La CGT au village !

Publié le par Michel

Dans un rapport publié dans Le Peuple no 1089 du 1er au 15 août 1980, intitulé « Les structures confédérales. Projet soumis à la discussion des organisations confédérées », dans la partie sur les Unions locales, on trouve des passages qui retrouvent toute leur actualité devant la montée du vote d’extrême-droite, notamment parmi les salarié·es et les retraité·es.

On a là des pistes d’action. Mieux, c’est une sonnette d’alarme pour l’ensemble de la confédération, et une base de moyens de répondre à cette montée.

Voici des extraits qui concernent directement les territoires où le vote d’extrême-droite a montré toute sa force, dans une tendance lourde qui s’est révélée en l’espace de quelques semaines, lors des dernières élections européennes et législatives.

Les villes moyennes

L’intérêt porté aux Unions locales des grandes villes, à celles des villes où siège l’Union départementale, ne doit pas estomper les efforts à poursuivre pour doter toutes les villes moyennes d’une structure locale interprofessionnelle.

Dans certaines de ces villes, nos Unions locales ont de solides et anciennes traditions de luttes et d’organisation, à partir desquelles la conception et le style de travail peuvent être perfectionnés. Mais trop nombreuses encore, sont les localités dépourvues d’Unions locales. Il s’agit, en ce cas, de gagner les Section syndicales et les syndicats à la nécessité de constituer une Union locale active, point d’appui à leur activité permettant de concentrer et coordonner les efforts des Fédérations et des UD en direction des entreprises.

La CGT au village

Petites localités et villages ne comportent généralement qu’un petit nombre de salariés. La CGT ne peut cependant être absente.

Il n’est pas rare que des militants d’entreprise y résident, que des retraités s’y soient installés. Il n’est pas impossible de concevoir qu’avec l’aide de l’Union locale la plus proche, ces militants constituent un petit collectif, destiné à faire connaître la CGT, à assurer des permanences, […].

La présence de la CGT partout, c’est y compris la mise en place de correspondants dans les plus petites bourgades. […]

Des solutions pour le présent

Dans un article du quotidien Le Monde [1], des maires de petites communes font part de leur désarroi face à ce vote massif à l’extrême-droite. Et l’un de ces maires en appelle, notamment, aux organisations syndicales pour qu’elles reprennent pied dans ces territoires. Là où justement, les député·es RN n’hésitent pas à se montrer dans le moindre petit village.

Voilà une bien belle idée. Mais qui ne va pas être du tout facile à mettre en œuvre face à la crise militante dont ces mêmes organisations syndicales font preuve. Face à la réalité d’être débordées que constatent ces mêmes équipes militantes syndicalistes. Prenons acte de l’appel de ce maire. Mettra-t-il en œuvre, lui et son conseil municipal, toutes les facilités matérielles pour les organisations syndicales lorsqu’elles iront s’adresser à lui afin de pouvoir disposer de locaux syndicaux, pour pouvoir justement reprendre pied ? Pour pouvoir accueillir des salarié·es afin de les organiser, et les défendre dans les litiges avec leur patron – y compris un patron du coin ? Ce maire, et d’autres, auront-ils le courage de leurs paroles et passeront ils à l’action ? Est-ce que les maires se reconnaissant dans ce Nouveau Front Populaire se déclarent-ils et elles prêt·es à cela ?

Les effets d’une présence au plus près des syndicats là où vivent ces salarié·es, bien souvent obligé·es de faire tant de kilomètres par jour pour aller travailler, sont à coup sûr un des éléments centraux de la lutte syndicale contre l’extrême-droite. C’est là que ces salarié·es constateront qu’ils et elles ne sont pas seul·es. Qu’ils et elles constateront qui les défend vraiment face à leur patron, qui les aide à défendre ne serait-ce que leurs droits, celui du Code du travail et de la convention collective. Qu’ils et elles constateront si leur député RN ira s’affronter à leur patron.

Mais pour faire cela, même si des municipalités mettent à disposition des syndicats des moyens matériels, il faut des équipes militantes suffisantes. Il faut que se dégagent de l’ensemble de l’organisation syndicale, au niveau confédéral, une volonté stratégique d’y arriver. Et cela implique d’aborder sans détour nos propres faiblesses, nos incohérences dans la répartition de nos moyens en forces militantes et en moyens financiers, nos structures syndicales inadaptées à la réalité du salariat dans ces territoires. Du salariat mais aussi des privé·es d’emploi et des retraité·es.

Voilà un thème de débat qui pourrait rassembler toute la CGT pour son prochain congrès confédéral. Un débat que le Comité Confédéral National pourrait dès maintenant engager, afin de ne pas perdre de temps.

Ce travail souterrain, ce travail de fourmi, loin des déclarations médiatiques, est gage de réussite certaine. Il n’y pas d’autre voie pour nous syndicalistes.

Ce travail sera bien plus efficace que de s’échiner à demander à Macron de nommer un·e premier·ère ministre du NFP, alors que ce dernier a démontré qu’il était dans l’incapacité de dégager une véritable force unie qui donnerait confiance du côté politique.

Que la CGT ait pris la bonne décision dans sa consigne de vote positive lors des législatives face à une situation grave et inédite, d’accord. Mais désormais, elle doit de nouveau se concentrer sur le syndicalisme : les revendications CGT, une volonté CGT, une organisation CGT adaptée au réel.


[1« Le grand désarroi de maires ruraux, en première ligne face à la montée du RN », Le Monde, 21 juillet 2024, en ligne.