Qui va diriger la CGT ? Repères sur la commission exécutive proposée au 54e congrès
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La Confédération générale du travail (CGT) tient son 54e congrès confédéral à Tours, du 1er au 5 juin prochain. Comme de coutume dans un congrès CGT, il s’agit à la fois pour le millier de délégués présents de débattre et de voter le bilan de la direction sortante, de définir la feuille de route confédérale pour les trois années à venir (« le document d’orientation ») et d’élire une nouvelle direction nationale (la « commission exécutive confédérale »). C’est au sein de cette dernière qu’est choisi le « bureau confédéral », qui comprend notamment la secrétaire générale (Sophie Binet est candidate à sa réélection), ainsi que l’administrateur de la confédération (idem pour Laurent Brun).
Moment syndical à la fois très codifié et très ritualisé, le congrès confédéral n’exclut cependant pas des surprises. Le dernier, tenu en 2023 à Clermont-Ferrand, avait en effet conduit à un vote négatif du rapport d’activité du mandat écoulé (sous Philippe Martinez), et surtout à l’élection de Sophie Binet comme secrétaire générale de l’organisation, au lieu et place de Marie Buisson (alors secrétaire générale de la FERC), candidate pourtant adoubée par la direction confédérale sortante. Fait inédit, cette dernière avait également fait face à deux candidatures rivales : celle de Céline Verzeletti (alors co-secrétaire générale de l’UFSE) et celle d’Olivier Mateu (secrétaire général de l’UD 13).
Ce billet se propose de décrypter les enjeux autour de l’élection de la future commission exécutive confédérale (CEC) en présentant à grands traits le processus menant à son élection d’une part, et quelle en sera la composition d’autre part. La constitution de la CEC est en effet un processus complexe et de longue haleine qui débute bien en amont du congrès. Sur ces candidatures, il ne s’agit pas de porter de jugement mais de mettre en évidence les grands équilibres en présence dans la future CEC : quelle est la part du public et du privé, quelles sont les fédérations représentées, etc. En explicitant ce processus et en objectivant les forces syndicales en présence, on espère ainsi contribuer à faire vivre la démocratie syndicale en donnant des clés de lecture pour les débats à venir au congrès confédéral.
Pour ne pas trop complexifier le propos, et malgré son importance, ce billet laisse volontairement de côté l’élection de la commission financière de contrôle – la CFC, chargée de vérifier les comptes de la confédération et composée de 5 personnes.
Comment est composée la future CEC ?
Commençons par quelques éléments de base : la commission exécutive confédérale (CEC) est élue par le congrès de la CGT pour 3 ans. Elle est l’une des deux instances dirigeantes nationales de la confédération, avec le comité confédéral national (CCN), qui est composé quant à lui des dirigeant⋅es des Unions départementales (UD), des Fédérations et des organisations spécifiques (CNTPEP – Comité national des privé⋅es d’emploi et précaires, UGICT – Union générale des ingénieur⋅es, cadres et technicien⋅nes, UCR – Union confédérale des retraités…). La CEC se réunit au moins une fois par mois. Outre une instance de direction, elle est aussi un espace de travail plus large qui permet de « faire confédération », puisqu’elle pilote un certain nombre de commissions ou groupes de travail (sous ce mandat, une quinzaine) ouverts à d’autres syndicalistes de la CGT (généralement des militant⋅es chevronnés) pour travailler à l’échelle confédérale sur différents sujets : formation syndicale, élections professionnelles, travail et santé, etc.
La CEC et le CCN sont étroitement liés lors du congrès puisque si la CEC est élue par les congressistes, c’est le CCN qui élit à la fin du congrès le bureau confédéral, dont les membres sont choisis parmi la CEC, sur proposition de cette dernière. Il compte actuellement 14 membres. On va voir également que le CCN intervient à toutes les étapes importantes du processus de sélection des candidatures de la CEC. Quelles sont les règles formelles qui président la composition de la CEC ? Et quel est le processus au sein de la CGT qui mène à l’établissement d’une liste de candidatures soumise au congrès ?
