&#233;tences disponibles &#224; l'ext&#233;rieur de SUD PTT, avocats, juristes, &#233;tudiants etc. Quand je n'arrivais pas par moi-m&#234;me &#224; trouver l'ouverture juridique, je demandais des consultations et des entretiens avec des professionnels susceptibles de m'&#233;clairer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a fallu g&#233;rer &#224; la fois l'urgence des dossiers et l'acquisition des connaissances n&#233;cessaires tout en assurant une veille g&#233;n&#233;rale sur les autres dossiers juridiques. Il a fallu &#233;galement, en fonction des orientations strat&#233;giques de l'organisation syndicale et de ses priorit&#233;s revendicatives, choisir les contentieux les plus importants &#224; mettre en &#339;uvre. Sans oublier les proches, les ami&#11827;es qui souhaitaient &#234;tre aid&#233;&#11827;es et qui utilisaient la formule habituelle : &#171; Ah tu fais du droit, tu peux peut-&#234;tre t'occuper de mon dossier ou me donner des conseils &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode a &#233;t&#233; marqu&#233;e par un tr&#232;s gros investissement personnel et une recherche de pens&#233;e strat&#233;gique en mati&#232;re d'action juridique. Je me suis aussi int&#233;ress&#233; &#224; beaucoup d'autres sujets, comme l'&#233;volution des strat&#233;gies et des pens&#233;es en mati&#232;re de ressources humaines. De nombreux dossiers d&#233;marr&#233;s dans cette p&#233;riode trouveront leur &#233;pilogue plusieurs ann&#233;es plus tard, comme autant de bombes &#224; retardement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction d'une vision strat&#233;gique de l'action juridique int&#233;gr&#233;e dans l'action revendicative&lt;br class='autobr' /&gt;
Le recours au droit est devenu un &#233;l&#233;ment de la strat&#233;gie d'ensemble du syndicat ; &#224; la fois en raison d'un nouveau contexte et pour des raisons li&#233;es &#224; la repr&#233;sentativit&#233;. Le recours au droit s'est vite impos&#233; comme une &#171; marque de fabrique &#187; SUD. Un &#233;l&#233;ment de sa cr&#233;dibilit&#233;, autour de la comp&#233;tence. C'&#233;tait aussi un enjeu d'image : articuler transparence, radicalit&#233; et comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours au droit &#233;tait aussi un moyen d'asseoir la repr&#233;sentativit&#233; en externalisant la confrontation avec les directions d'entreprises. Cette externalisation visait &#224; donner de la pertinence &#224; l'action interne, &#224; l'alimenter, &#224; la cr&#233;dibiliser. Quand la r&#233;gulation se fait &#224; partir d'organismes pour lesquels une organisation syndicale qui a une certaine assise est exclue, le recours au droit r&#233;introduit l'organisation dans le jeu des relations sociales. M&#234;me exclue du jeu, l'organisation syndicale p&#232;se&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; cet &#233;gard : Jean Miche Denis, &#171; Les syndicalistes de SUD-PTT : des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette instrumentalisation du droit se double d'une volont&#233; de peser sur les r&#232;gles, les normes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, les corpus th&#233;oriques de l'extr&#234;me gauche des ann&#233;es 1970 pendant lesquelles la plupart des animateurs de SUD PTT ont commenc&#233; leur militantisme s'av&#232;rent &#234;tre des atouts. De m&#234;me que la formation th&#233;orique et pratique acquise au sein de la CFDT. Il ne s'agit pas de r&#233;p&#233;ter les formules apprises, mais de se servir d'une logique de pens&#233;e. Une pens&#233;e qui se situe au niveau global, qui n'est pas int&#233;ress&#233;e par la d&#233;fense des corporatismes, et qui cherche des r&#233;ponses globales. Et pour cela, il faut donc penser et mettre en &#339;uvre une strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte d'hostilit&#233; engendr&#233; par la cr&#233;ation de SUD PTT, il fallait peser sur les r&#232;gles. Les directions d'entreprise et les autres syndicats avaient mis en place des r&#232;gles de relations sociales qui devaient organiser l'avenir de La Poste, de France T&#233;l&#233;com et des personnels. En d&#233;veloppant un conflit de r&#232;gles du jeu institutionnel des relations sociales, l'action juridique de SUD modifiait le fond et la forme du conflit social. Elle r&#233;introduisait dans le jeu l'organisation &#233;vinc&#233;e. La &#171; juridiciarisation &#187; de l'action syndicale pour autant ne devait pas d&#233;porter le syndicat des formes classiques de l'action collective. Il ne s'agissait pas d'institutionnaliser le recours au droit comme substitut de l'action collective. Il n'a jamais &#233;t&#233; question de mettre en place un nouveau mode de r&#233;gulation par l'action du juge ext&#233;rieur aux rapports de classe. Le recours au droit devait &#234;tre articul&#233; avec la pratique traditionnelle de l'action syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le rapport au droit a &#233;t&#233; con&#231;u comme un rapport instrumental, le droit &#233;tait &#233;galement con&#231;u comme un &#233;l&#233;ment dans la cr&#233;ation de nouvelles normes dans le cadre de rapports de force. L'action juridique ne constituait pas uniquement un moyen de paralyser des accords, mais aussi de peser pour d'autres r&#233;gulations, d'autres r&#233;glementations. Fid&#232;le &#224; l'h&#233;ritage de la CFDT des ann&#233;es 1970, la critique appuy&#233;e par l'action juridique et collective s'accompagnait toujours de contre-propositions, de contre-projets.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour critique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais l'instrumentalisation du droit a montr&#233; ses limites et montr&#233; des risques de substitution de l'action syndicale. Le recours au droit n&#233;cessite une technicit&#233; particuli&#232;re. Le recours au droit contribue &#224; une forme d'institutionnalisation du rapport social en externalisant pour partie le conflit. Pour autant, les salari&#233;&#11827;es sont pour une part d&#233;poss&#233;d&#233;&#11827;es des enjeux et ne les ma&#238;trisent pas facilement. Il ressort de cette exp&#233;rience que cette strat&#233;gie juridique a &#233;t&#233; pens&#233;e de fa&#231;on trop empirique, trop dans l'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit ne peut s'envisager comme substitut &#224; l'action collective. D'autant que la mont&#233;e en puissance de la demande en droit du travail et une demande plus importante de la part des adh&#233;rent&#11827;es et des salari&#233;&#11827;es dans d'autres domaines du droit imposent une meilleure prise en charge. Mais cette demande implique la prise en compte de toute une s&#233;rie de param&#232;tres (co&#251;ts, dur&#233;e des proc&#233;dures et effets dans le temps, temps n&#233;cessaire pour les dossiers etc.). Avoir une pens&#233;e strat&#233;gique en toutes occasions est une question centrale &#224; ne pas oublier. De m&#234;me, que les efforts de r&#233;flexion collective doivent permettre de prendre en compte ce que Castoriadis disait grosso modo : &#171; il ne faut pas &#234;tre l'esclave de son maitre &#8211; si celui-ci dit A, la solution n'est pas forc&#233;ment B, mais peut-&#234;tre A' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience acquise au sein de SUD PTT a &#233;t&#233; pr&#233;cieuse pour la poursuite de mon activit&#233; juridique ensuite, pour l'Union syndicale Solidaires. Elle m'a permis, apr&#232;s beaucoup de difficult&#233;s, d'obtenir au sein de l'universit&#233; Paris XIII, par la Validation des acquis de l'exp&#233;rience (VAE) un master 2 (Je n'avais pas m&#234;me le bac). Et enfin, cela m'a permis de devenir avocat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alors postier au centre de tri de Cr&#233;teil, Thierry Renard a particip&#233; &#224; la cr&#233;ation de SUD PTT, en 1988. Responsable des activit&#233;s juridiques de la f&#233;d&#233;ration SUD PTT, puis de l'Union syndicale Solidaires (dans ce cadre, il interviendra en appui de nombreuses organisations membres), il sera ensuite avocat. Il est aujourd'hui retrait&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet article a d'abord &#233;t&#233; publi&#233; par nos camarades des &lt;i&gt;Utopiques&lt;/i&gt;, dans le n&#176; 30, hiver 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agissait de CGT, CFDT, FO, CFTC et CFE/CGC.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article L122-1 et suivants du Code du travail alors applicable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; cet &#233;gard : Jean Miche Denis, &#171; Les syndicalistes de SUD-PTT : des entrepreneurs de morale ? &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du Travail&lt;/i&gt;, 2003, 45, p. 307-325, &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/sdt/31773&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment le juridique peut-il &#234;tre un appui des luttes syndicales ? Sud &#201;duc et les pr&#233;caires de l'&#201;ducation nationale</title>
		<link>https://www.syndicalistes.org/comment-le-juridique-peut-il-etre-un-appui-des-luttes-syndicales</link>
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		<dc:date>2026-01-22T08:47:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Baptiste</dc:creator>


		<dc:subject>Victoire</dc:subject>
