Vers un renforcement de la place des militant⋅es – Juin 2025, 16e congrès de ELA #2
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À la suite d’un premier article faisant le bilan chiffré du mandat écoulé pour le syndicat basque ELA, nous traduisons ici plusieurs passages du document d’orientation adopté par le Comité Exécutif et proposé au vote lors de ce congrès. Un document qui présente d’autant plus d’intérêt qu’il a une vraie portée dans ce syndicat : ce n’est pas qu’un document voté pour la forme et ensuite remisé jusqu’au prochain congrès, mais bien le fruit de discussions qui impliquent toute la confédération et vont réellement guider son action sur les années à venir. En d’autres termes, ce qui figure dans le document sera ensuite mis en place dans le syndicat ; le prochain congrès fera le bilan de ce qui a été fait ou non, et décidera de nouvelles orientations pour approfondir ou corriger celles qui ont été prises cette année.
Le document donne à voir l’importance des questions d’organisation : la préparation des grèves nécessite de planifier l’activité syndicale. Cette planification, nécessaire pour ne pas être uniquement un syndicat qui réagit, se traduit par des outils développés en interne. Cette réflexion permanente sur l’organisation amène ELA à toujours remettre en question son fonctionnement, ici à travers la question du militantisme. Militantisme qui est à la base de ce que le syndicat appelle la « syndicalisation des lieux de travail », qui dépasse la question du nombre d’adhérent⋅es ou des résultats aux élections professionnelles : il s’agit de donner moins de place aux permanent⋅es de la structure, qui jouent aujourd’hui un rôle important dans le fonctionnement de ELA, avec la mise en place d’un cadre pour qu’iels transfèrent davantage leurs savoirs-faire et compétences vers les adhérent⋅es et les élu⋅es.
Il fait aussi le point sur les rapports du syndicat aux partis politiques et ses implications dans les relations intersyndicales entre ELA et LAB, autre syndicat basque, qui se sont détériorées ces dernières années. Le congrès réaffirme la traduction du choix d’être un syndicat de contre-pouvoir, ce qui implique notamment de déserter les instances du dialogue social.
ELA maintient également son travail initié depuis plusieurs années sur la question du syndicalisme féministe : que faire pour que les revendications dans les entreprises et dans les branches prennent réellement en compte la situation des femmes, et nourrissent ainsi les accords collectifs gagnés par le syndicat ? Comment envisager la forme et le contenu des mobilisations appelées par ELA pour que les femmes puissent y participer sans entrave, donc renforcer ces mobilisations ?
Autant de questions qui concernent aussi nos organisations syndicales en France. Autant d’occasions de confronter les expériences.
Renforcer l’engagement et la planification de l’action syndicale : gages pour de meilleurs résultats
Notre modèle syndical repose sur l’implication des travailleurs et travailleuses.
La tâche du syndicat est donc de veiller à ce que le processus de dynamisation de la négociation collective soit participatif.
Veiller à ce qu’un nombre significatif de travailleurs et de travailleuses soient en capacité de résister avant de lancer une grève, en s’assurant qu’il y a un groupe important de membres qui peuvent percevoir les indemnités de la caisse de grève, etc. L’essentiel est de planifier correctement les négociations collectives.
La première étape consiste à préparer les négociations en temps utile. Au cours des quatre prochaines années, nous commencerons à préparer les négociations un an avant l’expiration des conventions collectives provinciales [1], afin de disposer du temps nécessaire pour mener à bien toutes les tâches requises par le processus de dynamisation de la négociation collective.
Renforcer l’organisation sur chaque lieu de travail : la syndicalisation
Toutefois, le processus de renforcement du syndicat ne s’arrête pas à l’adhésion et aux élections professionnelles. Ces deux éléments sont le point de départ qui permet d’entamer la lutte. La syndicalisation de lieux de travail ou de secteurs professionnels consiste à promouvoir, par le biais de l’organisation de la classe travailleuse, la capacité et la volonté nécessaires pour affronter les employeurs dans les différents champs du travail.
