Structures syndicales : il y a urgence !

Publié le par Michel

Une des questions centrale de notre appel « Syndicalistes ! » est celle de la structuration et des formes d’organisation de nos organisations syndicales (sections, syndicats, unions interprofessionnelles, fédérations, etc.) et des liens qu’elles entretiennent entre elles.

C’est une question fondamentale, sur laquelle nos organisations ont la main, et peuvent et doivent évoluer. Il est évident, mais visiblement pas pour tout le monde, que l’avenir du syndicalisme de lutte en dépend – peut-être pas seulement, mais au moins pour beaucoup. Les formes syndicales d’organisation du salariat ont des effets directs sur les capacités de ce syndicalisme à s’implanter, de nouveau, largement, en termes de nombre d’adhérent·s mais aussi de nombre d’équipes militantes.

Le salariat d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a quelques décennies. La phase néolibérale du capitalisme est passée par là, et les collectifs de travail sont désormais bien différents de ce qu’ils étaient dans la phase dite « fordiste » du capital, ces trente à quarante années qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le syndicalisme, entendu ici comme manière de s’organiser dans une période donnée, est avant tout un outil de lutte contre le capital. Cet outil doit donc toujours s’adapter aux évolutions des collectifs de travail, car c’est de ces lieux que le syndicalisme de lutte doit tirer sa substance.

L’immobilisme, voilà l’ennemi !

Cette question concerne tout autant l’Union Syndicale Solidaires et la FSU que la CGT.

Pour ce qui est de cette dernière, cette question sent le souffre. C’est compréhensible car les évolutions nécessaires entraînent des enjeux importants en termes de pouvoir et de moyens des différentes structures. Il ne sert alors à rien de déplorer l’immobilisme de la CGT sur cette question, il faut partir de ce qui l’explique.

L’immobilisme de la CGT sur ses structures syndicales peut être illustré par de très nombreux exemples. Le plus caricatural est celui du secteur de la propreté et nettoyage qui dépend, encore, de la Fédération CGT des ports et docks ! C’est comme si celui de l’aide à domicile dépendait de la fédération de la métallurgie… Les réponses à des situations absurdes, ou aux refus d’aller résolument vers des évolutions nécessaires, sont du type : « c’est historique », ou « ce serait attaquer le syndicalisme de classe ». Positions de façade qui cachent des enjeux bien plus concrets sur les moyens financiers des structures en question ou sur la capacité de certaines fractions politiques à contrôler ou diriger telle ou telle structure.

Cet immobilisme a aussi été « acté » dans les faits après le congrès confédéral de 2009. Un débat sur les structures a démarré en 2008 (il y a quinze ans déjà !) en vue de ce congrès, puis des décisions sur le sujet ont été votées. Les résultats sont pitoyables en terme d’évolutions au regard du contenu des textes votés. La commission exécutive confédérale (CEC), direction de la CGT, a été incapable de mettre en œuvre les votes. Non par volonté collective, mais par incapacité à desserrer les multiples freins actionnés dans de nombreuses structures pour empêcher la mise en œuvre des décisions votées. Ce qui était une illustration, de fait, de l’absence de légitimité suffisante de cette CEC, pourtant issue du congrès confédéral, vis-à-vis des principales structures sans qui de telles évolutions sont impossibles : les unions départementales et surtout les fédérations professionnelles. Sans l’implication de ces structures qui ont un pouvoir politique, et donc de décision, dans la CGT, les votes du congrès ne pouvaient devenir réalité. Unions départementales et fédérations professionnelles portent donc tout autant la responsabilité que la direction confédérale dans ce fiasco, d’autant plus que ce sont elles, ensemble, qui forment le Comité confédéral national (CCN). Et ce CCN a quand même, sinon à quoi bon exister, comme mandat de vérifier, de contrôler, de s’interroger et d’agir lorsque la CEC ne met pas en œuvre les décisions d’un congrès confédéral. Mais lorsque que ce sont les principales structures qui composent ce CCN qui sont en réalité opposées aux évolutions votées en congrès confédéral, on comprend évidemment qu’elles ne vont pas mener bataille au sein du CCN contre… leurs propres positions ! Certaines de ces structures avaient présenté une candidature à la CEC, validée par le congrès : elles étaient alors dans deux lieux de débats et de pouvoir stratégiques pour maintenir les freins bien serrés.

Alors, est-ce que c’est foutu ?

Non, si les militant·es conscient.es de l’impérieuse nécessité de faire évoluer les structures du syndicalisme de lutte s’appuient sur deux fondements de base.

D’abord se convaincre qu’il ne faut pas se reposer sur les dirigeant·es aux niveaux national, départemental ou des fédérations professionnelles. Bien entendu que des allié·es parmi elles et eux seront nécessaires. Mais le carburant se trouve avant tout parmi les équipes militantes présentes dans des syndicats et des unions locales. C’est de notre responsabilité qu’il s’agit, celles des militant·es à qui s’adressent l’appel et le site Syndicalistes.

Ensuite, ce ne sont pas de petits ajustements ou de petites évolutions qui sont nécessaires. C’est une véritable « révolution interne » qui s’impose, pour se mettre en phase avec le salariat d’aujourd’hui. Cela va être difficile, cela va prendre du temps (pas trop, espérons !), cela va générer des conflits. Mais c’est incontournable. Sauf à se satisfaire de nos structures actuelles, qui parce qu’issues, au fond, de la « glorieuse » histoire du syndicalisme français seraient les meilleures qui soient. Ou alors à désespérer et à se réfugier dans le douillet immobilisme, et porter toutes les énergies sur les batailles immédiates et les discours radicaux, sans plus se poser la question de si les outils dont on dispose, que nous avons forgé nous-même, sont encore adaptés.

Comment aborder ce débat ?

Dans ce débat, pour ne justement pas se contenter de mesurettes, il y a la question de la méthode. Je n’ai bien entendu pas la prétention d’avoir la solution, la bonne méthode.

Mais si l’objectif est bien la « révolution interne » sur les structures syndicales, ne faut-il pas partir de la « feuille blanche », partir de zéro, d’une question du type : « et aujourd’hui, ici, si on devait construire une confédération syndicale de lutte, de quelles structuration interne aurait-elle besoin ? ». Il est clair que cela ne veut pas dire que l’histoire des structures syndicales, qui a donné ce dont nous disposons désormais, seraient mise complètement de côté. Mais si on part de l’existant, alors la « révolution interne » nécessaire n’aboutira pas.

Prendre la question sous cet angle, la feuille blanche, c’est mettre de côté, pour avancer vraiment, tous les obstacles mentaux du type : « ce n’est pas possible, telle proposition concrète ne sera jamais acceptée, etc. ». C’est à partir de là, sous cet angle, que devront ensuite être passées en revue les formes syndicales que l’histoire a léguées, et constater en quoi certaines doivent perdurer, et d’autres évoluer ou disparaître. Et celles à créer, en prenant en compte, dans le même temps, les liens qui doivent être établis entre elles.

Et nous ne devons pas nous interdire de lancer dans des expériences locales, lorsque nous aurons pu convaincre par le débat et les votes dans nos propres organisations syndicales, à quelque niveau que ce soit.