		<dc:subject>Solidaires</dc:subject>
		<dc:subject>Juridique</dc:subject>
		<dc:subject>Salaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La place de l'action juridique dans l'activit&#233; syndicale est trop peu discut&#233;e s&#233;rieusement, et c'est encore plus vrai pour la fonction publique. Pour autant, m&#234;me si les syndicats ont une place moindre dans les tribunaux administratifs (comp&#233;tents pour la fonction publique) qu'au sein des conseils de prud'hommes, des actions juridiques peuvent porter leurs fruits et nourrir les luttes syndicales. C'est le cas de la lutte de Sud &#201;ducation sur les assistant&#8901;es d'&#233;ducation (les surveillant&#8901;es) (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/-actions-" rel="directory"&gt;Actions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-victoire-+" rel="tag"&gt;Victoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-solidaires-+" rel="tag"&gt;Solidaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-juridique-+" rel="tag"&gt;Juridique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-salaire-+" rel="tag"&gt;Salaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L120xH150/campagne-aed-aesh-prime-2025-134c3.png?1769071856' class='spip_logo spip_logo_right' width='120' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La place de l'action juridique dans l'activit&#233; syndicale est trop peu discut&#233;e s&#233;rieusement, et c'est encore plus vrai pour la fonction publique. Pour autant, m&#234;me si les syndicats ont une place moindre dans les tribunaux administratifs (comp&#233;tents pour la fonction publique) qu'au sein des conseils de prud'hommes, des actions juridiques peuvent porter leurs fruits et nourrir les luttes syndicales. C'est le cas de la lutte de Sud &#201;ducation sur les assistant&#8901;es d'&#233;ducation (les surveillant&#8901;es) et les accompagnant&#8901;es d'&#233;l&#232;ves en situation de handicap, deux cat&#233;gories pr&#233;caires de l'&#201;ducation nationale. R&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne d'une longue campagne d&#233;but&#233;e en 2020, et qui pr&#233;sente de nombreux r&#233;sultats bien concrets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la chronologie d&#233;taill&#233;e des deux premi&#232;res ann&#233;es de luttes sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On a souvent tendance &#224; opposer l'action syndicale qui se manifeste par sa participation &#224; la lutte des classes et l'action syndicale devant les tribunaux. Or, il faut avoir &#224; l'esprit que l'&#233;tat du droit et de la jurisprudence est le r&#233;sultat de la fixation du rapport de force dans la lutte des classes : plus le rapport de force est favorable aux travailleur&#183;ses, plus le droit est favorable &#224; ces dernier&#183;es. Le mouvement inverse est &#233;galement vrai. Depuis plusieurs ann&#233;es, le mouvement social n'est plus dans une phase ascendante et a accumul&#233; une s&#233;rie de d&#233;faites ; pour autant, les r&#233;sistances existent sous diverses formes et s'organisent, y compris devant les cours de justices nationales ou europ&#233;ennes. Dans un contexte moins favorable, notre camp enregistre des victoires contre les capitalistes et leur monde, ou contre les administrations sur le plan de la lutte des classes et devant les tribunaux, ces victoires, m&#234;me si elles semblent limit&#233;es, sont pourtant essentielles pour le renforcement du rapport de force. &#192; la lumi&#232;re de mon exp&#233;rience et de ma pratique syndicale de l'action juridique, je montrerai comment l'action juridique peut &#234;tre un appui pour les luttes syndicales, en particulier dans le secteur public.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Juridique et action syndicale : deux revers de la construction du rapport de force&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Posons un principe fondateur : les syndicalistes cherchent &#224; construire du rapport de force avec leur employeur&#183;se ou avec leur administration et l'action juridique ne se substitue pas &#224; cette action, qui est quotidienne. Le syndicalisme construit son rapport de force dans un temps court, en organisant les travailleur&#183;ses ou les agent&#183;es, avant tout sur leur lieu de travail. Cette organisation des travailleur&#183;ses pour la lutte se fait en ayant recours &#224; la gr&#232;ve, &#224; des occupations du lieu de travail, aux manifestations pour faire c&#233;der un&#183;e patron&#183;ne ou reculer un gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action juridique, quant &#224; elle, se construit