Aussi forte soit-elle, la structure d’ELA n’est pas en mesure, à elle seule, de générer une capacité de confrontation avec le patronat sur tous les lieux de travail et dans tous les secteurs professionnels. Seuls les élu⋅es et les adhérent⋅es de chaque lieu de travail et de chaque secteur, avec l’aide des membres de la structure [les permanent⋅es], peuvent réussir à organiser les salarié⋅es des différents lieux de travail et des différents secteurs, et à renforcer leur capacité et leur volonté d’entrer en lutte. Les membres de la structure et les représentant⋅es du syndicat doivent accompagner les adhérent⋅es dans ce processus, de sorte qu’avec la formation et les ressources de l’organisation, les adhérent⋅es deviennent des sujets actif⋅ves de la pratique et de la lutte syndicales. Cette préoccupation et cet objectif d’organiser différents lieux de travail et différents secteurs ne sont pas nouveaux pour le syndicat, mais ils sont plus que jamais nécessaires.
Renforcer l’engagement militant : questionnements sur le militantisme
Le militantisme est le fondement de notre modèle syndical. Faire vraiment partie de ELA, c’est être militant⋅e, que ce soit comme membre de la structure, élu⋅e ou adhérent⋅e.
Les membres d’ELA sont celles et ceux qui partagent les principes et les objectifs d’ELA, qui s’engagent pour le syndicat et qui sont prêt⋅es à accomplir certaines tâches que le syndicat leur confie, en s’appropriant ses valeurs collectives. Le fait d’être militant⋅e génère une identité collective ; c’est une attitude et, surtout, une pratique.
Nous voulons promouvoir des modèles de militantisme diversifiés et inclusifs. Nous ne pouvons pas mesurer l’engagement militant en termes de « disponibilité totale », car il s’agirait alors d’un critère excluant.
Telles seront nos tâches pour les quatre prochaines années afin de travailler sur le militantisme :
a) Nous devons promouvoir le militantisme, une tâche qui nous incombe à toutes et tous.
b) La promotion du militantisme doit être basée sur la confiance collective. Il ne s’agit donc pas d’une simple délégation de tâches, mais d’un véritable transfert de pouvoir et de connaissances, afin que les militant⋅es puissent être les protagonistes des luttes du syndicat.
c) Il faut former les militant⋅es sur le plan idéologique, technique, juridique et organisationnel. Pour que les militant⋅es soient efficaces dans leur travail quotidien et dans les mobilisations syndicales, nous devons offrir une formation continue.
d) Il faut veiller sur le militantisme. L’accompagnement et le soutien sont essentiels. Pour que les militant⋅es maintiennent leur engagement au fil des ans, il est essentiel de créer des espaces sûrs de soutien mutuel, de soutien émotionnel et de soutien pratique.
e) Il faut élargir le champ d’action du militantisme, il faut que ce soit un militantisme intégral qui travaille dans tous les domaines d’activité de ELA : de l’entreprise à la sphère sociale et politique. Le syndicat doit pouvoir influencer les transformations sociales et nationales et, pour ce faire, le militantisme doit couvrir tous ces domaines.
f) Nous devons organiser le militantisme, créer et entretenir des espaces de participation. Nous devons créer les conditions adéquates pour promouvoir une participation de qualité, en travaillant sur l’autonomisation et l’adhésion collective. Dans ce travail d’autonomisation, de participation et d’adhésion, nous voudrions mentionner spécialement certains organes de participation du militantisme, tels que les Conseils des comarcas ou les Comités fédéraux de chacune des fédérations [2]. Il y a des aspects à améliorer dans le chemin initié dans ces organes, car il est fondamental de créer et de maintenir des structures solides et efficaces pour partager les réflexions du syndicat et promouvoir la participation.