Ce processus est piloté par une « commission des candidatures » composée de membres de la CEC, dont les travaux ont débuté au début de l’année 2025. La première étape a d’abord été d’établir une liste de critères pour trier les candidatures à venir. Ces critères ont été adoptés lors de la CEC du 13 mai 2025 et du CCN du 11-12 juin 2025. Ce sont au total 8 grands critères qui ont été retenus :
- Les candidat⋅es devront avoir une expérience de direction d’organisation, de luttes ou de négociation.
- Les candidat⋅es devront avoir suivi le parcours de formation syndicale de la CGT jusqu’au niveau 2 (« développer la CGT »).
- Les candidat⋅es devront avoir suivi la formation « Combattre les violences sexistes et sexuelles ».
- Les candidat⋅es devront pouvoir consacrer un mi-temps au moins à la direction confédérale.
- Les organisations devront veiller à présenter un maximum de candidates, car la CEC est obligatoirement paritaire, et ceci depuis 1999.
- Les organisations devront présenter un maximum de candidat⋅es issus de la « diversité » et de la « jeunesse ».
- La future CEC devra respecter un équilibre entre le secteur public et privé.
- La future CEC comprendra entre 50 et 60 membres.
Ces critères ont permis à la commission des candidatures d’examiner les 82 candidatures recevables pour la CEC (78) et la CFC (4). À noter qu’en raison du trop faible nombre de candidatures à la CFC, une candidature à la CEC y a été réorientée. Surtout, il faut souligner une très nette diminution du nombre de candidatures, puisqu’il y en avait 105 en 2023. Cette liste de candidatures a été validée comme recevable lors de la CEC du 28 octobre 2025, qui était aussi celle où les candidatures de Sophie Binet et de Laurent Brun comme secrétaire générale et administrateur de la CGT ont été approuvées. Le CCN des 4-5 novembre 2025 en a ensuite fait de même.
Nous n’avons pas connaissance des débats internes à la commission des candidatures qui ont conduit à écarter certaines candidatures pour réduire la liste à 60. Il est notamment difficile de juger quelles candidatures ont été écartées pour des raisons tenant à la personne présentée, et celles qui n’ont pas été retenues pour préserver des grands équilibres internes dans la composition de la CEC. On peut tout de même noter que les candidatures écartées ont conduit à exacerber certains déséquilibres dans la composition de la future CEC (sur lesquels nous allons revenir) : entre les structures professionnelles (8 candidatures écartées) et celles soutenues par les UD (9), entre les cadres (10 candidatures écartées) et les ouvrier⋅es/employé⋅es (7), ou entre le privé (14 candidatures écartées) et le public (4). Enfin, il faut relever que toutes les personnes issues de la CEC actuelle se représentant pour la prochaine CEC ont vu leur candidature retenue, à l’exception d’une seule.
En bout de course, c’est la CEC du 13 avril 2026 qui a validé cette liste restreinte des 60 candidatures retenues pour la future CEC (plus 5 pour la future CFC). Le CCN des 28-29 avril 2026 a également approuvé la liste, à 79 pour, 5 contre et 12 abstentions. De tels résultats indiquent que les débats ont été vifs dans cette instance, notamment en raison de la proportion élevée de cadres dans la liste proposée et de la prédominance des candidatures proposées par les fédérations au détriment des candidatures portées par les structures interprofessionnelles, comme on va le voir plus loin. Plutôt lucide sur la portée et les limites de l’exercice, la commission des candidatures, dans son bilan, a regretté n’avoir pas reçu davantage de propositions de syndicalistes « qui ont mené des luttes dans la dernière période » et « d’ouvriers/employés et de diversité ».
On dispose donc désormais de la liste complète des candidatures à la CEC qui sera soumise au 54e congrès. Même si cela est peu probable, les congressistes pourront rejeter certaines candidatures lors du congrès, ou au contraire rajouter certains noms écartés par la commission des candidatures. La liste présentée a ainsi de grandes chances d’être celle qui sera élue au congrès. Comme bien souvent dans les élections, c’est donc autant le processus de sélection des candidatures qui compte que leur vote en tant que tel. On se propose donc d’analyser la composition de cette liste [1].
Qui sont les membres de la future CEC ?
