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	<title>Syndicalistes !</title>
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	<description>Syndicalistes&#8239;! est un site d'&#233;change et de d&#233;bat sur les pratiques syndicales. &#192; terme, nous aimerions que cela devienne une plateforme pour faire du lien en chair et en os, organiser des rencontres, et pourquoi pas des formations.
Le lancement du site a eu lieu fin septembre 2023, mais vous pouvez toujours lire et signer l'appel pr&#233;sentant ce nouvel espace de r&#233;flexion, et nous envoyer vos contributions : bilan d'une lutte, compte-rendu d'un congr&#232;s, partage d'une pratique qui fonctionne, &#233;tat des lieux des r&#233;flexions syndicales sur un sujet, note de lecture, etc. Le format des contributions est assez libre : courte note de blog, article plus fouill&#233;, interview, etc.
L'&#233;quipe d'animation joue le r&#244;le de comit&#233; &#233;ditorial et est en charge de mettre les contributions re&#231;ues en ligne apr&#232;s un &#233;ventuel &#233;change avec les auteur&#183;ices en cas de n&#233;cessit&#233; (mots-cl&#233;s et/ou titre manquant, signature, passages de l'article qui posent probl&#232;me, etc.).</description>
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		<title>Syndicalistes !</title>
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		<title>La meilleure d&#233;fense des strip-teaseuses, c'est l'entraide</title>
		<link>https://www.syndicalistes.org/la-meilleure-defense-des-strip-teaseuses-c-est-l-entraide</link>
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		<dc:date>2023-10-24T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Al Caudron</dc:creator>


		<dc:subject>Antipatriarcat</dc:subject>
		<dc:subject>IWW</dc:subject>
		<dc:subject>Travail du sexe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous traduisons ici un texte de Caroline Leigh, d'abord paru sur le blog Organizing.work. Travailleuse du sexe et militante syndicale des Industrial Workers of the World (IWW), elle d&#233;crit son exp&#233;rience dans l'industrie du strip-tease et l'urgence de s'y organiser collectivement. C'est autant une invitation adress&#233;e aux syndicalistes qui perp&#233;tuent la stigmatisation et l'isolement de ces travailleuses &#224; entrer en solidarit&#233; avec elles, qu'une incitation en direction de ses coll&#232;gues &#224; faire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.syndicalistes.org/+-iww-+" rel="tag"&gt;IWW&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH129/lets-organize-6432a.png?1698130871' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous traduisons ici un texte de Caroline Leigh, d'abord paru sur le blog &lt;a href=&#034;https://organizing.work/2022/08/strippers-greatest-protection-is-each-other/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Organizing.work&lt;/a&gt;. Travailleuse du sexe et militante syndicale des Industrial Workers of the World (IWW), elle d&#233;crit son exp&#233;rience dans l'industrie du strip-tease et l'urgence de s'y organiser collectivement. C'est autant une invitation adress&#233;e aux syndicalistes qui perp&#233;tuent la stigmatisation et l'isolement de ces travailleuses &#224; entrer en solidarit&#233; avec elles, qu'une incitation en direction de ses coll&#232;gues &#224; faire front ensemble pour lutter contre des conditions de travail d&#233;shumanisantes et d&#233;l&#233;t&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'industrie am&#233;ricaine des clubs de strip-tease d&#233;tient environ 7,4 milliards de dollars en banque, et sans doutes davantage en esp&#232;ces. Alors que les strip-teaseuses sont un recours rapide contre la solitude, leurs patrons font tout ce qu'ils peuvent pour qu'elles-m&#234;mes soient tr&#232;s isol&#233;es. Lors de mon premier entretien d'embauche dans un club, nous &#233;tions mont&#233;es les unes contre les autres avant m&#234;me d'&#234;tre engag&#233;es. J'ai particip&#233; au cycle hebdomadaire de recrutement contre dix autres strip-teaseuses novices. La meilleure d'entre nous gagnait le gros lot : 500 dollars et un contrat en large partie ill&#233;gal. Ce jour-l&#224; une danseuse &#233;tait trop ivre pour pouvoir participer. Elle a &#233;t&#233; mise &#224; la porte sans plus de c&#233;r&#233;monie : elle n'avait plus qu'&#224; rentrer chez elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du syndicalisme au sein de l'industrie du strip-tease est quasi-inexistante. Le