dans une temporalit&#233; diff&#233;rente par sa longueur, si on laisse de c&#244;t&#233; les r&#233;f&#233;r&#233;s qui n&#233;cessitent la mobilisation d'une notion d'urgence et dont la d&#233;cision du juge n'est que provisoire. Cette longueur de l'action juridique s'explique par la dur&#233;e importante de certaines proc&#233;dures elles-m&#234;mes, ainsi que par les jeux de l'appel, de la cassation, et &#233;ventuellement du recours aux juridictions europ&#233;ennes en dernier ressort, qui peuvent emmener dans des d&#233;lais de d&#233;cision d&#233;finitive variant de 18 mois &#224; 10 ans, voire plus pour des proc&#233;dures dites au fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est but de l'action juridique port&#233;e par les organisations syndicales ? Le principal objectif n'est pas de se substituer &#224; un cabinet d'avocat&#183;es dont c'est le m&#233;tier, mais bien de construire par des victoires devant les cours de justice judiciaires ou administratives, un renforcement de la doctrine et de cr&#233;er des jurisprudences favorables aux salari&#233;&#183;es et aux agent&#183;es de la Fonction publique. Chaque victoire arrach&#233;e devant un tribunal, alimente le rapport de force, permet de renforcer les droits collectifs et individuels, et constitue autant de coups port&#233;s au capital ou &#224; l'administration qui ne respecte pas ses propres lois et r&#232;glements. Dans le m&#234;me mouvement, chaque action engag&#233;e par le syndicat est soupes&#233;e pour essayer d'&#233;valuer le risque de cr&#233;er du droit n&#233;gatif, qui serait dommageable aux travailleur&#183;ses. Notre but est de cr&#233;er du droit qui soit positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opposer action syndicale directe et action juridique syndicale a, en somme, assez peu de sens, car, en r&#233;alit&#233;, elles concourent au m&#234;me objectif, par des moyens diff&#233;rents mais compl&#233;mentaires. Notre objectif n'est pas une judiciarisation &#224; outrance de l'action syndicale, ce qui serait un &#233;cueil, paralyserait l'activit&#233; du syndicat et gr&#232;verait consid&#233;rablement ses finances : le recours au droit et &#224; l'action juridique sont n&#233;cessaires mais &#224; &#233;valuer en fonction de chaque situation : on ne peut pas tout attaquer tout le temps. Mais au travers d'une situation individuelle que le syndicat va d&#233;fendre devant un tribunal, ce sont bien les int&#233;r&#234;ts du collectif et leur renforcement qui sont vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e des macronistes au pouvoir, on a pu constater un vrai raidissement de la part de l'administration dans le secteur public. En fonction des administrations, les blocages de situations individuelles ou collectives ont conduit &#224; une augmentation des contentieux des agent&#183;es sur le non-respect de la r&#233;glementation applicable et des atteintes &#224; certains de leurs droits. Dans le droit administratif, les proc&#233;dures sont d'une dur&#233;e assez longue, environ deux ans en premi&#232;re instance, et les issues assez incertaines en fonction des juridictions. Face &#224; l'augmentation des contentieux entre les agent&#183;es et leur administration, l'&#201;tat, plut&#244;t que de traiter la question en modifiant la fa&#231;on dont les encadrant&#183;es dirigent les administrations, a mis en place une proc&#233;dure de m&#233;diation obligatoire pr&#233;alable, notamment dans l'&#201;ducation nationale, afin de faire baisser la volum&#233;trie du contentieux. Cela ne marche pas mieux, et les situations bloqu&#233;es finissent devant les tribunaux administratifs, mais cela vise &#224; dissuader les agent&#183;es et fait perdre du temps dans les proc&#233;dures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si nous ne sommes pas des avocat&#183;es, il appara&#238;t n&#233;cessaire de former les &#233;quipes syndicales &#224; une forme de pratique du droit qui leur permette d'assurer la premi&#232;re ligne face &#224; une administration, avant le contentieux devant le tribunal administratif de ressort. Ce que je qualifie de premi&#232;re ligne recouvre des cas tr&#232;s simples d'accompagnement au quotidien, de d&#233;fense du droit syndical : il s'agit, en &#233;tant m&#233;thodiques, de se donner les capacit&#233;s, d'arriver devant une juridiction en dernier recours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation s'emploie depuis de nombreuses ann&#233;es &#224; organiser la diffusion d'une culture juridique en son sein, et aupr&#232;s de ses &#233;quipes militantes. La philosophie sous-jacente est la suivante : &#171; Conna&#238;tre