Une CEC marquée par la prédominance des ICTAM et des fractions stabilisées du salariat
La future CEC est légèrement plus resserrée que celle élue en 2023, puisqu’elle compte 60 membres contre 66 (à noter toutefois que la CEC élue en 2023 a évolué au cours de mandat : 5 personnes ont démissionné au cours de la mandature, et 1 autre a été exclue). La CEC est forcément paritaire. Les femmes viennent d’abord de la santé (6 personnes), tandis que les hommes sont d’abord issus du rail, de la métallurgie ou des organismes sociaux – Sécurité sociale, mutuelles… (4 militants chacune). La moyenne d’âge de la future CEC est de 51 ans (médiane : 52 ans), contre 50 ans pour la précédente (médiane : 50 ans également). La personne la plus jeune a 33 ans, la plus âgée 64 ans. 3 personnes ont moins de 40 ans, et les deux tiers des candidat⋅es ont plus de 50 ans.
Ensuite, une évolution importante à relever est que la part du privé redevient légèrement majoritaire dans cette instance : 32 membres viennent du privé contre 28 du public, alors que la CEC élue en 2023 comptait 34 membres du public contre 32 du privé seulement. Cette proportion public/privé doit cependant être comprise avec prudence, car les catégories internes de la CGT classent très souvent les candidatures des cheminots, des postes/télécoms et des électriciens-gaziers dans la catégorie « secteur public ». C’est le cas de 5 cheminots, de 2 salarié⋅es des postes/télécoms et de 1 électricien-gazier pour la CEC 2026, et c’était le cas de 3 cheminots, 3 postes/télécoms et 3 électriciens-gaziers pour la CEC 2023. Mais au-delà de la distinction public/privé, on relèvera que la majorité des candidat⋅es sont issus du salariat stable voire « à statut », et que peu viennent des secteurs plus précaires, dotés de moins de moyens syndicaux comme les services. Ainsi, une seule candidate, salariée du particulier employeur, travaille dans une très petite entreprise.
Si l’on se penche sur la répartition des grandes catégories socioprofessionnelles, on constate que 25 membres de la nouvelle CEC sont des ingénieur⋅es/cadres (IC), 18 des technicien⋅nes/agent⋅es de maîtrise (TAM), 16 des ouvriers/employés (O/E). Il faut enfin ajouter une retraitée, mais qui était cadre dans la vie active et que nous comptabilisons donc comme telle. Par rapport à la CEC précédente, la part des ouvrier⋅es/employé⋅es apparaît en net recul, passant de 22 à 16. Les technicien⋅es/agent⋅es de maîtrise passent également de 20 à 18 (mais leur proportion reste stable). À l’inverse, les ingénieur⋅es/cadres augmentent en valeur absolue et surtout en proportion au sein de cette nouvelle CEC plus resserrée, passant de 24 à 26 : ils représentent désormais 46 % des membres de la CEC (contre 36 % pour la précédente). Nul doute qu’une telle proportion risque de susciter des débats.
Dans le détail, ce sont les dirigeant⋅es confédéraux issus du secteur public qui marquent le plus fort recul parmi les ouvrier⋅es/employé⋅es, passant de 9 membres en 2023 à 5 en 2026 (alors que le nombre d’ouvrier⋅es/employé⋅es du secteur privé passent « seulement » de 13 à 11). Au global, les ouvrier⋅es viennent majoritairement de la métallurgie (4 personnes), les technicien⋅nes et agent⋅es de maîtrise de la santé (6 personnes), et les cadres du public : 4 viennent de la fédération de l’Éducation, de la recherche et de la culture (FERC) et 3 de la fédération des Services publics. Toutefois, 4 cadres proviennent aussi du secteur privé couvert par la FNPOS.