syndicat du Lusty Lady, cr&#233;&#233; en 1996 &#224; San Franscisco au sein du Service Employees International Union&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Union Internationale des Employ&#233;s des Services, syndicat nord-am&#233;ricain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fait figure d'exception. Les travailleuses d'un peep-show [spectacles &#233;rotiques ou pornographiques effectu&#233;s en cabines o&#249; les danseuses sont s&#233;par&#233;es du public par une vitre] se sont alors mobilis&#233;es contre les emplois du temps racistes qui limitaient le nombre de danseuses noires pouvant danser en m&#234;me temps, ainsi que contre l'installation de miroirs sans tain qui permettaient aux clients de les filmer sans leur consentement. Leur gr&#232;ve a pay&#233; : elles ont d'abord obtenu un accord d'entreprise, avant de reprendre le strip-club en coop&#233;rative en 2003. Elles ont ferm&#233; leurs portes en 2013, faute de pouvoir payer leur loyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette absence de syndicalisation est en partie due au fait que les strip-teaseuses sont presque toujours consid&#233;r&#233;es comme des entrepreneuses ou travailleuses ind&#233;pendantes, les excluant de l'organisation syndicale traditionnelle [centr&#233;e sur les salari&#233;&#183;es]. La stigmatisation du travail du sexe, qui n'est souvent pas consid&#233;r&#233; comme un &#8220;vrai&#8221; travail, m&#234;me s'il rapporte du &#8220;vrai&#8221; argent, incite les syndicats &#224; ne pas entacher leur r&#233;putation en organisant ce secteur. Les travailleuses elles-m&#234;mes sont pouss&#233;es &#224; d&#233;valoriser leur travail. La cons&#233;quence, c'est que l'industrie du strip-tease peut exploiter et capitaliser sur la d&#233;sirabilit&#233; et la sexualit&#233; des strip-teaseuses tout en les gardant vuln&#233;rables au viol, &#224; la violence, aux blessures irr&#233;versibles, &#224; l'augmentation des loyers [pour avoir le droit de danser] et aux licenciements pour des motifs aussi vari&#233;s que la prise de poids, la grossesse ou le refus d'autoriser les clients &#224; vous filmer, le fait d'&#234;tre une femme de couleur (surtout quand on est noire), de demander son contrat, le port de mauvaises tenues, ne pas se d&#233;shabiller suffisamment, r&#233;pondre &#224; son patron, &#234;tre accus&#233;e de solliciter des relations sexuelles, ne pas s'&#234;tre fait de manucure, &#234;tre en retard malgr&#233; des horaires ill&#233;gaux, ou faire payer trop cher les clients. Ce ne sont l&#224; que quelques-uns des motifs de licenciement dont j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin ou dont j'ai entendu parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les strip-teaseuses affichent souvent un air invincible &#8211; mais nous sommes oblig&#233;es d'avoir confiance en nous-m&#234;mes, car il n'y a pratiquement rien d'autre sur lequel vous pouvez compter dans les clubs de strip-tease.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'id&#233;ologie moderne de la sant&#233; mentale, l'injonction &#224; &#171; poser des limites saines &#187; est omnipr&#233;sente. Th&#233;oriquement, il s'agit de choix individuels permettant de se sentir en s&#233;curit&#233; dans ses relations. Cependant, dans un club de strip-tease comme ailleurs, vous pouvez poser toutes les limites que vous voulez, et &#234;tre viol&#233;e quand m&#234;me. Mais le pire, c'est que les patrons de strip-clubs et leur staff entretiennent pr&#233;cis&#233;ment un environnement propice aux agressions des danseuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s mon exp&#233;rience, fixer des limites lorsque l'on se sent seule n'aboutit qu'&#224; multiplier les cauchemars et se sentire plus petite encore. Lors de ma premi&#232;re semaine de travail dans un club, il y avait un repas sp&#233;cial o&#249; les clients &#233;taient cens&#233;s obtenir une &lt;i&gt;lap dance&lt;/i&gt; gratuite en plus de leur repas. Apr&#232;s avoir effectu&#233; une danse, un client m'a tendu un ticket &lt;i&gt;admit one&lt;/i&gt; [coupon signifiant qu'il avait achet&#233; un repas] au lieu d'argent et m'a souri. Je l'ai regard&#233; avec incr&#233;dulit&#233;. Je suis imm&#233;diatement all&#233;e voir le responsable de l'&#233;quipe de jour et j'ai demand&#233; une copie de mon contrat. &#192; la fin de mon service, le propri&#233;taire du club me l'a remis, mais m'a &#233;galement dit de ne plus jamais revenir. Il