g) Le militantisme appelle aussi à la célébration. Les victoires, les luttes, les départs, etc. Tous ces événements sont des moments importants dans notre parcours syndical et ils renforcent les liens d’affection. Les célébrations montrent la force du militantisme et des objectifs futurs ; elles renforcent notre identité collective et réaffirment notre engagement.
h) Enfin, nous devons planifier le travail militant pour lequel nous devons établir des axes de travail et des actions concrètes dans différents domaines : à l’occasion des élections professionnelles, des négociations collectives, d’une campagne de syndicalisation, de la réalisation d’actions sociales, à propos de l’organisation des locaux et de l’attention portée à l’adhésion, lors des collages d’affiches et de la fabrication de banderoles, lors de la participation à des mobilisations... entre autres tâches. Une planification adéquate facilitera le travail et l’engagement militant afin d’être plus efficaces et atteindre ainsi les objectifs du syndicat.
Par rapport au militantisme, il y a un élément très important que nous devons approfondir dans les années à venir : les mobilisations. Notre défi actuel, afin d’améliorer notre capacité de mobilisation, est de définir et améliorer nos modèles de mobilisation. Pour ce faire, nous devons développer la capacité d’agir sur un certain nombre de facteurs.
Cette réflexion est directement au cœur du processus que nous menons en termes de militantisme, mais elle est également liée à la syndicalisation. Il est nécessaire de définir le type de participation que nous voulons pour notre militantisme dans le cadre des mobilisations engagées par ELA. Dans ce processus, il est essentiel d’avancer d’une manière conforme aux objectifs et stratégies définis dans le plan pour l’égalité entre les femmes et les hommes. La première étape consistera à analyser les facteurs qui entravent la participation des femmes aux mobilisations et à adapter la conception des mobilisations d’ELA pour encourager la participation des femmes.
Le défi à relever est donc de concevoir de nouveaux modèles de mobilisation qui permettent et encouragent la participation et l’implication de l’ensemble des militant⋅es.
Planifier l’action syndicale, une nécessité
Un syndicat comme ELA ne peut pas se permettre d’être uniquement dans la réaction. Un syndicat sera toujours, dans une large mesure, une organisation réactive car les attaques sont constantes et nous devons y répondre. Mais, il est en même temps nécessaire que le syndicat dispose d’une marge de manœuvre pour sa propre action, d’une planification qui lui permette de mettre en œuvre et d’exécuter ses propres stratégies, objectifs et missions. Pour cela, nous avons élaboré un système de gestion (Kudeaketa Sistema) dont l’objectif principal est d’améliorer l’organisation interne du syndicat, d’optimiser la coordination entre ses différentes structures et de clarifier la définition des priorités et des méthodes de travail. Il vise également à garantir que toutes ces actions sont menées de manière planifiée, renforçant ainsi la capacité du syndicat à combiner des réponses efficaces avec des initiatives stratégiques propres.
Nous utiliserons deux outils pour examiner les conditions de travail des différents lieux de travail et des différents secteurs : l’Enquête sur les lieux de travail et la Cartographie de la précarité. Le but de ces deux outils est d’identifier et de détecter systématiquement les problèmes de chaque secteur ou lieu de travail, afin que nos militant⋅es disposent d’informations pertinentes permettant une analyse objective. L’utilisation de ces outils tiendra compte des questions spécifiques relatives au genre, et recueillera des données ventilées par genre afin de détecter les discriminations et d’identifier les différents besoins et intérêts correspondants. Il est évident que de nombreux problèmes ou discriminations passent inaperçus, soit parce que nous n’abordons pas spécifiquement la question, soit parce que nous ne prêtons pas attention à ces problèmes. Les plus de 200 cas de harcèlement sexuel détectés lors de l’élaboration des cartographies de précarité en sont un exemple.