| Propriétés sociales | CEC 2023 | CEC 2026 |
|---|---|---|
| Âge | Moyen : 51 ans Médian : 52 ans |
Moyen : 50 ans Médian : 50 ans |
| Public/privé | Public : 34 Privé : 32 |
Public : 28 Privé : 32 |
| Catégories socioprofessionnelles | IC : 24 (36 %) TAM : 20 (30 %) O/E : 22 (32 % |
IC : 26 (43 %) TAM : 18 (30 %) O/E : 16 (27 %) |
Une direction qui représente d’abord les fédérations
Observons désormais plus en détails les structures de rattachement dont proviennent les futurs membres de la CEC au sein de la CGT. Comme préalable, on peut simplement rappeler que ce sont les fédérations, les Unions départementales (UD) et les organisations spécifiques de la CGT – c’est-à-dire les membres du CCN – qui présentent formellement les candidatures à la CEC. Pour la future mandature, ce sont 31 candidatures présentées par les fédérations, 23 candidatures présentées par les Unions départementales, 4 par l’UGICT, 1 par l’UCR et 1 par le CNTPEP. En d’autres termes, même si la double appartenance de chaque cégétiste est de mise, ce sont 37 candidatures qui sont présentées par les structures professionnelles de la CGT contre 23 présentées par les structures territoriales.
Pour la suite, nous allons cependant examiner les fédérations et les UD d’origine des différent⋅es candidats⋅e à la CEC sans tenir compte de la structure qui a formellement présenté leur candidature, ceci afin de cerner d’où proviennent statutairement ces candidats sur le plan professionnel et territorial. (Cela n’exclut donc pas qu’en pratique, tel candidat présenté par une UD soit en conflit avec sa fédération, ou à l’inverse que tel candidat soutenu par sa fédération se tienne à distance de son UD : la loyauté des candidats se fait bien envers l’organisation qui présente leur candidature.)
Une relative stabilité dans la représentation des professions
Au sujet des fédérations, on peut remarquer que la CEC qui sera élue en 2026 compte des membres en provenance de 20 fédérations ou assimilées (Intérim, CNTPEP), soit le même nombre que la CEC élue 2023 (mais celle-ci comprenait, rappelons-le, 66 membres contre 60 pour celle à venir). Les trois fédérations les mieux représentées restent inchangées : il s’agit de la fédération Santé Action sociale (8 membres en sont issues), de la fédération de la Métallurgie (7 membres), et enfin de la FNPOS 7 membres). Si les deux premières représentent deux des trois plus grandes fédérations de la CGT, la FNPOS ne syndique que 3 % des cégétistes et apparaît ainsi très bien représentée à la CEC.
Entre la CEC de 2023 et de 2026, l’évolution la plus notable provient de la fédération des Cheminots, qui double ses représentant⋅es à la CEC (elle passe de 3 à 6). Cette évolution en fait une fédération également très bien représentée au sein de la confédération (d’autant que l’administrateur – Laurent Brun – est lui-même cheminot), puisque 10 % des sièges de la future CEC seront occupés par des membres de cette fédération, qui ne regroupe pourtant « que » 5 % des syndiqué⋅es de la CGT.
D’autres fédérations restent relativement stables, à savoir celle des Services publics qui passe de 5 à 4 représentants, de la FERC qui passe aussi de 5 à 4, et des Finances (pourtant bien plus petite que les deux précédentes) qui conserve 4 membres à la CEC. Sur ce plan, un constat important est que la fédération des Services publics, qui constitue pourtant la plus grosse fédération de la CGT avec la fédération Santé Action sociale, est deux fois moins représentée que cette dernière à la CEC.
Parmi les autres fédérations représentées, toutes envoient 1 ou 2 membres à la CEC, à l’exception de la fédération du Commerce et des Services, qui passe de 2 à 3 membres. À noter que la fédération des VRP, celle du bâtiment (FNSCBA) et du ministère de l’Environnement (FNTE) ne sont plus représentées à la CEC alors qu’elles l’étaient au mandat précédent. À l’inverse celles des industries chimiques (FNIC), celle du verre et de la céramique, ainsi que la CGT intérim et le comité national des chômeur⋅es, précaires et privé⋅es d’emploi (CNTPEP) font leur entrée à la CEC. Enfin, outre l’absence de quelques très petites fédérations (police, marins, officiers de la marine marchande…), on relève celle de la fédération des Travailleurs de l’État, de la fédération des Sociétés d’étude, et surtout de la fédération des Ports et docks, qui regroupe pourtant 3,5 % des syndiqué⋅es de la CGT.
