Une caisse de grève dans une Union locale CGT
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L’Union locale CGT d’Epinal vient de tenir son congrès. Les militant⋅es y ont adopté trois résolutions. L’un d’elle, intitulée « Solidarité financière ponctuelle aux grévistes et caisse de grève permanente » mérite un commentaire.
Cette résolution est en deux parties. La première reprend une décision adoptée en assemblée générale de l’UL entre son congrès de 2022 et celui de 2025. Désormais validée en congrès, elle se voit dotée d’une plus forte légitimité. La seconde partie sort des sentiers battus : la mise en place d’une caisse de grève, alimentée de manière permanente sur le budget de l’UL et destinée à indemniser des grévistes membres de la CGT.
Solidarité financière ponctuelle aux grévistes et caisse de grève permanente
Solidarité financière de l’Union locale aux grévistes
Des syndicats CGT, dans les Vosges ou d’ailleurs, font parfois des appels à la solidarité financière dans le cadre d’une grève à laquelle ils sont parties prenantes. L’Union locale d’Epinal a régulièrement répondu présente. Elle continuera à le faire.
La commission exécutive de l’UL est seule mandatée pour prendre la décision de soutenir de tels appels. Elle le fera dans le cadre suivant :
- le montant annuel pour la solidarité financière est fixé à 1000 euros. Il pourra être revu par la Commission exécutive, après l’envoi d’un rapport pour avis aux syndicats et la convocation d’une commission exécutive. Celle-ci prendra alors une décision après ce débat.
- le montant de chaque aide est fixé à 200 euros. Ce montant pourra être revu par la Commission exécutive, après l’envoi d’un rapport pour avis aux syndicats et la convocation d’une commission exécutive. Celle-ci prendra alors une décision après ce débat.
- si le montant annuel n’a pas été consommé, le reste sera reporté sur la caisse de grève permanente de l’Union locale (voir point II de la résolution)
Caisse de grève permanente de l’Union locale CGT d’Épinal
L’Union locale CGT d’Epinal décide de la création d’une caisse de grève permanente, financée sur ses propres fonds, destinée à verser une indemnité de grève à des adhérent⋅es d’un syndicat CGT, ou d’une section syndicale CGT, ou d’une base syndicale CGT, du périmètre de l’UL.
Disposer d’une caisse de grève, alimentée régulièrement, c’est prendre la décision de se doter d’un outil de lutte pour aider à gagner les revendications dans une entreprise (au sens large, secteurs privé ou public). Une grève peut demander de s’engager sur une durée longue, ce qui peut freiner l’engagement de syndiqué⋅es, ou alors leur désengagement au cours de la grève à un certain moment. Mais même une grève de courte durée, par la perte de salaire, peut être un frein à l’engagement de la part de syndiqué⋅es dont les salaires sont faibles. Et c’est souvent le cas des secteurs féminisés, là où notamment la CGT a du mal à s’implanter.
La commission exécutive est seule mandatée pour décider d’engager la caisse de grève de l’UL. Elle devra le faire en fonction de critères qui, s’ils ne peuvent être trop précis pour garder une souplesse indispensable, devront faire partie de la liste ci-dessous. Ces critères peuvent être impératifs pour certains, d’autres peuvent relever d’un choix de stratégie syndicale concernant la grève en question.
Le congrès décide d’alimenter la caisse de grève permanente de l’UL d’un montant de 1000 euros par an. Le congrès décide pour démarrer le fonds de la caisse de grève d’y affecter 5000 euros pris sur le second compte bancaire de l’Union locale.
Critères à prendre en compte avant d’engager la caisse de grève de l’UL :
- L’indemnité est versée à une personne adhérente à la CGT à jour de ses cotisations avant le début de la grève et qui a été effectivement gréviste. La CE de l’UL procèdera aux vérifications nécessaires sur la base de documents fournis par la personne et la structure syndicale à laquelle elle verse ses cotisations.
- L’indemnité de grève est versée à une personne qui a participé activement à la grève comme par exemple les piquets de grève, actions, etc. décidés par son syndicat, section syndicale ou base syndicale CGT. Les militant-es CGT grévistes auront la responsabilité de tenir à jour une feuille journalière des grévistes (ou carte de gréviste CGT).
- L’indemnité est versée si le syndicat, ou la section syndicale ou la base syndicale CGT a une activité réelle au sein de l’UL. La CE de l’UL appréciera ce critère au cas par cas.
- Pour solliciter la caisse de grève, le syndicat, la section syndicale ou la base syndicale CGT doit avoir pris contact avec la CE de l’UL suffisamment avant le début de la grève. L’UL ne peut être mise devant le fait accompli de verser l’indemnité de grève. Si le syndicat ou la section syndicale ou la base syndicale veut utiliser l’outil de la caisse de grève, celle-ci doit être construite, préparée et menée avec l’UL.