m'a expliqu&#233; que le club &#233;tait &#171; trop plein &#187; de filles &#224; ce moment-l&#224;, un dimanche, alors que seulement trois autres danseuses travaillaient. Lorsqu'il m'avait engag&#233;e la semaine pr&#233;c&#233;dente, ils &#233;taient &#171; d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#187; &#224; la recherche de nouvelles filles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes camarades de l'IWW [Industrial Workers of the World] m'ont encourag&#233;e &#224; riposter. Nous avons organis&#233; des appels t&#233;l&#233;phoniques de masse et des syndiqu&#233;s de tout le pays ont harcel&#233; le patron au t&#233;l&#233;phone. Encourag&#233;e par mes camarades, je suis retourn&#233;e au travail pour l'affronter, car mon contrat stipulait qu'ils devaient me donner un pr&#233;avis de 30 jours avant de me licencier. Les responsables de jour ont essay&#233; de me faire partir en me disant que je perdais mon temps, tandis que le propri&#233;taire du club mena&#231;ait d'appeler la police si je ne quittais pas les lieux. J'ai sorti mes crayons de couleur et j'ai attendu patiemment pendant quatre heures jusqu'&#224; ce qu'il vienne au club pour me parler en personne. Lorsqu'il est enfin entr&#233;, j'ai pos&#233; des limites tr&#232;s claires et je lui ai dit qu'il avait tort et qu'il avait enfreint neuf clauses diff&#233;rentes de mon contrat de travail. Il m'a saisi par le bras et m'a emmen&#233;e dans une arri&#232;re-salle du club, sans cam&#233;ra, m'a cri&#233; dessus et a continu&#233; &#224; me menacer d'appeler la police et de me poursuivre en justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je ne raconte pas d'habitude, c'est que ce patron est ensuite venu hanter mes cauchemars pendant des mois. Dans le club o&#249; j'ai travaill&#233; ensuite, lorsque j'ai vu entrer l'avocat du club qui m'avait licenci&#233;, je me suis fig&#233;e. Je suis rentr&#233;e chez moi imm&#233;diatement, sans demander mon reste, de peur d'&#234;tre mise sur la liste noire de tous les clubs de Baltimore et de ne pas pouvoir payer mon loyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce licenciement ill&#233;gal d&#232;s ma premi&#232;re semaine de travail m'a habitu&#233;e &#224; me taire quand le club s'en prenait &#224; nos conditions de travail. J'ai pris l'habitude de payer pour pouvoir travailler (litt&#233;ralement &#8211; presque tous les clubs de strip-tease facturent une &lt;i&gt;house fee&lt;/i&gt;, une somme standard que nous payons au club au d&#233;but de notre service, allant de 20 &#224; 120 dollars, en plus d'un &#8220;pourboire&#8221; pr&#233;vu pour le personnel et la s&#233;curit&#233;). J'ai compris que lorsque les clients devenaient violents, c'est nous qui &#233;tions bl&#226;m&#233;es le plus souvent, et j'ai en effet vu mes coll&#232;gues et la direction r&#233;primander les filles qui s'&#233;taient fait casser des c&#244;tes ou qui avaient &#233;t&#233; viol&#233;es dans les salles priv&#233;es. Lorsque les codes vestimentaires sont devenus plus arbitraires et plus stricts, je me suis adapt&#233;e. Et lorsque le club a augment&#233; sa part &#224; plus de 60 % du prix des danses, comme me l'a dit mon nouveau patron, &#171; vous pouvez toujours partir : il y a tous les jours des filles qui atteignent l'&#226;ge de 18 ans. &#187; &#199;a m'a fait r&#233;aliser &#224; quel point cette industrie voulait faire de nous des travailleuses &#171; jetables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'ai aussi beaucoup appris de mes coll&#232;gues, qui m'ont aid&#233;e &#224; fixer des limites claires avec les clients, &#224; appr&#233;cier ma propre valeur et &#224; me rendre compte que j'&#233;tais puissante. Les strip-teaseuses m'ont appris &#224; r&#233;clamer ce que je voulais sans m'en excuser, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; je n'ai jamais &#233;t&#233; encourag&#233;e &#224; m'affirmer. Elles m'ont appris &#224; g&#233;rer mon argent, &#224; mettre des faux cils et &#224; savourer du bon champagne. Les cabines d'essayage servaient de refuge o&#249; l'on cultivait la solidarit&#233;. Lorsque des clients ou la directions testaient nos limites ou les d&#233;passaient, les strip-teaseuses des loges &#233;taient toujours pr&#234;tes &#224; nous r&#233;conforter ou &#224; nous complimenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 5 ans de travail dans le secteur, ma coll&#232;gue X a &#233;t&#233; agress&#233;e sexuellement par notre