| Fédération | CEC 2023 | CEC 2026 |
|---|---|---|
| Santé Action sociale | 11 | 8 |
| Métallurgie | 9 | 7 |
| FNPOS | 6 | 7 |
| Services publics | 5 | 4 |
| FERC | 5 | 4 |
| Finances | 4 | 4 |
| FNME | 4 | 3 |
| Cheminots | 3 | 6 |
| FNAF | 3 | 1 |
| FAPT | 3 | 2 |
| Commerces et services | 2 | 3 |
| UFSE | 2 | 2 |
| Spectacle | 2 | 2 |
| THCB | 1 | 1 |
| Transports | 1 | 1 |
| VRP | 1 | 0 |
| SNJ | 1 | fusion avec Spectacle |
| FNTE | 1 | 0 |
| FNSCBA | 1 | 0 |
| FILPAC | 1 | 1 |
| FNIC | 0 | 1 |
| CNTPEP | 0 | 1 |
| Intérim | 0 | 1 |
| Verre Céramique | 0 | 1 |
| TOTAL | 66 | 60 |
L’Île-de-France surreprésentée
À l’instar du recensement des fédérations présentes dans la future CEC, il s’agit maintenant de faire le même exercice pour les UD. Dans la CEC à venir de 2026, ce sont 33 UD qui seront représentées, contre 37 dans la CEC élue en 2023. On rappelle que la CGT compte 97 UD en en France : seul un tiers d’entre elles à peine sont donc en mesure d’envoyer des membres à la CEC. Ceci est le reflet d’une très forte disparité de syndiqué⋅es et de moyens d’une UD à l’autre en France : certaines UD ont des difficultés pour assurer la continuité de leur vie syndicale, elles ne sont donc pas en capacité de présenter des candidat⋅es à la CEC. Une conséquence est que moins ces « petites » UD sont représentées dans les instances confédérales, moins le débat en faveur d’une meilleure répartition des ressources internes à la CGT, et notamment entre les fédérations et les UD, est susceptible de progresser.
Dans le détail, les départements qui fournissent les plus gros contingents sont d’abord ceux dont la taille est la plus importante au sein de la CGT : il s’agit de Paris, dont proviennent 7 personnes proposées à la future CEC, et de la Seine-Saint-Denis, avec 8 personnes. Ces deux UD étaient déjà les plus présentes dans la CEC sortante. Au-delà des appartenances formelles, le poids de l’Île-de-France pourrait encore être accentué par le fait que les permanent⋅es fédéraux, quel que soit leur département d’origine, passent en pratique une bonne partie de leur temps dans l’immeuble confédéral à Montreuil – ce qui n’est pas le cas des militant⋅es des UD.
Par ailleurs, sur l’ensemble des départements, trois autres se distinguent également en fournissant 3 membres chacun à la future CEC : l’UD 06 (Alpes-Maritimes), l’UD 44 (Loire-Atlantique) et l’UD 86 (Vienne). Toutes les autres UD représentées ne fournissent qu’un ou deux membres. L’UD 69 (Rhône) connaît notamment une forte diminution au regard du nombre de syndiqué⋅es qu’elle regroupe, puisque seuls 2 membres de la future CEC en sont issus, contre 5 pour celle élue en 2023.
Dans la même optique, il est aussi possible de recenser la provenance des futurs membres de la CEC en fonction de leur région administrative d’origine. Sans surprise, les UD d’Île-de-France sont fortement représentées, avec 19 membres sur 60 en provenance de cette région, suivie par les UD de la région Occitanie et de la région Auvergne-Rhône-Alpes, avec respectivement 8 et 7 membres. Un trait distinctif des UD d’Île-de-France est qu’elles envoient dans la nouvelle CEC une forte proportion de travailleur⋅es du public par rapport au privé (13 contre 6) et de cadres (10 contre 9). Enfin, les UD des autres régions ne sont que modestement présentes dans la future CEC : la Bretagne, le Centre-Val de Loire, le Grand Est, les Hauts-de-France et la Normandie ne comptent qu’1 ou 2 membres chacune. C’est sans doute là encore l’expression de la disparité des moyens entre les UD.