ses droits, c'est savoir les d&#233;fendre ! &#187;. En premi&#232;re intention, on d&#233;fend nos droits par le rapport de force, et ensuite par le recours au droit et au contentieux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cas de l'indemnit&#233; REP/REP+ pour les Assistant&#183;es d'&#233;ducation (AED) et les Accompagnant&#183;es d'&#233;l&#232;ves en situation de handicap (AESH)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple d'une campagne qui est toujours en cours, men&#233;e par la f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation et ses syndicats, qui est victorieuse pour des agent&#183;es contractuels du minist&#232;re de l'Education nationale et qui m&#234;le &#224; la fois organisation des personnels et action juridique. Les personnels affect&#233;&#183;es en &#233;ducation prioritaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;REP : R&#233;seau d'&#233;ducation prioritaire. &#192; la rentr&#233;e 2023, 1 093 r&#233;seaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; per&#231;oivent une indemnit&#233; sp&#233;cifique sur leur traitement tous les mois, pour tenir compte des suj&#233;tions que repr&#233;sente leur affectation dans ces &#233;coles ou &#233;tablissements. Un d&#233;cret du 28 ao&#251;t 2015&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;cret no 2015-1087 du 28 ao&#251;t 2015 portant r&#233;gime indemnitaire sp&#233;cifique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pr&#233;voit que les personnels touchent cette indemnit&#233;. Enfin, pas tou&#183;tes, les deux cat&#233;gories de personnels les plus pr&#233;caires de l'&#201;ducation nationale ne la percevaient pas : les AED et les AESH. Pour ces deux cat&#233;gories, le minist&#232;re et ses repr&#233;sentant&#183;es ont bott&#233; en touche pendant des ann&#233;es pour ne pas verser cette indemnit&#233; que les personnels revendiquaient lors des mobilisations AED et AESH.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2020, la f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation a act&#233; le lancement d'une campagne pour gagner le versement de l'indemnit&#233; pour les AED et les AESH, mais le confinement lors de la crise sanitaire du COVID19 a retard&#233; la campagne qui s'est cependant lanc&#233;e assez rapidement dans plusieurs d&#233;partements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'indemnit&#233; pour les AED. Le d&#233;cret du 28 ao&#251;t 2015 a compl&#232;tement omis la place des AED dans le syst&#232;me &#233;ducatif et les &#233;tablissements d'&#233;ducation prioritaire. Les AED participent pourtant activement &#224; l'encadrement &#233;ducatif des &#233;l&#232;ves des &#233;tablissements d'&#233;ducation prioritaire au quotidien. Les mouvements d'AED et les AED de SUD &#201;ducation portaient cette revendication d'&#233;galit&#233; devant l'indemnit&#233;. La f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation a d&#233;cid&#233; de demander au Premier ministre, qui est investi du pouvoir r&#233;glementaire, de proc&#233;der &#224; une r&#233;vision du d&#233;cret du 28 ao&#251;t 2015 en incluant les AED dans la liste des b&#233;n&#233;ficiaires de l'indemnit&#233;. Le Premier ministre ayant garder le silence, ceci valant refus implicite de rejet de la demande de modification, la f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation a choisi de saisir le Conseil d'&#201;tat : 1. En se fondant sur l'in&#233;galit&#233; de traitement faite &#224; des agent&#183;es public&#183;ques plac&#233;&#183;es dans une situation analogue ; 2. En demandant le r&#233;tablissement de la situation d'&#233;galit&#233; par le versement de l'indemnit&#233; aux AED et leur ajout &#224; la liste des b&#233;n&#233;ficiaires de l'indemnit&#233; ; 3. En demandant au Conseil d'&#201;tat de juger que le d&#233;cret attaqu&#233; &#233;tait ill&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 avril 2022, le Conseil d'&#201;tat a donn&#233; raison &#224; la f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation, dans un arr&#234;t dit &#171; f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conseil d'&#201;tat, arr&#234;t f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation, 4e-1re ch., n&#176; 452547, 12 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et a enjoint au gouvernement de modifier le d&#233;cret dans les six mois suivants. Le Premier ministre et le minist&#232;re de l'Education nationale se sont ex&#233;cut&#233;s &#224; compter du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; janvier 2023, mais le versement n'a &#233;t&#233; effectif que sur les traitements de