DJ dans l'arri&#232;re-salle sans cam&#233;ra de notre loge o&#249; se trouvait le champagne. X ne s'est pas tue. X en a parl&#233; &#224; toutes ses amies et coll&#232;gues. X a fait du bruit et a organis&#233; un groupe de 15 d'entre nous pour confronter notre patron, pour qu'il nous explique pourquoi le DJ ne faisait pas l'objet d'une enqu&#234;te et n'&#233;tait pas licenci&#233;. Au cours de la confrontation, d'autres danseuses sont venues lui dire en face qu'elles aussi avaient subi un viol de sa part. Nous avons toujours racont&#233; comment il s'y prenait pour que certaines d'entre nous ne se sentent pas en s&#233;curit&#233;. Mon patron s'est lav&#233; de toute responsabilit&#233;, a &#233;vit&#233; toute r&#233;f&#233;rence au droit du travail et a menac&#233; de poursuivre en justice mon amie qui s'&#233;tait plainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; notre action, le DJ a finalement &#233;t&#233; licenci&#233;&#8230; puis r&#233;embauch&#233; un an plus tard, avant d'&#234;tre &#224; nouveau licenci&#233;. La victoire n'a &#233;t&#233; ni nette ni d&#233;finitive, et n'a pas n&#233;cessairement gu&#233;ri tous les survivantes. Cette mobilisation &#224; rendue certaines travailleuses plus fortes, d'autres plus en col&#232;re, d'autres encore ont bl&#226;m&#233; d'autres survivantes, et d'autres enfin ont &#233;t&#233; profond&#233;ment et durablement perturb&#233;es par cette exp&#233;rience. Cependant, l'exp&#233;rience de la confrontation collective avec notre patron m'a donn&#233; de l'espoir, alors que jusque-l&#224; j'avais plut&#244;t acquis l'impression qu'il fallait que j'endurcisse mon d&#233;sespoir face au risque quotidien d'agression sexuelle, de misogynie et d'extorsion par le club. En nous r&#233;unissant, nous &#233;tions une force avec laquelle il fallait compter, et non plus une force de travail dont on pouvait se servir &#224; sa guise puis se d&#233;barrasser.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Adrienne Maree Brown [militante am&#233;ricaine noire, f&#233;ministe et anti-raciste] parle beaucoup de l'usage de la somatique r&#233;paratrice [&lt;i&gt;generative somatics&lt;/i&gt;]. La somatique consiste &#224; prendre en compte nos &#233;motions, nos sensations et les r&#233;actions de nos corps afin d'orienter nos actions vers un objectif plus large de changement social. C'est un outil pr&#233;cieux dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique, o&#249; la culpabilit&#233; et la honte accablantes, l'engourdissement, les difficult&#233;s relationnelles, le fait d'&#234;tre toujours sur ses gardes, etc., font parti du processus. Le syndicalisme est difficilement dissociable des enjeux de sant&#233; mentale et des traumatismes, car nous sommes confront&#233;&#183;es &#224; des personnes qui souffrent de situations profond&#233;ment toxiques et de relations de domination avec leurs patrons. J'ai &#233;t&#233; form&#233;e au sein de l'IWW sur la mani&#232;re de faire des entretiens individuels, de relier les enjeux des unes avec ceux des autres. C'est gr&#226;ce &#224; ces conversations fondamentales que l'on peut d&#233;terminer ce que les travailleuses du sexe ont en commun entre elles et avec l'ensemble des travailleur&#183;euses. Comme se le &lt;a href=&#034;http://adriennemareebrown.net/2015/07/27/what-are-you-a-fight-for/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;demande&lt;/a&gt; Adrienne Maree Brown, &#171; comment pouvons-nous nous battre les unes pour les autres ? &#187;. Que pourrait signifier l'&#233;mancipation de notre sexualit&#233;, si nous nous battions collectivement plut&#244;t qu'en propri&#233;taires individuelles de nos corps ? Comment lutter de mani&#232;re offensive au sein de cette industrie du strip-tease, au lieu d'&#234;tre simplement sur la d&#233;fensive face &#224; tout ce qu'on nous fait subir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condamnation du travail du sexe, consid&#233;r&#233; comme une forme d'objectivation et de violence patriarcale, sont r&#233;alistes si nous ne sommes pas trait&#233;es comme des &#234;tres humains &#224; part enti&#232;re dans notre travail. Le travail du sexe peut &#234;tre sacralis&#233;, r&#233;pugnant, valorisant, traumatisant, altruiste, ou encore beaucoup d'autres choses. Mais ce sont les conditions dans lesquelles nous le pratiquons qui d&#233;terminent si nous pouvons nous y &#233;manciper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde le r&#233;p&#232;te : le travail du sexe est un secteur difficile &#224; organiser. Les syndicalistes doivent reconna&#238;tre la valeur du travail du sexe pour prendre la mesure des risques qu'il y a &#224; ne pas organiser cette industrie. Je ne devrais m&#234;me pas avoir &#224; dire que les agressions sexuelles ne devraient pas &#234;tre un risque professionnel. Pas plus tard que la semaine derni&#232;re, le premier client &#224; qui ma coll&#232;gue a parl&#233; a mis de la drogue dans son verre &#224; 21 heures, et elle a pass&#233; la moiti&#233; de la nuit &#224; vomir. La direction lui a dit qu'elle n'avait pas le temps de visionner les images de la cam&#233;ra de surveillance pour identifier le client et lui interdire l'entr&#233;e du club. Certains affirment que le consentement n'existe pas dans un &#233;change sexuel r&#233;mun&#233;r&#233;, que le secteur lui-m&#234;me est une aberration morale, ou encore que cette &#233;conomie soutient le patriarcat en nous consid&#233;rant comme des objets. C'est un d&#233;bat qui me pr&#233;occupe beaucoup moins que de savoir comment emp&#234;cher que mes coll&#232;gues se fassent violer au boulot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes, des strip-teaseuses tiennent un piquet de gr&#232;ve &lt;a href=&#034;https://www.peoplesworld.org/article/strippers-on-strike-in-north-hollywood-after-mounting-safety-threats/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tous les soirs&lt;/a&gt; &#224; North Hollywood pour protester contre une nouvelle politique qui oblige les agents de s&#233;curit&#233; &#224; demander d'abord &#224; la direction (qui est souvent absente des lieux) avant d'intervenir lorsque des clients agressent des danseuses. Les managers des danseuses les qualifient de &#171; serviettes en papier &#187; &#8211; &#224; jeter apr&#232;s usage. Cette attitude est extr&#234;mement dangereuse et montre encore une fois que la protection des danseuses n'a jamais fait partie des pr&#233;occupations du patronat du strip-tease. Par l'adoption de la loi AB-5 en 2020, qui intime aux entreprises du capitalisme de plateforme de consid&#233;rer leurs travailleurs ind&#233;pendants comme des salari&#233;s et de leur accorder des avantages sociaux en cons&#233;quence comme une assurance ch&#244;mage et maladie, la Californie a &#233;largi la possibilit&#233; de se syndiquer aux strip-teaseuses. Les danseuses de Star Gardens tentent d'en tirer parti. Mais comme indiqu&#233; plus haut, il s'agit plus d'une exception que d'une r&#232;gle. On pourrait se dire que le mod&#232;le de &#171; l'action directe &#187; port&#233;e par l'IWW est beaucoup plus accessible aux strip-teaseuses. Je pense &#233;galement qu'il est important de d&#233;velopper parmis les strip-teaseuses le sentiment visc&#233;ral de notre puissance collective en tant que travailleuses organis&#233;es, plut&#244;t que de nous en remettre enti&#232;rement &#224; un groupe de professionnels pour n&#233;gocier des accords d'entreprises souvent m&#233;diocres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre soir, les strip-teaseuses de North Hollywood ont plac&#233; un toboggan sur leur piquet de gr&#232;ve pour une soir&#233;e sur le th&#232;me de la natation. Selon moi, &#231;a amorce une sacr&#233;e pratique de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le travail du sexe, on se sent souvent seule &#8211; face aux clients, &#224; la direction, et en concurrence avec ses coll&#232;gues. C'est traumatisant. Isol&#233;es, nous seront toujours les plus faibles. Faire communaut&#233; est une bonne fa&#231;on de se sentir plus libres &#8211; m&#234;me si cela ne change pas tout. Je sais que je me sens plus forte lorsque je me sens soutenue par mes coll&#232;gues, sachant qu'elles prendront des risques &#224; mes c&#244;t&#233;s, que nous nous soucions de notre s&#233;curit&#233; plus que du prochain dollar, et que nous savourerons ensemble un peu plus de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Leigh est travailleuse du sexe et th&#233;rapeute. Elle vit avec son pitbull &#224; Baltimore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Union Internationale des Employ&#233;s des Services, syndicat nord-am&#233;ricain repr&#233;sentant 2,2 millions de travailleur&#183;es exer&#231;ant plus de 100 professions diff&#233;rentes aux &#201;tats-Unis, &#224; Porto Rico et au Canada.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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