Il s’agit de décider sur quoi nous allons travailler et comment. Nous devons fixer des priorités avec des critères stratégiques et mettre en place des plans pour améliorer notre travail quotidien, car c’est ce qui nous permettra en fin de compte d’être plus efficaces, de mieux militer et de rendre le travail militant plus compatible avec la vie privée de chacun⋅e.
Nous ne partons pas de zéro, nous avons franchi des étapes importantes ces dernières années, mais il reste encore beaucoup à faire, de la direction aux sections syndicales et groupes de travail de base. Nous avons décidé que les processus de transformation impliquant des changements profonds doivent commencer par la direction, et c’est ce que le syndicat a fait ces dernières années. Par exemple, nous avons mis en place un système de transmission d’informations plus efficient au sein de la direction du syndicat et, dans les années à venir, grâce à la syndicalisation, nous voulons étendre ce système aux lieux de travail.
Syndicat, partis et relations intersyndicales
ELA regrette que les forces de gauche présentes dans les institutions basques, tant au gouvernement que dans l’opposition, suivent la ligne de modération politique adoptée par les social-démocraties européennes au cours des dernières décennies. Même s’il leur arrive de critiquer certaines réformes, voire de proposer des alternatives ou des améliorations dans la sphère parlementaire, ELA considère qu’elles n’affrontent pas les fondements idéologiques des programmes néolibéraux qui ont été consolidés dans notre pays pendant des décennies. Ces forces de gauche ne proposent pas non plus de programme alternatif ou d’action institutionnelle qui renverserait ou remettrait en question le système politique, économique, social et culturel établi sous l’hégémonie de ces politiques néolibérales. Au lieu de cela, ces forces proposent ou acceptent des améliorations spécifiques qui ne modifient pas les lignes stratégiques des gouvernements d’Iruña et de Gasteiz [capitales respectives des deux entités administratives du Pays basque Sud : la Communauté autonome du Pays basque et la Navarre]. Il leur arrive même d’accepter le cadre politique tel qu’il est imposé et de consentir à des coupes qui renforcent ces politiques.
Ignorer la responsabilité du PNV, de l’UPN, de Geroa Bai, du PSE-EE ou du PSN [organisations politiques présentes dans les provinces du Pays basque sud] dans la conception de la politique fiscale des dernières décennies, les coupes dans les services publics, les politiques budgétaires restrictives, l’engagement dans la privatisation de la santé, de l’éducation, des caisses d’épargne ou d’Euskaltel ; dans la mise en place de réseaux clientélistes pro-patronaux, et justifier ou faciliter des « accords larges » ou des « accords de pays » sur cette base, comme le fait EH Bildu [coalition de partis politiques nationalistes de gauche indépendantistes. LAB, autre syndicat basque, est très proche de EH Bildu], c’est partir d’un diagnostic erroné et renoncer de facto à des changements substantiels.
ELA critique le rôle joué par la gauche politique au Pays Basque. Pour le mouvement syndical, il est essentiel que les partis de gauche s’opposent dans les institutions aux politiques qui vont à l’encontre des intérêts de notre classe, qu’ils s’opposent à l’agenda réactionnaire et qu’ils défendent un programme alternatif. Sans cela, les syndicats et les mouvements sociaux seuls peuvent difficilement changer la situation. La proposition de ELA à la direction de Sortu [parti politique indépendantiste de gauche créé en février 2011, héritier de la branche politique de l’ETA] en 2013, dans le but d’explorer les possibilités de développer un programme de gauche et une stratégie souverainiste, reposait sur cette logique. La déclaration « Pour un processus social souverainiste unilatéral » que nous avons lancée en 2017 avec LAB répondait aux mêmes préoccupations. Nous nous y engagions à « promouvoir les alliances de gauche et à collaborer », en précisant que « la gauche politique doit donner la priorité à l’agenda social comme base de l’agenda souverainiste ». ELA reste convaincue du pouvoir d’une articulation syndicale, sociale et politique pour développer un agenda social et souverainiste qui respecte l’autonomie de chaque organisation. Le syndicat estime qu’il dispose d’une capacité et d’une base militante suffisantes pour s’engager dans cette voie.