| Région d’origine | CEC 2026 |
|---|---|
| Auvergne-Rhône-Alpes | 7 |
| Bourgogne-Franche-Comté | 5 |
| Bretagne | 1 |
| Centre-Val de Loire | 2 |
| Grand Est | 1 |
| Hauts-de-France | 2 |
| Île-de-France | 19 |
| Normandie | 1 |
| Nouvelle-Aquitaine | 6 |
| Occitanie | 8 |
| Provence-Alpes-Côte d’Azur | 5 |
| Pays de la Loire | 3 |
| Total général | 60 |
Une direction renouvelée d’un bon tiers
Pour terminer ce tour d’horizon des dirigeants confédéraux, regardons la part de renouvellement des membres de la future CEC. Celle-ci sera composée de 26 nouveaux membres n’ayant jamais exercé ce mandat. Ainsi, les membres de la CEC sortante seront majoritaires. Ceci constitue une différence nette avec la CEC élue en 2023, où plus de la moitié des membres (37 sur 66) exerçait ce mandat confédéral pour la première fois. C’est donc une CEC plus expérimentée que la précédente qui sera élue en 2026.
En outre, on relève que la longévité des membres renouvelés dans la future CEC est très variable, certains ayant une ancienneté très forte tandis que d’autres non. En effet, 20 membres n’y ont effectué qu’un seul mandat (celui qui est sur le point de se conclure donc). À l’inverse, un petit noyau dur plus chevronné se dégage, avec 8 membres ayant réalisé 2 mandats à la CEC, 3 membres 3 mandats, et même 3 membres qui comptent un total de 4 mandats à leur actif.
Enfin, on constate que 11 membres du bureau confédéral actuel se représentent à la future CEC, ce qui constitue là encore une forme de continuité. Ce sont d’ailleurs souvent les membres les plus expérimentés de cette instance : seuls 3 membres du bureau confédéral sur les 11 qui se représentent à la CEC 2026 effectuaient leur premier mandat confédéral lors de leur arrivée à la CEC 2023. Tous les autres avaient déjà 1, 2 ou 3 mandats à leur actif. Autrement dit, mais ce n’est sans doute pas une surprise, plus on a de l’expérience à la CEC, plus on a de probabilités d’intégrer le bureau confédéral.
| Nombre de mandats déjà effectués à la CEC | CEC 2023 | CEC 2026 |
|---|---|---|
| 0 | 37 | 26 |
| 1 | 15 | 20 |
| 2 | 8 | 8 |
| 3 | 6 | 3 |
| 4 | 0 | 3 |
En conclusion, on peut relever une évolution importante dans le degré d’interpénétration de la CEC et du CCN : lors de son élection, la CEC de 2023 comprenait en effet 30 membres de « premiers dirigeant⋅es » (secrétaires généraux) d’UD, de fédérations ou d’organisations spécifiques de la CGT. Autrement dit, presque la moitié des membres de la CEC étaient aussi membres du CCN. (Ce chiffre a cependant évolué au cours du mandat, la CEC ne comprenant plus que 20 premier⋅es dirigeant⋅es début 2026). Cette interpénétration entre les deux instances confédérales apparaît ainsi moins prononcée pour la CEC à venir, puisque la liste des candidatures retenues ne comprend « que » 13 premier⋅es dirigeant⋅es. Ce constat mériterait cependant d’être nuancé en affinant ce qu’on entend par « premier⋅es dirigeant⋅es » : sans être nécessairement secrétaire général⋅e ou adjoint⋅e de leur organisation, la très grande majorité des membres de la CEC font partie du bureau ou de la commission exécutive de leur fédération ou de leur UD. En ce sens, les liens entre CCN et CEC demeurent étroits.
Ces différentes données exposées dans ce billet n’épuisent pas le débat sur la sociologie des dirigeants confédéraux de la CGT. D’autres indicateurs (dont on ne dispose pas) permettraient de préciser cette composition, on pense notamment au niveau scolaire, à l’origine sociale, aux ancrages partisans et notamment aux liens persistants avec le PCF, mais aussi au type d’expérience militante accumulée par ces dirigeant⋅es : combien ont par exemple été investi⋅es dans une Union locale ? Ou dans un mandat de délégué⋅e syndical⋅e ou aux Prud’hommes ? Voire dans le syndicalisme étudiant ?
En espérant que ces quelques éléments, qui appellent des prolongements donc, pourront être utiles au débat, bon congrès aux congressistes !