mars 2023 pour les coll&#232;gues concern&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action juridique, dans ce cas pr&#233;cis, a permis de satisfaire une revendication importante pour les premier&#183;es concern&#233;&#183;es, &#224; savoir l'&#233;galit&#233; de traitement devant les indemnit&#233;s, au moins sur le principe. Politiquement, l'arr&#234;t acte la reconnaissance de la difficult&#233; d'exercice en &#233;ducation prioritaire pour les AED et le fait de devoir les traiter &#224; &#233;quit&#233; avec les fonctionnaires enseignant&#183;es. Le minist&#232;re n'a pas renonc&#233; pour autant &#224; ses travers classistes, puisqu'il a d&#233;cid&#233; que l'indemnit&#233; vers&#233;e aux AED seraient 36 % inf&#233;rieure &#224; celle des enseignant&#183;es. Malheureusement, le Conseil d'&#201;tat a refus&#233; de retoquer le minist&#232;re sur ce point. Les AED revendiquent aujourd'hui l'&#233;galit&#233; de montant de l'indemnit&#233;, ce que la f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation porte &#233;galement et essaye de construire dans le cadre d'un rapport de force pour l'imposer &#224; l'occasion des mobilisations d'AED. Cette bataille gagn&#233;e va de pair avec les revendications d'un statut de fonctionnaire pour les AED en tant qu'&#233;ducateur&#183;rice scolaire, puisqu'il s'agit d'un besoin permanent d'emploi de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'indemnit&#233; pour les AESH. La campagne act&#233;e en 2020 concernait &#233;galement les AESH mais avec une approche assez diff&#233;rente. Nous avions trouv&#233; un moyen pour rattacher les AESH &#224; une des cat&#233;gories devant percevoir l'indemnit&#233; : les personnels m&#233;dico-sociaux. D&#232;s lors, il y avait un double enjeu syndical : acqu&#233;rir l'affirmation de la professionnalisation des AESH en tant que travailleur&#183;ses sociaux&#183;les et r&#233;tablir l'&#233;galit&#233; de traitement entre des personnels plac&#233;s dans une situation analogue. Les AESH repr&#233;sentent aujourd'hui le deuxi&#232;me corps le plus important de personnels employ&#233;s par le minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale apr&#232;s les enseignant&#183;es : iels sont environ 150 000 et 97 % sont des femmes, dont beaucoup &#224; la t&#234;te de familles monoparentales, recrut&#233;&#183;es par contrat &#224; temps non complet impos&#233;, le plus souvent 62 % d'un temps plein. Leur m&#233;tier est en effet consid&#233;r&#233; comme relevant du care, avec les repr&#233;sentations genr&#233;es que suppose un m&#233;tier tr&#232;s f&#233;minis&#233; pour s'occuper d'&#233;l&#232;ves en situation de handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentation suivie par la f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation consistait &#224; consid&#233;rer les AESH comme des personnels m&#233;dico-sociaux titulaires ou r&#233;put&#233;s titulaires d'un Dipl&#244;me d'&#201;tat d'Accompagnant&#183;e &#233;ducatif et social (AES). Ce dipl&#244;me est codifi&#233; dans le Code de l'action sociale et des familles et rattache clairement les titulaires du dipl&#244;me au travail social. L'enjeu de cette campagne n'&#233;tait pas seulement juridique : il s'agissait aussi d'acter et de revendiquer clairement la professionnalisation d'un m&#233;tier mal consid&#233;r&#233; par l'&#201;tat. Cette reconnaissance de la professionnalisation est &#224; corr&#233;ler avec la revendication d'un statut de fonctionnaire en tant qu'&#233;ducateur&#183;rice scolaire sp&#233;cialis&#233;&#183;e, que porte la f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne a permis aux AESH de s'auto-organiser. Dans les d&#233;partements qui y ont particip&#233;, iels sont all&#233;&#183;es d&#233;poser dans les rectorats ou les DSDEN (ex-inspections d'acad&#233;mie) leurs lettres de demande de versement de l'indemnit&#233; avec les arri&#233;r&#233;s en organisant des rassemblements, soutenus et organis&#233;s par SUD &#201;ducation : un peu plus de 500 demandes initiales ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;es au niveau national. Sans surprise, les recteur&#183;rices ont rejet&#233; les demandes formul&#233;es par les AESH, au motif qu'iels ne pourraient pas percevoir l'indemnit&#233; d'un point de vue r&#233;glementaire. Nous avons donc propos&#233; aux coll&#232;gues int&#233;ress&#233;es de passer &#224; la phase contentieuse, et avons d&#233;pos&#233; simultan&#233;ment une bonne cinquantaine de recours dans diff&#233;rents tribunaux administratifs. Un Tribunal administratif, celui de Montreuil, ayant rejet&#233; nos demandes, les coll&#232;gues