ELA n’avait qu’une seule option : faire le choix de la majorité syndicale au Pays basque. La majorité syndicale ne renvoie pas à un simple décompte arithmétique : la question du modèle syndical est fondamentale. Les principaux agents de cette majorité syndicale ont été ELA et LAB. Cette collaboration a reposé sur deux piliers fondamentaux : d’une part, le développement d’un modèle syndical de contre-pouvoir, c’est-à-dire un modèle alternatif au syndicalisme d’accompagnement de UGT et des CC.OO [les deux principaux syndicats espagnols, classés à gauche en théorie mais peu combatifs en réalité] ; d’autre part, la défense et la construction d’un espace basque de relations professionnelles et de protection sociale. Un modèle syndical propre qui nous aiderait à nous libérer du syndicalisme de UGT et des CC.OO, à ne pas être un sous-système du modèle espagnol [3].
À l’heure actuelle, il faut reconnaître que ELA et le LAB ont suivi des voies différentes et que les bases d’un travail commun ne sont plus partagées. Du point de vue d’ELA, nous avons rencontré trois obstacles principaux ces dernières années : des stratégies et des moyens de négociation collective différents, l’influence de Sortu et de la stratégie d’EH Bildu sur l’orientation syndicale de LAB et le retour de LAB à la participation institutionnelle. ELA considère que les liens de LAB avec son univers politique ont une influence directe sur son orientation syndicale et que cette situation s’est aggravée. En effet, dans le cadre de la stratégie d’EH Bildu en faveur des accords et pactes de pays avec le PNV, le PSE-EE et le PSN, LAB a tenté d’exclure ou de conditionner les mobilisations, les luttes et les dynamiques de grève au gré des accords de coalition politique.
Réaffirmation du syndicalisme socio-politique et de contre-pouvoir
ELA réaffirme son engagement en faveur d’un syndicalisme sociopolitique qui, dans la phase actuelle du capitalisme, pour défendre les intérêts de la classe travailleuse, ne peut être que de confrontation et de contre-pouvoir. C’est pourquoi elle critique le syndicalisme de concertation – qui se perd dans des instances tripartites où prévalent le veto patronal et la complicité des gouvernements – et la farce de la participation institutionnelle.
Souverainisme politico-social revendiqué
Notre premier engagement national en tant qu’organisation patriote basque est de défendre la classe travailleuse du Pays Basque et de renforcer ce syndicat en tant qu’outil d’émancipation. ELA est un syndicat nationaliste et souverain, son objectif est de promouvoir une politique en faveur de la classe travailleuse afin de répondre aux besoins et aux aspirations des classes populaires. Être un syndicat, c’est notre façon d’être nationaliste : ni plus, ni moins.
Nous sommes convaincu⋅es que le souverainisme gagnera le soutien d’une majorité s’il est capable de promouvoir une mobilisation permanente pour des politiques sociales plus justes et si ceux qui dirigent les institutions sont capables de répondre aux besoins et aux aspirations sociales. ELA s’engage pour la transition du système capitaliste vers un modèle social féministe, antiraciste et écosocial qui place la vie et les soins au centre. Cela signifie que nous devons étendre notre militantisme et notre action au-delà de la sphère des entreprises. Il est essentiel de s’engager et d’aider à construire des alternatives qui ouvrent des espaces de souveraineté pour les classes populaires.
Syndicalisme féministe
Dans le diagnostic sur l’égalité des genres réalisé au sein du syndicat, nous avons détecté deux problèmes principaux concernant notre modèle de négociation : d’une part, l’absence d’un système approprié d’analyse des conditions de travail, qui conduit à la prédominance des besoins et des intérêts des hommes sur ceux des femmes ; d’autre part, dans la négociation des accords, la défense apparente d’intérêts généraux qui dissimulent la discrimination fondée sur le sexe et augmente le risque de perpétuer les déséquilibres et la discrimination subis par les femmes.