- La décision de verser l’indemnité de grève prendra en compte sa durée.
- Le moment où la décision de verser l’indemnité de grève est prise par la CE de l’UL prendra en compte le niveau moyen des salaires dans l’entreprise. Cela signifie que seront prioritaires les secteurs où les salaires sont faibles. La caisse de grève est un outil qui doit permettre d’abord de gagner des conflits dans les secteurs où la précarité est la plus prégnante (bas salaires, temps partiels par exemple).
- Le montant de l’indemnité de grève est fixé par la CE de l’UL. Elle sera identique pour chaque gréviste. Elle sera calculée selon un pourcentage du SMIC net mensuel divisé par 30 jours. Exemple : pour un SMIC net mensuel de 1500 euros, cela correspond à 50 euros nets par jour. L’indemnité de grève sera alors une fraction de ce montant journalier.
Quelques commentaires et précisions
La partie sur la caisse de grève permanente n’est destinée qu’à des grévistes membres d’un syndicat, d’une section syndicale ou d’une base syndicale CGT du territoire de l’UL. Des critères ont été adoptés. C’est un premier essai. Ces critères évolueront certainement à partir du bilan qui sera fait après les premières utilisations de cette caisse de grève. L’UL tient compte des moyens limités disponibles, c’est pour cela pour l’instant l’indemnité de grève ne pourra être versée à l’occasion de chaque grève.
Cette caisse est un outil de lutte et d’action, en plus de ceux dont dispose déjà le syndicalisme. Rien de plus, mais rien de moins. C’est un outil de lutte pour aider à créer, ancrer et développer le syndicalisme sur des lieux de travail. Pour syndiquer durablement, le conflit avec le patron est un point de passage obligé. Et donc la grève est incontournable. Or, dans les situations, nombreuses, où les salaires sont les plus faibles (taux horaire au SMIC ou proche, temps partiels imposés ou choisis par contrainte), la perte de salaire du fait de la grève est un véritable obstacle.
L’idée est ici très précise : utiliser cette caisse dans le cadre de la construction d’un conflit par le syndicat, où les syndiqué⋅es sont pleinement associé⋅es. Construction par le syndicat et avec l’UL, dès le début, ce qui alors inclut les autres syndicats et sections syndicales qui s’impliquent dans l’UL. Le but est donc aussi de mieux préparer les grèves, et d’éviter les grèves déclarées en dernière minute par une équipe syndicale qui n’a pas pris le temps d’en discuter avec les autres salarié⋅es de l’entreprise. Ce sera une sorte de second avantage de la caisse de grève : des conflits mieux préparés… et donc plus gagnants.
Lors du congrès un débat a eu lieu sur le sujet des grèves « spontanées », qui n’ont pas été préparées et organisées à l’avance. En principe la caisse de grève mise en place ici n’est pas destinée à ces grèves. Et cela pour des raisons évidentes de moyens financiers pour le moment limités. Ceci dit, ce qui a été retenu c’est qu’il existe toujours des exceptions à une règle. La commission exécutive de l’UL, interpellée lors d’une grève « spontanée » qui n’entre donc pas dans le cadre des règles adoptées, disposera dans le cadre de son mandat de la légitimité pour la mettre en œuvre.
Donc un outil de solidarité interpro… mais qui n’est pas destiné aux grèves interpros (à l’image de la mobilisation de 2023 contre la réforme des retraites). Pourquoi ? Parce que les montants qu’il faudrait alors verser sont hors de portée d’une telle caisse de grève [1]. Mais l’idée est bien d’organiser la solidarité interpro des salarié⋅es vers leurs camarades en lutte, démontrant une des facettes concrètes du syndicalisme. Le but est de cultiver une habitude de la grève, qui ne pourra qu’avoir des effets positifs lors du prochain mouvement interpro : il sera plus facile de mettre en grève des camarades qui l’ont déjà fait et qui se sont mutuellement soutenu⋅es lors de leurs grèves sectorielles respectives…
L’UL ne passe pas au-dessus du syndicat ou de la section syndicale, puisque c’est conjointement que sont vérifiées notamment les conditions d’adhésion et de participation des syndiqué⋅es aux actions décidées par le collectif en lutte. L’indemnité est soumise à une participation à ces actions. En restant chez soi, même si on est syndiqué⋅e, on ne pourra pas bénéficier de l’indemnité.
Cet outil, qui n’est pas une baguette magique, est donc destiné à aider à gagner des grèves locales, sur des revendications locales, dans une entreprise, dans un établissement, dans un service, dans une profession particulièrement précarisée.
Il se dégage naturellement des critères retenus que les fonds disponibles devraient être fortement fléchés vers les secteurs les plus féminisés, là où les salaires sont les plus bas. Là où le syndicalisme a les plus grandes difficultés à exister ou à perdurer.