ont interjet&#233; appel avec l'appui de leur syndicat local. Le Tribunal administratif de Paris a fait enti&#232;rement droit &#224; l'une de nos requ&#234;tes, mais le minist&#232;re a fait appel. Les deux affaires ont &#233;t&#233; jug&#233;es ensemble par la Cour administrative d'appel (CAA) de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 novembre 2024&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cour administrative d'appel de Paris, 9e ch., n&#176;23PA00613, n&#176;23PA00647, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la Cour a jug&#233; que le TA de Montreuil avait commis une erreur de droit en concluant au rejet des demandes des AESH et que le juge du TA de Paris n'avait pas commis d'erreur de droit dans son jugement. Les d&#233;cisions de la CAA de Paris nous ont permis de relancer la campagne de demandes au niveau national. Les coll&#232;gues AESH se sont de nouveau empar&#233;&#183;es de la campagne en adressant des demandes de versement aux recteur&#183;rices dans les acad&#233;mies, qui ont une nouvelle fois refus&#233; de faire droit aux demandes. Un certain nombre de coll&#232;gues ont d&#233;pos&#233; des requ&#234;tes dans diff&#233;rents TA qui ne sont pas encore jug&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intervalle, le minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, qui n'est pas &#224; un classisme pr&#232;s, s'est pourvu en cassation contre les arr&#234;ts de la CAA de Paris. Le 16 juillet 2025&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conseil d'&#201;tat, 4e-1re ch., n&#176;500429, n&#176;500427, 16 juill. 2025, Publi&#233; au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le minist&#232;re a &#233;t&#233; d&#233;finitivement d&#233;bout&#233; par le Conseil d'&#201;tat qui a conclu que les arguments port&#233;s par SUD &#201;ducation &#233;taient juridiquement valables. Ainsi, les AESH auraient d&#251; percevoir l'indemnit&#233; REP/REP+ d&#232;s sa mise en place en 2015. L'&#201;tat est condamn&#233; &#224; verser dans les six mois les sommes r&#233;clam&#233;es par les coll&#232;gues des affaires des TA de Montreuil et de Paris lors de leur demande initiale avec les arri&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'aspect financier qui est une bonne chose pour les coll&#232;gues pr&#233;caires, cette d&#233;cision du 16 juillet 2025 est une victoire politique importante pour les personnels pr&#233;caires du minist&#232;re. Celui-ci a &#233;t&#233; lourdement condamn&#233;, autant qu'on peut l'&#234;tre en droit administratif, mais, dans le cadre du rapport de force construit, cela montre aussi que les pr&#233;caires, donc les plus fragilis&#233;&#183;es, peuvent remporter des victoires juridiques et syndicales importantes, accompagn&#233;&#183;es par un syndicat qui n'a plus &#224; d&#233;montrer ses capacit&#233;s &#224; accompagner des personnels dans des combats juridiques complexes. Cette victoire est d'une importance telle que les autres organisations syndicales de l'&#201;ducation nationale, qui n'&#233;taient peu ou pas investies sur la question, sauf dans certains d&#233;partements, ont eu t&#244;t fait de communiquer envers les AESH pour les inciter &#224; demander des arri&#233;r&#233;s de prime REP/REP+ en omettant la mention de SUD &#201;ducation. L'arr&#234;t du Conseil d'&#201;tat est une bonne nouvelle pour toutes les affaires pendantes devant les TA. Les juges devraient logiquement s'en remettre &#224; la jurisprudence et condamner les rectorats &#224; payer les sommes dues. Cette d&#233;cision incite &#233;galement les AESH &#224; formuler des demandes de versement avec r&#233;troactivit&#233;. Les AESH sont devenu&#183;es un corps qui ne peut plus &#234;tre ignor&#233; vu sa volum&#233;trie, &#224; tel point qu'une proposition de loi s&#233;natoriale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Proposition de loi s&#233;natoriale no 872 d&#233;pos&#233;e le 31 juillet 2025 visant &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e pour la cr&#233;ation d'un statut de fonctionnaire pour les AESH. Les luttes et les victoires juridiques permettent que le l&#233;gislateur s'empare de la question statutaire, qui va dans le bon sens de la p&#233;rennisation d'un m&#233;tier indispensable &#224; l'inclusion scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il y a sans doute d'autres exemples plus parlants de luttes juridiques qui servent la lutte syndicale, dans le secteur priv&#233; notamment, mais il est assez rare de s'int&#233;resser &#224; ce qu'on peut gagner dans le public. Dans mon approche de l'action syndicale, on construit le rapport