Conformément à ces décisions, sous la direction et le leadership des femmes, nous avons révisé les enquêtes internes pour collecter des informations sur les lieux de travail, nous avons redéfini ce qu’est la précarité, nous avons conçu une formation pour les militants masculins afin qu’ils puissent mener des négociations féministes dans le cadre des processus de négociation collective, et nous avons élaboré des plans pilotes dans divers secteurs et lieux de travail pour développer des négociations qui donnent la priorité aux besoins et aux intérêts des femmes.
Au cours des quatre prochaines années, nous devrons approfondir cette ligne, en promouvant, en particulier, deux objectifs :
a) Pour que le point de départ de toutes les négociations soit une véritable analyse de genre : dans chaque lieu de travail, nous remplirons les enquêtes, recueillerons les informations et les analyserons en utilisant les instruments conçus pour recueillir et traiter les informations différenciées par genre.
b) Généraliser au sein du syndicat ce que nous avons appris dans les plans pilotes pour mener à bien des négociations féministes. Ainsi, lors de la préparation de toute négociation, il faut tenir compte de la spécificité des situations des hommes et des femmes.
Salarié⋅es LGBTI
Les personnes qui s’éloignent de la binarité de sexe et de genre imposée par le patriarcat sont discriminées tant dans la société que sur leur lieu de travail. Nous devons inclure dans les conventions collectives des mesures de protection et de promotion des personnes LGBTI, garantir leur droit d’être nommées avec leur prénom d’usage, autoriser les absences pour les processus de transition, étendre les droits hors du modèle familial traditionnel pour toutes les personnes qui travaillent et attribuer des congés aux proches aidant⋅es qui s’occupent de personnes avec qui iels n’ont pas de lien de consanguinité ou familiaux – ainsi reconnaître des réseaux de soins plus larges et plus diversifiés.
[1] Il existe des conventions collectives au niveau de chaque province du Pays basque, généralement meilleures que celles en vigueur au niveau de l’État espagnol. Elles sont signée pour une période de quelques années, il faut donc être prêt⋅es à lutter quand arrive le moment de négocier la nouvelle convention collective.
[2] La comarca (il y en a 12) est un territoire non administratif dont le tracé est décidé par ELA elle-même (comme dans la CGT ou Solidaires, le champ géographique des unions locales n’est pas lié à un échelon administratif). La comarca est la structure interpro qui décentralise la confédération, le lieu où se concentrent les moyens et services techniques à disposition des équipes militantes.
Le Comité comarcal est la structure d’animation et de décision de l’activité interpro dans chaque comarca.
De même, chaque fédération est d’abord présente dans chaque comarca, à double titre. Comme composante à part entière de l’interpro et représentée à ce titre dans le comité comarcal, et participant à son existence. Ce n’est donc pas une option. La fédération n’est pas entendue comme « à côté » de l’interpro, mais comme une composante en tant que telle. D’autre part, la fédération est structurée par comarca, donc avec un organe d’animation/décision à ce niveau, le Comité fédéral de comarca. Ce Comité est lui en lien avec les organes d’animation/décision de sa fédération au niveau du Pays basque.
[3] Ce paragraphe renvoit à l’articulation des espaces de négociation sur le territoire espagnol : il s’agit pour ELA de défendre un arc intersyndical capable de faire front sur les droits gagnés au niveau du Pays basque, contre les tentatives de l’État espagnol d’harmoniser les droits par le bas. Dans cette lutte, les syndicats espagnols sont souvent un appui aux ambitions gouvernementales et patronales, ELA doit les contrecarrer en s’appuyant sur l’autre syndicat nationaliste basque, LAB.