de force contre les chef&#183;es au quotidien sur le lieu de travail, sans h&#233;siter &#224; faire usage du droit pour appuyer ce rapport de force et contraindre l'administration &#224; appliquer ce m&#234;me droit, d'autant plus quand il nous est favorable. Le droit sert &#233;galement &#224; d&#233;fendre les agent&#183;es traduits devant des conseils de discipline, notamment du fait de leur action syndicale face &#224; l'administration : assurer une d&#233;fense en conseil de discipline, c'est non seulement une ma&#238;trise des textes statutaires et r&#233;glementaires mais &#233;galement une strat&#233;gie de politique syndicale pour obtenir l'arr&#234;t de la proc&#233;dure. Les actions juridiques sont compl&#233;mentaires &#224; nos actions de gr&#232;ve, de blocage, et elles servent tout autant &#224; construire l'outil syndicat que les prises de parole dans des AG de gr&#233;vistes ou des tourn&#233;es de services. Il y a &#233;galement une responsabilit&#233; collective que doivent porter les &#233;quipes syndicales, en ne laissant pas s'isoler les camarades qui pratiquent le droit de fa&#231;on syndicaliste, le risque &#233;tant que les proc&#233;dures se fassent sans que le syndicat en conserve la ma&#238;trise politique, car c'est bien d'un enjeu de politique syndicale qu'il s'agit et pas d'un enjeu purement technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Professeur d'Histoire-G&#233;ographie dans un coll&#232;ge REP+ de N&#238;mes, Bruno Chaniac a &#233;t&#233; membre du syndicat SUD &#233;tudiant entre 2005 et 2010, puis du syndicat SUD &#233;ducation Gard-Loz&#232;re depuis 2012. Au sein de la f&#233;d&#233;ration SUD &#233;ducation, il a &#233;t&#233; charg&#233; des questions juridiques entre 2018 et 2022, impliqu&#233; sur les questions statutaires et juridiques dont les proc&#233;dures disciplinaires. Il participe aujourd'hui &#224; la commission Fonction publique de Solidaires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la chronologie d&#233;taill&#233;e des deux premi&#232;res ann&#233;es de luttes sur le site de Sud &#201;ducation, &#171; Indemnit&#233;s REP/REP+ pour les AED &amp; AESH, le m&#233;pris du minist&#232;re ! &#187;, 27 octobre 2022, &lt;a href=&#034;https://www.sudeducation.org/tracts/indemnite-rep-rep-pour-les-aed-aesh-le-mepris-du-ministere/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;. Cet article a d'abord &#233;t&#233; publi&#233; par nos camarades des &lt;i&gt;Utopiques&lt;/i&gt;, dans le n&#176; 30, hiver 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;REP : R&#233;seau d'&#233;ducation prioritaire. &#192; la rentr&#233;e 2023, 1 093 r&#233;seaux composaient la carte de l'&#233;ducation prioritaire : 731 coll&#232;ges et 4 136 &#233;coles en REP, 362 coll&#232;ges et 2 459 &#233;coles en REP+.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;cret n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 2015-1087 du 28 ao&#251;t 2015 portant r&#233;gime indemnitaire sp&#233;cifique en faveur des personnels exer&#231;ant dans les &#233;coles ou &#233;tablissements relevant des programmes &#171; R&#233;seau d'&#233;ducation prioritaire renforc&#233; &#187; et &#171; R&#233;seau d'&#233;ducation prioritaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conseil d'&#201;tat, arr&#234;t f&#233;d&#233;ration SUD &#201;ducation, 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;-1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; ch., n&#176; 452547, 12 avril 2022, publi&#233; au Recueil Lebon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cour administrative d'appel de Paris, 9&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ch., n&#176;23PA00613, n&#176;23PA00647, n&#176;23PA00648, n&#176;23PA00649, n&#176;23PA00650, n&#176;23PA00651, n&#176;23PA00652, n&#176;23PA00653, n&#176;23PA00654, 8 nov. 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conseil d'&#201;tat, 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;-1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; ch., n&#176;500429, n&#176;500427, 16 juill. 2025, Publi&#233; au Recueil Lebon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Proposition de loi s&#233;natoriale n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 872 d&#233;pos&#233;e le 31 juillet 2025 visant &#224; int&#233;grer les accompagnants des &#233;l&#232;ves en situation de handicap dans la fonction publique et &#224; garantir une meilleure inclusion des &#233;l&#232;ves en situation de handicap et &#224; besoins &#233;ducatifs particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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